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 La grande évasion ~ [PV Vidal]

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Armand

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MessageSujet: La grande évasion ~ [PV Vidal]   La grande évasion ~ [PV Vidal] EmptySam 9 Mai - 16:02

    Dans son immuable quotidien, les choses s'étaient mises à changer.
    De sa fenêtre, Armand avait aperçu un homme dans la cour du château, probablement un membre de l'Assemblée, portant une veste identique à la sienne. Il avait froncé les sourcils, sans toutefois comprendre ce qui l'interpellait là-dedans. Il n'y avait pourtant rien d'étrange dans la situation.
    C'est un modèle fait sur mesure pour la cérémonie d'anniversaire de mes quinze ans, avait-il alors réalisé.
    Il avait ouvert sa penderie, espérant y trouver sa veste pour mettre fin à cet affreux doute qui l'avait assailli, mais il était déjà certain qu'il ne la trouverait pas. Il se souvenait l'avoir mise dans la panière à linge, quelques jours plus tôt – panière qui était récupérée chaque semaine et emmenée à la buanderie. Vraisemblablement, cette veste-là avait plutôt été envoyée à la vente.

    Les vautours commençaient à se partager les restes.

    A partir de ce jour, Armand se mit à guetter attentivement les signes de changements. Le Diable se cachait dans les détails.
    Un soir, on ne lui apporta pas son repas. Cela se reproduisit quelques fois, de temps à autre, de façon purement aléatoire.
    D'autres vêtements disparurent. La buandière devait se constituer un bien joli magot.
    Une fois, le garde à sa porte ne lui répondit pas quand il toqua. Armand insista, et le républicain finit par ouvrir, de mauvais cœur, mais en prenant toutefois la peine de lui expliquer « qu'il avait désormais intérêt à pas l'appeler pour rien, s'il voulait pas qu'il lui arrive des bricoles ».

    Pour Armand, tous ces détails ne menaient qu'à une conclusion possible : l'autorité de Vidal diminuait.
    De plus en plus, autour de lui, les vautours prenaient leurs aises. Les choses allaient changer pour le prince déchu, et certainement pas en mieux. C'était ce qu'il s'était dit. Cependant, le changement se présenta un matin, non pas sous la forme d'une exécution sommaire allant à l'encontre des consignes de Vidal, mais sous la forme d'un message caché dans le plateau de son petit-déjeuner.

    Ce soir, quelqu'un viendra prendre votre place.
    L'aile ouest ne sera pas gardée.
    Vous trouverez le nécessaire pour votre fuite au pied du chêne centenaire, dans le parc.
    Passez par la forêt.
    Quittez le pays.



    A la faveur de la nuit, Armand se glissa dans les jardins du château. Il se dissimula dans les ombres, s'immobilisant chaque fois qu'il entendait quelqu'un approcher – mais, comme l'auteur du message le lui avait dit, il ne croisa presque personne.
    Prétextant venir préparer son bain, le garçon s'était présenté à sa porte à la tombée de la nuit. Ils s'étaient mutuellement dévisagés – ils se ressemblaient beaucoup – puis ils avaient échangé leurs vêtements rapidement. Armand était sorti.
    A chacun des pas qui l'éloignait de sa chambre, il s'était attendu à ce que le garde comprenne le coup monté, l'interpelle brutalement, voire lui tire une balle dans le dos sans sommation. Il s'était obligé à marcher lentement, le cœur tambourinant, retenant sa respiration. Mais, alangui par la morne routine, le soldat avait à peine levé les yeux, et Armand avait quitté le château.
    Dans le parc, au pied de l'immense chêne, il trouva comme convenu une cape, une dague, un peu d'argent, des faux papiers et quelques provisions – l'attirail complet du parfait fugitif.
    Les vêtements du garçon qui l'avait remplacé étaient déjà noirs, discrets. Avec la cape en plus pour dissimuler les contours de sa silhouette, Armand acheva de se fondre dans la nuit.

    Jusqu'à ce qu'il atteigne la forêt, il avait avancé d'un pas vif. Et même une fois à l'abri sous la voûte des arbres, il continua d'avancer à un rythme rapide, pendant un long moment encore.
    Il fallait qu'il continue vers l'Est, toujours tout droit, pour sortir du royaume – feu son royaume. Il lui faudrait bien la nuit complète pour atteindre la frontière.
    Sans s'en rendre compte, il ralentit l'allure. Une sensation de malaise l'envahissait peu à peu, sans qu'il en comprenne la cause. Il n'était pourtant plus en danger immédiat. Il avait franchi les différentes étapes de sa fuite sans difficulté apparente ; il avait plusieurs heures devant lui avant que le subterfuge de l'échange ne soit révélé, sans doute au petit matin. Il n'avait rien à craindre. D'ici quelques heures de marche, il serait...

    Au milieu des arbres, Armand se figea. Il serait quoi ? Libre ?
    Et que ferait-il de cette liberté, au juste ? Comment vivrait-il ? Qu'allait-il devenir ?
    Une bouffée de panique l'envahit soudainement. Pour la première fois de sa vie, son avenir n'était pas certain. Cela le terrifiait profondément.
    Toute son enfance, il avait été éduqué dans le but de gouverner. Puis il avait partagé son règne avec Louis, et il se figurait son avenir tout tracé : aux côtés de son frère, pour toujours. La révolution avait éclaté mais là encore, il était avec Louis. Ils devaient sombrer ensemble, après tout. Ils se l'étaient juré la première nuit, lorsqu'ils s'étaient précipités vers la damnation éternelle, par amour l'un de l'autre.
    Mais Louis était mort seul, et Armand était resté.
    Là encore, son destin avait été décidé par les révolutionnaires : il périrait lentement, enfermé à jamais, rongé par la solitude, les remords et la folie. Même s'il élaborait des hypothèses quant à son avenir, même s'il échafaudait des plans absurdes, Armand ne s'était jamais imaginé repartir complètement à zéro. Cette page blanche l'effrayait au plus haut point. Il aurait bientôt dix-huit – c'était si jeune, pour renaître et démarrer une nouvelle vie ! Une longue vie de complète solitude...
    L'angoisse lui broya le cœur. Pour la première fois depuis la mort de Louis, les larmes lui montèrent aux yeux. Louis ! Armand aurait dû le rejoindre, depuis bien longtemps déjà ; mais il avait été trop lâche pour en finir avec sa vie. Et à présent, il était trop lâche pour lui tourner le dos et quitter le pays de leur enfance. Un sanglot lui échappa ; il tomba à genoux, et pleura comme un petit garçon. Qu'allait-il faire de sa vie ?

    Au bout d'un moment, sa respiration se calma. Il cessa de hoqueter et les larmes, de couler sur ses joues. Assis dos à un arbre, il les essuya négligemment tout en réfléchissant. Il pouvait bien prendre un moment pour ça, avant de disparaître pour toujours.
    Il perdit la notion du temps. La nuit était toujours aussi noire mais ses yeux s'y étaient habitués, à présent. Les bruits de la forêt, autour de lui, étaient étrangement réconfortants.

    C'est alors qu'il entendit distinctement des pas, sur les feuilles mortes et les brindilles desséchées. Avec un calme étonnant, comme si sa crise de larmes l'avait vidé de toute émotion, Armand se redressa et sortit sa dague.

    Mais il reconnaissait le nouveau venu. Il aurait même dû se douter de sa visite.

    « Bonsoir, Vidal, dit-il calmement. Cela faisait bien longtemps. Les traces de mon passage sont-elles si évidentes, pour que tu réussisses à me trouver si facilement au milieu de la forêt ? »


    Il avança d'un pas pour quitter l'obscurité de l'arbre contre lequel il s'était appuyé. Il sortit le petit message qu'il avait reçu ce matin et l'agita en l'air.

    « Je suppose que cette évasion est de ton fait. »
    Après une hésitation, il ajouta : « Je t'en remercie. »

    Il n'avait pas souvenir d'avoir remercié quelqu'un auparavant, dans sa vie. Cela lui procurait une sensation étrange, mais moins désagréable qu'il ne l'aurait cru. Quelle ironie ! Le premier homme qu'il remerciait n'était autre que son adversaire de toujours.
    Il eut un petit rire et poursuivit, ironique :

    « Toute cette histoire ne pouvait s'achever que par une ultime discussion entre nous, n'est-ce pas ? »

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MessageSujet: Re: La grande évasion ~ [PV Vidal]   La grande évasion ~ [PV Vidal] EmptySam 9 Mai - 18:11


Il avait payé ce garçon pour aller prendre la place d'Armand. Vidal savait qu'au fond, c'était un peu dangereux pour lui, mais qu'au bout d'un certain temps, il finirait par être libéré. Il n'aurait commis aucun crime répréhensible – ou du moins il espérait que les révolutionnaires ne le jugera ient pas trop sévèrement en le faisant passer directement sur l'échafaud.

La situation devenait de plus en plus préoccupante pour le Prince. Vidal avait laissé vide sa place dans la police pour se la jouer discret avant de se faire trop remarquer par ces Messieurs de l'Assemblée. Mais si la vie pour lui suivait plus ou moins son cours, celle de Armand échappait en revanche à son contrôle. Il ne savait plus qui était de ronde ou de garde devant sa porte, ni si leur ancien souverain était en bonne santé. Pire, il avait entendu des rumeurs comme quoi dans les lieux les mieux placés, on prévoyait son élimination en bonne et due forme.

Et vraiment, Vidal voulait éviter cela, quitte à passer pour un traître à la nation. Tout avait commencé avec un petit mot glissé dans un repas, puis il avait mis en place plus sérieusement la tentative d'évasion d'Armand. Il avait réuni l'argent pour payer le garçon et donc donner une vie correcte à sa famille si jamais celui-ci venait à être exécuté, puis, le moment venu, vêtu d'une cape noir et d'un masque comme il en avait du temps de la Résistance, il avait attendu Armand, caché parmi les arbres.

Sa pire crainte aurait été que celui-ci ne vienne pas, par dépit, ou qu'il ait été pris par le garde à sa sortie, mais tout se passa comme prévu. Il avait ramassé les affaires que Vidal lui avait mis à disposition puis s'était avancé dans les fourrés. Discrètement (et à distance), le blond à la cicatrice l'avait suivi. Il ne doutait pas qu'Armand devait être traversé par toutes sortes de sentiments maintenant qu'il était dehors et se montrait volontairement distant pour ne pas épier les réactions qu'il aurait pu avoir. Ç’aurait été d'une impudeur, vraiment pas à son goût.

Au bout d'un long moment, il se décida à continuer à avancer alors qu'Armand s'était arrêté depuis un petit moment déjà. Il apparut de manière claire, puis enleva la capuche et le masque, persuadant ainsi son interlocuteur d'arrêter de le menacer avec cette dague ridicule.

« Enchanté, Mon Prince. »

Il y avait du « mon Prince », parce que même si les principes d'Armand avaient toujours été opposés aux siens, il avait plus été Prince que quiconque ici. Il aurait au moins le droit à cette forme de respect, encore, à défaut d'avoir le droit à son trône.

« Non, vous avez fait attention, j'y ai veillé. Et pour plus de discrétion, j'ai effacé les traces qui restaient. Je vous attendais à l'endroit où vous avez ramassé les affaires, en réalité, je vous suivais à distance. »

Il inclina légèrement la tête, comblé par les remerciements du Prince, mais que ce soit clair, il ne l'avait pas vraiment fait pour lui, mais surtout pour l'Histoire de ce pays qu'il trouvait de plus en plus horrible. Sans Armand comme catalyseur dans sa tour, peut-être se calmeraient-ils ?

« Je suis bien d'accord avec vous, nous devions nous revoir. Comme vous l'avez peut-être deviné, j'ai quitté la milice secrète. », il fouilla dans son sac et en sortit un saucisson et une grosse miche de pain dont il coupa un morceau avec sa propre dague. En passa un bout à Armand.

« Voilà qui vous requinquera. »

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MessageSujet: Re: La grande évasion ~ [PV Vidal]   La grande évasion ~ [PV Vidal] EmptyJeu 21 Mai - 17:50

    Armand trouva d'abord étrange de se faire donner du « mon Prince ». Il n'en avait plus l'habitude. Puis il se souvint que Vidal l'avait toujours apostrophé de la sorte – même lorsqu'il n'était qu'un pauvre hère, au fond d'un cachot. Il songea que c'était sans doute là une des principales différences entre eux deux : Vidal traitait toujours autrui avec un respect égal. Il ne faisait pas de distinction. Armand, lui, avait toujours traité les autres avec plus ou moins de respect, selon l'importance qu'il leur accordait. A ses yeux, les hommes n'avaient pas la même valeur.

    Il tiqua lorsque Vidal lui annonça qu'il le suivait depuis le vieux chêne. Ses yeux se plissèrent un instant. L'avait-il vu en train de pleurer, tout à l'heure ? Armand avait toujours refusé d'admettre qu'il était émotif. Il avait aimé son frère avec passion, haï son père avec violence, il avait été terrifié par les flammes et les fourches aux portes du palais – mais toujours, son orgueil avait tenté de brimer ces sentiments. Il n'admettait pas de ressentir toutes ces choses – ressentir, c'était bon pour la plèbe. Un prince ne devait pas se laisser emporter par quelque chose d'aussi stupide que des émotions. C'était pourtant bien ces mêmes émotions qui l'avaient entraîné tout au long de sa vie, qui l'avaient poussé à l'inceste et au parricide, mais jamais il ne se l'avouerait à lui-même. Jamais il n'accepterait l'idée que pleurer, seul dans la nuit, avait allégé ce poids sur son cœur. Aussi n'aurait-il pas supporté que quelqu'un soit témoin de ces larmes, même quelqu'un d'aussi stupidement bon et honnête que Vidal, qui s'en serait certainement fichu comme d'une guigne.
    Mais si Vidal l'avait surpris, il n'en montra aucun signe : il restait impassible, nonchalant. Après tout, il avait dit l'avoir suivi « à distance », et il n'était arrivé aux côtés d'Armand que bien plus tard. Il n'avait certainement rien remarqué. Et puis, à quoi cela servait-il de s'inquiéter de cela, après tout ? Armand avait déjà bien assez de préoccupations, inutile d'en rajouter d'aussi futiles.

    « Je suis bien d'accord avec vous, nous devions nous revoir. Comme vous l'avez peut-être deviné, j'ai quitté la milice secrète. »

    Oh ? Armand voyait donc son intuition se confirmer. Les anciens collaborateurs de Vidal se retournaient peu à peu contre lui. A présent, il était certainement devenu dangereux pour lui de s'exposer au grand jour – enfin, « grand jour » étant une façon de parler, Vidal ayant toujours officié dans l'ombre.
    Le cours de ses pensées fut interrompu par un morceau de pain qu'on lui présenta.

    « Voilà qui vous requinquera. »

    Armand cilla. Les pensées s'agitèrent sous son crâne ; toutes sortes de pensées à la fois étranges et absurdes. « Alors on en est là ? On rompt le pain ensemble, maintenant ? » et « Vais-je m''abaisser à accepter un vulgaire bout de pain ? Dire que j'étais un Prince. » et « Quel est son but exactement, augmenter ma dette envers lui ? » et « Il est vrai que je n'ai pas mangé grand chose, dans ma chambre. » et « Est-ce qu'il n'est jamais fatigué d'être serviable parfois ? » et « Il pense sérieusement que je vais le prendre, son bout de pain ? ».
    Il accepta pourtant bel et bien le morceau que Vidal lui tendait. Après tout, pourquoi pas. C'était une nuit étrange, dans un monde déjà bien étrange. Il s'assit par terre, contre l'arbre, et mordit dans le pain.

    « Les vautours de l'Assemblée n'ont plus de royalistes sous la main, il faut maintenant qu'ils se mettent en chasse de leur propre chef ? » lança-t-il en repensant à la démission de Vidal.

    Son sourire était certainement invisible dans l'obscurité, mais s'entendait parfaitement dans sa voix. Le monde n'avait rien perdu de son ironie.

    « Tu les as sorti de leur bourbier, et à présent, ils se retournent contre toi. Décidément, le peuple se montre toujours bien ingrat envers ses dirigeants. »

    Armand avait mérité la colère du peuple, il le savait. Mais Vidal n'était-il pas censé être celui qui les avait sorti de leur misère ? Qui avait renversé les tyrans ? La populace était vraiment une éternelle insatisfaite. Armand songea que s'il avait mieux traité ses sujets, ceux-ci auraient sans doute trouvé le moyen de se lamenter tout de même. Il avait bien fait de les opprimer, pensa-t-il sarcastiquement, au moins, ils avaient eu une bonne raison de se plaindre de lui.
    Dans l'obscurité, il détailla Vidal du regard.

    « Vas-tu quitter le pays finalement, toi aussi ? »

    Il se souvenait qu'à leur dernière entrevue, Vidal lui avait dit qu'il quitterait le pays « une fois tous les problèmes réglés ». Mais peut-être n'irait-il pas au bout de son idée, puisque les républicains se retournaient contre lui ?
    En quête d'une décision pour lui-même, Armand ressentait l'absurde besoin de savoir ce que projetait de faire son rival.
    Après tout, Armand avait chamboulé la vie de Vidal, autant que lui avait chamboulé la sienne. C'était un lien étrange qui les unissait là, mais qu'il aurait été absurde de nier.

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MessageSujet: Re: La grande évasion ~ [PV Vidal]   La grande évasion ~ [PV Vidal] EmptyVen 29 Mai - 13:12


La forêt était sombre et inhospitalière pour le commun des mortels. S'y côtoyaient sans doute renards et ours, lapins et cerfs, animaux habitués à la chasse, cibles des braconniers de tous temps, surtout par celui des Princes, lorsque le commun des mortels mourait de fin.

Vidal avait fini à se poser contre un arbre, presque tranquillement, mais en fait bien pensif. Les questions d'Armand lui retournaient le cerveau : allait-il également partir du Royaume ? Lui non plus, il ne savait pas vraiment s'il fallait qu'il reste ici. Les dernières semaines avaient été compliquées et ses activités étaient de moins en moins en rapport avec le pouvoir. Il avait été conseiller de l'ombre, mais au fur et à mesure qu'il sentait le vent tourner, s'était volontairement éloigné du pouvoir.

L'ancien résistant eut un léger sourire. Ses doigts tapotèrent le tronc de l'arbre d'un air contrit. Partir de là...Oui, certainement, c'était envisageable, maintenant, il valait sans doute mieux sauver sa peau que finir avec la tête en moins pour quedal.

« En réalité, je n'étais pas à la tête de ces fous. Juste à la tête de la résistance, c'est tout. », dit-il, comme si ça suffisait. Le Prince devait le haïr, il était tout de même l'instrument de la mort de Louis, bien qu'il n'y fut pour rien dans cette fatale décision.

« Ma tête sur un piquet, vous avez raison, mais ne vous moquez pas. Et n'accusez pas le peuple, il est évident que ce fait n'est que de quelques individus souhaitant monopoliser le pouvoir. »

Il se coupa pour lui-même un bon de saucisson et s'en fit un sandwich avec un bout de pain. Le pain était quasiment raide, ce n'était pas le meilleur des repas, mais ça suffirait. En attendant, il continuait à réfléchir à la question du prince, celle-ci lui trottant dans la tête depuis quelques semaines déjà.

Devait-il partir ?

« Partir... », répéta-t-il, cette fois à haute voix. « J'y pense depuis quelques temps. Quelques mois déjà. Si vous partez, je pars. »

Vidal se rapprocha d'Armand et lui tapa sur l'épaule d'un air familier, osant un sourire, lorsque tant d'autres se plaisaient à s'agenouiller devant lui.

« Vous n'avez pas dû sortir du château de toute votre vie. Vous ne serez que plus heureux d'avoir un compagnon de voyage, non ? Qu'en dites-vous, mon Prince ? Je connais les routes et les pays alentours. »

C'était fou, audacieux, il n'avait même pas eu le temps de prendre ses affaires chez lui, mais c'était peut-être mieux : il ne savait pas s'il était suivi et une disparition de celles-ci aurait pu paraître étrange aux yeux des révolutionnaires. Vidal soupira : finalement, cette fin était peut-être mieux que les autres.

Le futur du royaume ne le concernait plus.

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MessageSujet: Re: La grande évasion ~ [PV Vidal]   La grande évasion ~ [PV Vidal] EmptyVen 5 Juin - 18:30

    Il était toujours aussi étrange et consternant, pour Armand, de voir à quel point Vidal était perpétuellement en train de défendre « le peuple ». Cette populace qui constituait l'ensemble du royaume (pays, corrigea-t-il machinalement) avait pourtant expulsé de ses entrailles les rebelles tout comme les membres de l'Assemblée – pourquoi les différencier entre eux ? Résistants, Assemblée, Peuple : les trois entités étaient toutes issues de la même plèbe, de la même masse grouillante et impersonnelle. Armand ne les discernait pas entre eux, et ne les distinguait même en rien d'une nuée de sauterelles.

    Mais aux yeux de Vidal, le peuple était toujours le grand innocent, le malheureux opprimé, l'éternel souffre-douleur d'une seule poignée d'individus pervertis. Tout en terminant son morceau de pain, Armand leva les yeux au ciel. Vidal comprendrait-il un jour que peu importe la personne au pouvoir, elle en martyriserait toujours d'autres ? L'homme était ainsi : il brimait son prochain. Les pauvres, comme les puissants, tous agissaient de la sorte. Si, en plus, ils accédaient au pouvoir, c'était pire encore. Même le plus humble des bergers, une couronne sur la tête, finirait par persécuter ses sujets, Armand en était convaincu. Le pouvoir tournait les têtes. Il ne l'avait que trop constaté.

    Oui, il avait toujours été d'un naturel très pessimiste. Il ne croyait pas en l'humanité, ni en la bonté gratuite. Pourquoi être bon avec ceux qu'on ne connaissait pas ? La nature humaine était féroce, égoïste. Et pourtant, Vidal ne cessait de s'obstiner à lui donner des preuves d'un humanisme aveugle. Envers ce fichu peuple, le plus grand martyr de tous les temps, mais aussi envers lui. Armand savait bien que Vidal ne l'avait pas fait évader par amour pour sa personne, ni même par égard pour lui : il l'avait certainement fait s'échapper « parce que le sang devait cesser de couler », « parce que personne ne méritait la décapitation », « parce que c'était plus juste ainsi » ou qu'en savait-il encore. Toutes sortes de pensées très à la mode chez ces Humanistes français. Vidal aurait sans doute été très copain avec un philosophe de là-bas – comment l'appelait-on déjà ? Voltaire ?

    Vidal le sortit de ses pensées :

    « Partir... J'y pense depuis quelques temps. Quelques mois déjà. Si vous partez, je pars. »

    Si vous... Pardon ?
    A ses côtés, contre l'arbre, Vidal se rapprocha de lui et lui tapa familièrement l'épaule. Armand n'eut même pas la pensée de s'en offusquer. Il était trop bouche-bée par la phrase de Vidal. Si vous partez, je pars. Comme un défi entre amis, lancé sur un coup de tête. Si tu sautes dans le vide, je saute ; comme pour s'encourager mutuellement à réaliser l'impossible.
    Leurs destins étaient-ils liés à ce point ? Ils s'étaient mutuellement gâché la vie, dépendraient-ils désormais l'un de l'autre ?
    Armand avait espéré trouver le courage de prendre une décision quant à son avenir, en discutant avec Vidal. Maintenant que celui-ci lui fournissait une occasion d'avancer, l'angoisse l'envahissait de nouveau.

    Devait-il partir ?

    « Vous n'avez pas dû sortir du château de toute votre vie. Vous ne serez que plus heureux d'avoir un compagnon de voyage, non ? Qu'en dites-vous, mon Prince ? Je connais les routes et les pays alentours. »

    La proposition se concrétisait. Devenait tangible, palpable, tout comme la panique qui le gagnait et affolait son cœur.

    Devaient-ils partir ?

    « Pourquoi pas. » répondit-il avec un sourire hésitant, d'un ton tranquille pour dissimuler son cœur qui battait la chamade dans sa poitrine.

    Après tout oui, pourquoi pas ? Et pourquoi pas avec Vidal ? Voilà bien longtemps qu'Armand ne ressentait plus de haine pour lui. Il avait ressenti trop de colère envers le monde entier, puis envers lui-même, enfermé dans sa chambre avec sa seule personne pour cible de sa rancœur. Il n'avait plus la force de haïr. Sans compter que Vidal serait sans doute la seule personne à lui proposer sa compagnie. Quelle plaisanterie ! Le prince déchu et l'ancien chef de la résistance, comme Judas et Jésus main dans la main. Armand lâcha un petit rire ironique :

    « Quel étrange duo nous formerions. Cependant, j'admets qu'à tes côtés mes chances de survie augmenteraient considérablement. »

    Il ne plaisantait qu'à moitié. Ce n'était pas très compliqué à admettre, même pour Armand. Il était de notoriété publique que le prince était médiocre en escrime et au tir à l'arc, et il fallait être sot pour s'imaginer survivre dans la nature avec pour bagage une parfaite connaissance du latin, du français et du droit.
    Armand se prit à songer à ce futur. A s'imaginer échapper à la solitude, pour quelques temps. Ils ne courraient certainement pas les routes éternellement – tout simplement parce qu'aucune situation n'était jamais éternelle, Armand l'avait bien compris. Mais il pouvait ainsi repousser à plus tard toutes les autres questions qui le taraudaient : qu'allait-il faire de sa vie ? Comment la gagnerait-il ? Où vivrait-il ?
    Et surtout, méritait-il cette seconde vie, alors que Louis avait à peine vécu la sienne ? Mal à l'aise, il repoussa cette pensée une fois de plus.

    Pourquoi ne pas partir ? Rien ne le retenait plus, ici bas. Il n'avait plus aucun rôle à jouer, plus aucune attache, plus personne qui compte sur lui. Il n'avait jamais eu d'ami, et n'avait désormais plus aucune famille. Ainsi périclitait doucement la lignée de son père : tous étaient morts, ou disparus...
    Eden ! Il se redressa soudainement, les yeux écarquillés. L'air quitta brutalement ses poumons, s'étrangla dans sa gorge. Comment avait-il pu l'oublier ? Eden était toujours là, elle !

    « Eden... Eden est peut-être quelque part, dans le royaume... »

    Bon Dieu, qu'il avait été lent à s'en souvenir ! L'espoir l'envahit, ainsi que la honte. Comment avait-il pu songer à partir sans elle ? Il songea avec embarras qu'il en avait toujours été ainsi : Eden était toujours passée au second plan. Il aimait sa petite sœur, et pourtant, cet amour semblait toujours passer après celui qu'il ressentait pour Louis, après la haine envers son père, après le soucis de sa propre petite personne... Comme toujours, Armand n'avait d'abord pensé qu'à lui-même. Pas étonnant que sa petite sœur ait douté de son affection. Heureusement que la nuit était là pour dissimuler la rougeur qui s'étalait sur ses joues. Il eut soudainement l'air très jeune, et désemparé – mais cela ne dura qu'un instant. Il se tourna vers Vidal, et énonça ses résolutions comme un prince annonce ses desseins à son peuple :

    « Je suis navré. Je ne peux pas partir maintenant. Pas avant d'avoir retrouvé Eden. Et si jamais elle a quitté le pays avant moi, elle doit bien avoir laissé un indice de son passage quelque part... Je dois retrouver sa trace. » Il cilla : « As-tu... As-tu une idée d'où je puisse commencer mes recherches ? »

    Cela ne lui effleura même pas l'esprit que Vidal ne s'était pas cassé la tête à le faire évader, tout ça pour qu'il s'éternise ensuite imprudemment dans le pays. Il avait trouvé un premier but à atteindre, et c'était tout ce qui comptait à ses yeux.

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MessageSujet: Re: La grande évasion ~ [PV Vidal]   La grande évasion ~ [PV Vidal] EmptyLun 8 Juin - 19:03


Armand et lui sur les routes. Un curieux duo, et on pouvait se demander si tous deux s'entendrait bien. C'était une très bonne question, surtout si l'on considérait le fait que Vidal avait toujours ressenti une haine violente à l'égard des princes...qui s'était toutefois tarie dès l'annonce de la révolution, jusqu'à se résorber pleinement.

Aujourd'hui, il n'en restait plus rien. Juste un sentiment très fugace qui le prenait dès qu'il levait les yeux sur Armand et qui s'étouffait lorsqu'il constatait de l'horreur qu'il avait traversée.

La brise commença à se lever et Vidal ne put réprimer un frisson. S'il prenait les routes avec Armand, ils allaient devoir apprendre à vivre ensemble, non comme un vassal avec son prince (c'était hors de question), mais comme deux compagnons. La vie pouvait tout de même être ironique...

Armand avait raison : à ses côtés, il doublerait ses chances de survie. Il se souvenait pour l'avoir espionné, du temps de Louis, de ses capacités physiques inférieures à celles d'un enfant en bas âge et même si Vidal n'était pas le meilleur au bâton et à l'épée, il se débrouillait tout de même.

Évidemment, c'était sans compter Eden, la petite Eden qu'ils n'avaient toujours pas retrouvé. Il eut une pensée fugace pour ce noble qu'il avait sans doute grandement vexé en le forçant à dire ce qu'il savait sur son sort, et à ce moment, Vidal eut une légère grimace. Au moins, cette violence gratuite était un bon avertissement pour Lord Lucien. Il ne vexerait pas l'Assemblée impunément s'il savait que ses hommes avaient tout pouvoir.

« Eden. », répéta-t-il comme s'il savourait le seul nom de la princesse. « Je l'ai cherché. Au nom de la milice, quand j'étais encore avec eux, et à mon compte. À un moment, j'ai cru remonter une piste, comme quoi on l'aurait vue dans une fabrique...Mais elle est restée introuvable. »

Il eut un sourire contrit à l'égard du Prince, puis referma deux boutons de sa cape, commençant décidément à avoir froid.

« Si vous voulez partir à sa recherche, nous devons nous occuper de vous. Vous ne pouvez pas marcher dans les rues tel que vous êtes : vous devez au moins changer de coupe de cheveux, vous maquiller et vous grimer comme un pauvre. Eventuellement de couleur de cheveux, si c'est possible. J'en ferais de même, je présume que Cyrus profitera de la nouvelle de votre évasion, avec ou sans preuve, pour m'en accuser. Il cherche à me faire évincer depuis de longs mois, maintenant. »

Son visage se crispa, tandis qu'il parlait de Cyrus. Ce n'était lui qui, à l'origine, avait recruté cet homme pour qu'il fasse partie de la résistance, mais quand il avait compris l'étendue de la toile qu'il avait tissé derrière son dos, il était trop tard. Il serait leur principal ennemi.

« Vous avez de la chance de ne pas être blessé au visage, Mon Prince. »

Vidal resta pendant quelques instants pensifs, réfléchissant à ce qu'il pourrait bien faire comme transformation...

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MessageSujet: Re: La grande évasion ~ [PV Vidal]   La grande évasion ~ [PV Vidal] EmptyLun 15 Juin - 20:48


  • Le vent se lève... Il faut tenter de vivre !
    Paul Valéry

    Un vent froid s'était levé sur eux. Quelques feuilles mortes s'étaient faiblement arrachées du sol humide pour traîner de-ci de-là, autour d'eux. Comme Vidal, un peu plus tôt, Armand ne put s'empêcher de réprimer un frisson. Il réajusta sa cape sur lui. Au dessus d'eux, par delà la voûte des arbres, la lune avait certainement continué son parcours dans le ciel – quelle heure était-il, à présent ? Pas loin de minuit ? Ils étaient encore loin des heures les plus froides de la nuit.

    Il ne put s'empêcher d'être légèrement déçu lorsque Vidal lui annonça que non, il n'avait aucune idée de l'endroit où se trouvait sa jeune sœur. Armand n'avait pas pu s'abstenir d'espérer un peu. Pourtant, cela n'aurait pas dû l'étonner : très jeune, Eden était passée maîtresse dans l'art de disparaître. Soit en se faisant oublier des personnes qui l'entouraient, soit en se cachant littéralement. Avec un petit pincement au cœur, il repensa à cette partie de cache-cache qu'ils avaient faite, quelques années plus tôt... C'était triste, qu'il s'en rappelle aussi bien. Mais à vrai dire, il y avait eu si peu de jeux dans leur enfance qu'Armand aurait pu les compter sur ses doigts.

    Armand réprima à peine sa grimace lorsque Vidal évoqua la nécessité pour eux de se grimer. Cela le contrariait d'autant plus qu'il savait pertinemment que c'était inévitable. S'il voulait rester dans la cité, il lui faudrait se fondre dans la masse.

    « Vous avez de la chance de ne pas être blessé au visage, Mon Prince. »

    « Je pense que même sans cicatrice, mon visage est gravé au fer rouge dans la mémoire de chaque habitant de ce pays » répliqua-t-il, caustique.

    Entre Armand, l'ex-monarque dont le visage était frappé sur toutes les pièces, et Vidal, avec sa brûlure au visage, ils ne partaient certes pas gagnants. Avec un soupir, Armand ajouta :

    « Il va nous falloir déployer des trésors d'inventivité, pour disparaître aux yeux du monde. »

    Il soupirait, mais il était bien décidé à faire ce qu'il fallait pour échapper à leurs ennemis communs.

    Ennemis communs, quels mots étranges ! C'était peut-être cela, finalement, qui les liait désormais, à la place de leur aversion l'un pour l'autre : leur défiance pour une tierce personne. En l’occurrence, Cyrus. Il semblait être un ennemi redoutable. Le genre de personne qu'Armand aurait pris plaisir à écraser. Oh, combien en avait-il rabaissé, des hommes de sa trempe, et combien il avait apprécié le faire ! Les cueillir au moment où ils se sentaient intouchables, invincibles, au sommet de leur grandeur, et voir leurs rêves de puissance s’effondrer finalement comme un fragile château de cartes.  

    Une idée s'insinua alors en lui, se répandit dans ses veines comme un venin qui lui glaçait le sang. Il tenta de repousser ce sentiment de colère qui le gagnait de nouveau, mais c'était trop tard : l'idée était là, épaisse, collante, et il ne parvenait plus à s'en dépêtrer.

    « Dis-moi, Vidal. » Il marqua une pause, crispé. Il avait voulu poser sa question l'air de rien, mais il ne parvenait pas à dissimuler l'amertume dans sa voix. « Cyrus est-il responsable de l'exécution de Louis ? »

    Ça y est, c'était dit. Les mots avaient été libérés, agités et venimeux comme un essaim de frelons.
    Armand avait haï ses parents, ses précepteurs, les nobles fallacieux à la cour, le peuple stupide éructant de colère et enfin, lui-même, pour avoir gâché et abrégé la vie de Louis. Il pensait avoir épuisé toute sa colère, il pensait être à cours de haine et de violence.
    Et pourtant. Comme quoi, jamais source ne tarit.

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MessageSujet: Re: La grande évasion ~ [PV Vidal]   La grande évasion ~ [PV Vidal] EmptyMer 17 Juin - 17:47


Il y avait dans cette histoire une espèce de mélancolie indicible. Chaque pensée envers Louis mettait en lumière l'injustice subie, flagrante, et encore, Vidal n'était pas à la place d'Armand.

Sa haine de jadis avait fait place à de la peine, à une pitié si flagrante qu'il en venait à se mépriser, l'envie de consoler, de venger, était bien présente. Mais Vidal ne prendrait nullement Armand dans ses bras car entre les deux hommes, les tensions étaient encore évidentes. Ils resteraient là, face à face, se regardant dans le blanc des yeux comme deux antagonistes proches de devenir amis.

Il fallait au moins le décès – l'assassinat – d'un prince pour que ces deux-là deviennent un jour amis.

« Nous allons trouver. », fit-il d'une voix sombre, pas autant que celle qui allait suivre.

Il eut un regard vers ses propres mains et se demanda s'il aurait eu le courage de tuer lui-même Cyrus. La petite musique interne dans sa tête le convainc que non : il était bien meilleur parleur qu'assassin.

« Paix à son âme. Cyrus est quelqu'un de bien trop intelligent pour revendiquer la mort de lui. L'assemblée a voté, une majorité de « oui » l'a emporté, mais nous savons très bien qui est derrière celle-ci. »

Parfois, Vidal n'avait plus aucune envie de se trouver ici. De voir les caniveaux sales, les cris des passants et les engins de mort sur les places publiques. Pouvait-il regretter à ce point une monarchie qui, pourtant, était loin d'être parfaite ?

Une légère bourrasque surprit Vidal. La pluie cachait les nuages, aussi ne put-il pas prévoir les gouttes d'eau qui percèrent soudainement les arbres. D'abord au rythme d'une de temps en temps, elles se firent denses et lourdes. L'odeur devint humide, faisant ressortir les mousses et le bois dont ils étaient entourés. L'ancien résistant rabattit un peu plus sur son visage la capuche qui n'avait pas du tout prévue à cet effet, conscient que dans quelques minutes, ils seraient assurément trempés jusqu'aux os.

Si la pluie durait, ils ne seraient pas que mouillés, mais ils pourraient attraper froid. Par chance, Vidal connaissait une apothicaire dont l'allégeance allait sans nul doute à Armand, mais il préférait éviter d'impliquer des gens tant qu'il le pourrait. Il fit un pas de côté, se rapprochant d'un épais tronc pour profiter de sa ramure comme parapluie, puis ouvrit de nouveau la bouche.

« Nous devons partir. Je connais un endroit où nous serons au chaud. Où vous pourrez vous reposer. Sans personne, sans royalistes, car il serait bien trop dangereux pour vous de rencontrer un traître ou même, d'être tenté d'être le candidat d'un régime du passé. Vous seriez déjà mort si vous le faisiez, Cyrus n'attend que cela. »

Vidal prit l'initiative des premiers pas.

La pluie avait déjà commencé à transformer la terre sèche en boue, aussi leur progression était-elle plus compliquée. Il connaissait, fort heureusement, très bien cette forêt pour y avoir mené pas mal d'activités illégale, mais c'était également le cas de tous les anciens résistants...prudence, donc. Attendant Armand pour se mettre à son niveau, il lui glissa à l'oreille.

« Nous nous déplacerons sans lumière, prions juste que la pluie cesse bientôt. En tout cas, elle aura l'avantage de brouiller nos traces. Avez-vous une question ? »

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MessageSujet: Re: La grande évasion ~ [PV Vidal]   La grande évasion ~ [PV Vidal] EmptyDim 28 Juin - 18:48


Une brusque colère envahit Armand, violente, brûlante. Ses mains se crispèrent sur ses genoux, si fort que ses ongles s'enfoncèrent dans sa peau à travers le tissus de son pantalon. Les mots de Vidal avaient réveillé un monstre endormi dans ses entrailles depuis de longs mois : la fureur. En libérant Armand de sa prison dorée, avait-on également rouvert la cage de cette bête assoupie en lui ?
Il n'arrivait plus à respirer. Le monstre lui comprimait la poitrine, écrasait son cœur de ses doigts froids dans sa cage thoracique. La jointure de ses doigts blanchit davantage – il voulait frapper, il voulait arracher, broyer, brûler, meurtrir la chair de Cyrus. Il voulait briser cet homme. Et tous ceux qui l'avaient suivi aveuglément. Et le monde entier avec.

C'était ce que la fureur lui soufflait, et Armand l'avait toujours écoutée. Après tout, elle avait toujours été là pour lui, pour lui dicter quoi faire : elle s'était pleinement éveillée le jour où son père avait crevé l’œil de Louis, et elle lui avait permis de se venger, à lui, un ado efflanqué et empêtré par toutes ses leçons de bienséance. La fureur lui prêtait sa force. En échange, elle ne réclamait que du sang.
Mais Armand n'était plus un prince pouvant passer sa colère sur les autres. Il n'était qu'un garçon perdu au fond des bois. Il n'avait plus les moyens de satisfaire la soif de sang du monstre. Il n'avait pas de prisonniers sous la main, et encore moins Cyrus à sa disposition. Il était seul, avec sa rage meurtrière qui palpitait dans sa poitrine au même rythme fou que son cœur. Ses mains tremblaient. Était-il seulement possible de contenir une telle violence ?

Armand avisa Vidal, toujours à ses côtés – et ses yeux, son regard. Il y lut la pitié et la compassion, et le mépris aussi, de s'autoriser à ressentir de telles choses. La fureur changea de proie.

A cet instant, il était si près de s'en prendre à Vidal, de lui faire subir tout le mal qu'il ne pouvait faire subir à Cyrus et aux autres, de lui arracher les yeux pour enfin mettre un terme à sa foutue compassion – mais, confusément, avec un pincement au cœur, il réalisa alors que Vidal était le seul allié dont il disposait. Le seul qui était à ses côtés, par cette nuit froide et obscure. S'il avait connu ce qu'était l'amitié, dans sa vie, Armand aurait pu rapprocher leur relation de cela. Il ne voulait pas diriger sa colère vers lui.
Embourbé dans ses émotions, Armand se leva et s'éloigna de quelques pas, dos à Vidal. Il s'obligea à prendre de longues inspirations, à calmer le rythme affolé de son cœur. Musela tant bien que mal la fureur qui lui criait de mettre le monde à feu et à sang. Jusqu'à quand serait-il esclave de ses stupides émotions ?

Au bout d'un temps incertain, il sentit la pluie tomber, et les gouttes d'eau couler sur sa nuque. Le col de sa chemise était trempé, sa cape, alourdie par l'eau. Il n'y avait prêté aucune attention jusque là, tout à sa colère. C'était épuisant.

« Nous devons partir. Je connais un endroit où nous serons au chaud. Où vous pourrez vous reposer. Sans personne, sans royalistes, car il serait bien trop dangereux pour vous de rencontrer un traître ou même, d'être tenté d'être le candidat d'un régime du passé. Vous seriez déjà mort si vous le faisiez, Cyrus n'attend que cela. »

Il jeta un regard  torve à Vidal ; celui-ci s'éloignait déjà. Armand observa quelques secondes sa silhouette se fondre dans l'obscurité. Puis il se mit en marche, lui aussi.
Ils avancèrent un temps sans dire un mot. Armand ressassait les paroles de Vidal. Si on lui servait la couronne sur un plateau, la prendrait-il de nouveau ? Il n'en était pas certain. Il n'avait jamais pris le titre de Roi, après tout. Il n'avait même jamais songé à régner seul.
Vidal attendit qu'il le rejoigne pour lui parler à l'oreille.
Il pleuvait à verse, désormais, le sol était effectivement spongieux sous leurs pas. Armand avait l'intuition que cette pluie ne cesserait pas de si tôt.
Il avait bien quelques questions :

« Où allons-nous exactement ? Ai-je le droit de le savoir, au moins ? »

Ou bien quittait-il une prison pour une autre ? Vidal semblait dire qu'il était dangereux (pour lui... mais certainement pour le peuple, en vérité, devait penser l'ancien résistant) de rencontrer des gens, surtout des royalistes.

« Une fois là-bas, serai-je libre de mener mes recherches comme je l'entends ? Ou bien préfères-tu ne pas prendre le risque de me laisser la possibilité de me rapprocher de mes partisans ? »

Il n'y avait même pas d'ironie dans sa voix. Tout au plus, une vague morosité. Ses accès de colère l'épuisaient toujours.

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MessageSujet: Re: La grande évasion ~ [PV Vidal]   La grande évasion ~ [PV Vidal] EmptyJeu 2 Juil - 22:16


La pluie était battante et ils n'allaient certainement s'éterniser dessous. Chaque pas de Vidal l'emmenait plus loin, vu cette Cour des miracles qu'on lui avait décrites comme un refuge pour les âmes désespérées.

Il l'était lui-même et le comble, c'était qu'il aidait son pire ennemi. Il ne savait même pas s'il serait capable de supporter une colocation avec lui et s'il ne serait pas un meilleur plan que de l'enfermer dans la cave, à l'abri des gredins de l'assemblée mais aussi préservant ses nerfs irrémédiablement.

Malheureusement, Vidal ne se savait pas assez inhumain pour le faire. Ça aurait pu être un plan, s'il avait été le sien depuis le début. En effet, s'il l'avait laissé sortir de là, il pensait même le laisser vagabonder dans les pays étrangers, c'était dire ce qu'il pensait en réalité.

Sous la pluie, l'ancien commis tenta tout de même de plonger son regard dans celui d'Armand, tentant de comprendre ce qu'il lui passait réellement par la tête.

Il n'aurait pas dû lui avouer que Cyrus était derrière tout cela. Il aurait dû nier, quitte à endosser lui-même la responsabilité du meurtre de Louis.

Armand n'était pas un idiot, il aurait deviné que c'était un mensonge, toutefois...un mensonge ? Vidal, quelque part, se croyait véritablement coupable de cette mort injustifiée et c'était même pas là qu'avait commencé toute sa remise en question. Sa plus grande erreur était de ne pas avoir agi à temps lorsque Louis avait été condamné au billot. Il aurait pu le faire évader, comme il l'avait fait pour Armand, ou même le défendre ardemment contre l'Assemblée.

Qui savait : si ça s'était passé comme cela, ils se seraient peut-être rendu compte qu'ils condamnaient un gamin.

« La mort de Louis m'incombe tout autant que Cyrus. Ne cherchez pas de coupable, pas si vite, ce serait vous précipiter dans la gueule du loup. Je suis coupable de ne pas avoir agi. Cyrus a peut-être fait voter et présenté au juge ses idées, mais nous sommes au moins tout au temps coupable de ne rien avoir tenté. »

Son poing se serra, se souvenant de cette époque où il était si heureux de ne plus lutter contre les princes maléfiques. Tout le monde le considérait comme un héros : il était Vidal, un résistant, il avait vaincu un régime dictatorial et était le tout nouveau chef de la police secrète.

Oh, que de souvenirs. Certains très heureux, d'autres tellement moins.

« Je suis désolé. », dit-il en s'inclinant légèrement, sous la pluie. « Je vous la laisserai chercher Eden à votre guise, je serai mal placé pour vous empêcher de rechercher ceux que vous aimez. »

Il se mordit les lèvres, relevant la tête. Pendant un instant, il eut l'air de chercher quelque chose dans sa poche et d'ailleurs, en tira un bracelet qu'il lui tendit.

« Tenez. C'est la clé pour accéder à l'endroit où je vais vous amener. Pour répondre à votre question, nous allons visiter la Cour des Miracles. Une cachette adéquate que l'Assemblée n'est pas encore parvenue à localiser. Logiquement, tout devrait bien se passer, mais éviter tout de même de montrer votre visage, on ne sait jamais. »

C'était le cas de le dire. Soupirant, Vidal accéléra le pas, sentant la pluie perforer ses vêtements.

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MessageSujet: Re: La grande évasion ~ [PV Vidal]   La grande évasion ~ [PV Vidal] EmptyMer 15 Juil - 13:05


Malgré la pluie battante, malgré l'heure tardive, Vidal s'arrêta sur le chemin et plongea son regard dans celui d'Armand.

« La mort de Louis m'incombe tout autant que Cyrus. Ne cherchez pas de coupable, pas si vite, ce serait vous précipiter dans la gueule du loup. Je suis coupable de ne pas avoir agi. Cyrus a peut-être fait voter et présenté au juge ses idées, mais nous sommes au moins tout au temps coupable de ne rien avoir tenté. »

Nous. Ce mot fit l'effet d'une pierre qu'on lui jetait en pleine figure. Il cilla, la gorge serrée de nouveau.
Vidal parlait sans doute de l'Assemblée en général, dans ce nous, et peut-être pas du prince – mais Armand s’inclut évidemment dans ce pronom. Pendant des mois il s'était accusé de la mort de Louis : s'il l'avait fait fuir avec Eden ; s'il avait endossé seul la responsabilité de la couronne, plutôt que de la partager avec un enfant de 14 ans et l'exposer ainsi au regard du peuple ; s'il n'avait pas cédé aux avances de Louis et à cet amour malsain qui lui brûlait les entrailles, plutôt que de se faufiler en douce dans la chambre de son frère tout en sachant que cela le condamnerait aux yeux du monde et de Dieu...

Armand était responsable d'une succession de mauvais choix, qui avaient entraîné peu à peu son frère vers sa mort. Il songeait parfois avec amertume que même Judas n'avait pas tant de crimes sur la conscience, lui qui s'était contenté d'une seule trahison.

Sachant tout cela, ce soir, Armand avait malgré tout tenté de trouver quelqu'un d'autre à accuser. Quelqu'un pour le décharger de ce poids sur son cœur. Il ne servait pourtant à rien de se voiler la face : il était seul coupable.

Et pourtant, ce fut Vidal qui s'excusa.

Armand sentit quelque chose céder en lui – comme si cette montagne de haine, de colère et de souffrance, qu'il avait lui-même érigé en son cœur, s'était un peu effrité sous l'effet des mots de Vidal. C'était la première fois que quelqu'un s'excusait pour la mort de Louis.

D'ailleurs, c'était même la première fois qu'Armand parlait réellement de sa mort avec quelqu'un – la fois où Vidal était venu le voir, dans son misérable cachot, le résistant avait exprimé des regrets, qu'Armand lui avait renvoyé rageusement à la figure, refusant d'aborder le sujet – refusant de se souvenir des sanglots de Louis quelques secondes avant le sifflement de la lame dans les airs.
Les cris de Louis ne s'étaient pas atténués pour autant dans sa mémoire. Mais le poids du remord qu'il portait depuis six mois semblait s'être enfin un peu allégé : pour la première fois, il avait quelqu'un avec qui le partager.

Vidal lui annonça alors qu'il serait libre de chercher sa sœur comme il l'entendrait. Il fronça les sourcils, un peu étonné, mais déjà l'ancien résistant sortait de sa poche un objet à son attention.
C'était un petit bracelet de cuivre. Vidal en expliqua la fonction, et les questions se bousculèrent aussitôt dans son esprit. La Cour des Miracles ? Armand en avait entendu parler dans les journaux qu'on lui apportait de temps à autre, négligemment : n'était-ce pas censé être un endroit hors de portée de tous ? Il ne suffisait pas de vouloir y entrer, pour y accéder :  on disait qu'il fallait y être invité. Comment Vidal avait-il obtenu un laisser-passer ?
Mais Vidal avait repris la marche, accélérant l'allure. La pluie les transperçait de ses traits : ils étaient complètement trempés, à présent, et Armand se rendit compte qu'il avait les doigts engourdis par le froid et l'humidité. Il rattrapa Vidal pour se mettre à son niveau. Après un silence entre eux, Armand lança ces mots sous couvert de la nuit, du vent et de la pluie, comme une bouteille à la mer qui ne parviendrait peut-être pas à son auditeur :

« Merci pour ta confiance. »

Après tout, il lui avait révélé leur futur cachette, lui avait annoncé qu'il serait libre de chercher Eden à sa guise... Vidal méritait au moins que ces marques de confiance soient reconnus à leur juste valeur.
C'était la deuxième fois de la soirée qu'il le remerciait. Cette nuit resterait décidément dans leur mémoire comme inhabituelle. Il reprit, plus fort pour couvrir la pluie :

« Tu as décidément le bras long. Obtenir un passe-droit pour l'endroit le plus inaccessible du pays, ça n'a pas dû être aisé. Comment as-tu fait ? » L'ombre d'un sourire se dessina sur ses lèvres bleuies par le froid : « En tout cas, c'est un beau pied de nez aux Républicains. »

D'abord, l'Assemblée penserait certainement qu'il avait fui à l'étranger. Si malgré tout ses membres apprenaient qu'Armand était resté dans le pays, ils n'auraient jamais l'idée d'aller le chercher à la Cour des Miracles. Et même si finalement ils découvraient qu'il s'y cachait, il serait plus que difficile d'y pénétrer pour l'arrêter. On disait que la Cour avait ses propres règles, ses propres lois : si la garde républicaine osait ne serait-ce qu'approcher, cela déclencherait une guerre plutôt sanglante.
Sauf si les habitants de la Cour découvraient qu'il était le Prince Armand. Nulle doute qu'ils le livreraient d'eux-même sur un plateau aux Républicains. Vidal avait raison : mieux valait éviter de montrer son visage. Mais, encore une fois, son atout majeur était que personne ne soupçonnerait jamais le prince en fuite d'avoir trouvé refuge à la Cour des Miracles.

La forêt avait fait place aux remparts de la ville. Bien que des groupes de gardes patrouillaient régulièrement, les portes de la cité n'étaient plus gardées comme au temps de la Monarchie : tous deux purent entrer discrètement, à la faveur de l'obscurité, le bruit de leurs pas noyé par celui de la pluie clapotant sur les pavés.  

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MessageSujet: Re: La grande évasion ~ [PV Vidal]   La grande évasion ~ [PV Vidal] EmptyLun 20 Juil - 10:07


Tandis que la tempête battait son plein, Vidal se sentit entraîné en arrière par le Prince et surprit par les quelques mots de remerciement qu'il prononça.

Pendant quelques instants, il y eut comme un bug dans le cerveau du blond. Un gros bug pour la forme, une réaction tout à fait naturelle qui l'empêcha de bouger pendant quelques secondes, le faisant se détremper complètement.

Armand recommença à parler et Vidal prit une grande respiration, resituant la situation, où ils allaient et comment il avait eu accès à ce lieu mystérieux que peu connaissaient. Vidal s'apprêta à répondre mais l'orage retentit alors qu'il ouvrit la bouche et, s'il avait eu l'impression que la pluie ne pouvait pas tomber plus fort, elle se fit dure et il attrapa la main d'Armand pour l'entraîner dans une course folle vers leur nouvelle demeure.

Le vent souleva en partit leurs capes et très franchement, Vidal se retrouva complètement mouillé avant d'arriver à bon port, mais sans doute cela aurait-il été vraiment pire s'il n'avait pas pressé le pas. Dans leur fuite contre la pluie, il ne lui semblait plus entendre – avec peine encore – que le bruit de leurs pas et le son de la boue, tellement celle-ci voulait retenir leurs chausses et celui du tonnerre tonitruant, chaque éclair menaçant de s'abattre sur eux et zébrant le ciel. Déjà, ceci dit, ils voyaient les remparts apparaître, mais ils n'étaient toujours pas arrivés.

De fil en aiguille, ils rallièrent la Cour. Personne ne leur fit d'histoires et à ce moment, le laisser passer lui sembla presque miraculeux. Se précipitant, hors d'haleine, vers la maison, il se dépêcha d'y traîner Armand, puis claqua la porte derrière lui.

Le blond n'en pouvait plus. S'il était un peu sportif à la base, courir sous la pluie comme ça, une lourde cape sur les épaules et le temps n'étant pas avec eux, ça n'était franchement pas productif. La première chose qu'il fit fut de jeter au sol la cape qui y resterait sans doute jusqu'au lendemain et d'enlever son haut qui lui collait à la peau, l'étendant sur une chaise qui se trouvait là.

Il était désormais torse nu, pieds nus car il avait également retiré les chausses toutes boueuses et cherchait dans les chambres de vieilles couvertures et des bas pour Armand et lui. Il ne tarda à en trouver et les déposa sur la table – parmi les vêtements plutôt classiques de gens du peuple, il y avait également, allez savoir pourquoi, un costume de bouffon. Sans aucune pudeur, Vidal prit le temps de se retourner, de se déshabiller entièrement puis de se sécher pour mettre un nouveau bas qui, chose si agréable, n'était pas mouillé. Il prit également dans le tas une chemise sèche et se frotta les cheveux avec la couverture - ...Il avait l'impression de revivre !

S'asseyant sur une chaise, crevé, son regard se reporta enfin sur Armand, songeant à la question préalablement posé et dont il venait de se souvenir.

« Bienvenue à la Cour des miracles. Vous devez votre passe-droit à une jeune gitane que j'ai rencontrée. Elle m'a fait une offre qu'on ne peut refuser, en revanche, je vous conseille de vous grimer du mieux possible pour sortir. »

Car il était évident que Vidal le laisserait sortir, il n'était pas un geôlier, ni Cyrus ni un de ces gardes du château. Le plus compliqué allait probablement être de se nourrir, mais ils y parviendraient, dussent-ils manger des rats.

« Avez-vous apprécié cette petite pluie ? Rafraîchissante, n'est-ce pas ? Pensez bien à vous réchauffer, je ne voudrais pas que vous attrapiez la mort. »

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MessageSujet: Re: La grande évasion ~ [PV Vidal]   La grande évasion ~ [PV Vidal] EmptyMar 18 Aoû - 18:39


La pluie se mua en orage, et les bourrasques, en violentes rafales. Armand courait, ballotté par le vent et ralenti par ses vêtements gorgés d'eau – et si Vidal ne l'avait pas traîné derrière lui, il l'aurait sans doute perdu dans la tempête. Essoufflé, en nage, il avait l'impression qu'on lui sciait les côtes. Il n'avait jamais été très endurant.

Et puis, soudainement, ils furent à l'abri.
Armand essuya avec sa manche l'eau qui lui coulait dans les yeux pour pouvoir observer les lieux : il s'agissait visiblement d'une maison, en plein cœur de la ville. Étaient-ils réellement dans la Cour des Miracles ? Il se tourna vers Vidal pour l'interroger, mais celui-ci était déjà occupé à ôter ses habits détrempés – à cet instant, Armand lâcha un, puis deux, puis trois éternuements plutôt violents. Ravalant ses questions, il décida que le mieux à faire dans l'immédiat était sans doute de se changer lui aussi.
Il aurait été stupide de mourir d'une quelconque maladie la nuit même de son évasion.

Les vêtements formèrent bien vite un monticule boueux et dégoulinant sur le sol. Aucun des deux hommes n'était visiblement très pudique ; ils s’acquittèrent chacun de leur tâche sans s'occuper de l'autre. Armand aurait apprécié un bain chaud en cet instant, mais le fait de pouvoir se sécher correctement suffit au moins à faire de nouveau circuler le sang correctement dans ses doigts et ses orteils. Bientôt, ses membres furent moins gourds, et il cessa complètement de grelotter.

Enfin au chaud, Armand était occupé à se frictionner le crâne pour que ses cheveux arrêtent de goutter sur ses vêtements secs, quand Vidal se tourna vers lui :

« Bienvenue à la Cour des miracles. Vous devez votre passe-droit à une jeune gitane que j'ai rencontrée. Elle m'a fait une offre qu'on ne peut refuser, en revanche, je vous conseille de vous grimer du mieux possible pour sortir. »

Tout en détaillant la pièce qui l'entourait, Armand nota dans un coin de sa tête qu'en plus de devoir son salut à l'ancien chef de la résistance, il le devait également à une va-nues-pieds. Le Prince et la Tzigane – on aurait dit un conte pour enfants. Oh, la vie ne cessait décidément jamais d'être ironique avec lui.

« Avez-vous apprécié cette petite pluie ? Rafraîchissante, n'est-ce pas ? Pensez bien à vous réchauffer, je ne voudrais pas que vous attrapiez la mort. »

Vidal parlait comme si la tempête qu'ils avaient affrontée était une festivité dont il était lui-même l'auteur. Armand allait pour sourire à cette remarque, mais sa bouche se tordit et il éternua de nouveau. Même le timing se fichait de lui.

« Tout à fait divertissante, répondit-il en reniflant. Mais si tu pouvais faire dans le moins spectaculaire, la prochaine fois. »

Avec un peu moins d'éclairs, de pluie et de vent, par exemple.
Il écarta les mèches de cheveux mouillés qui lui tombaient devant les yeux – voilà des mois qu'ils n'avaient pas été coupés. Il lui faudrait remédier à cela. Il devrait sans doute demander son aide à Vidal pour cette tâche... Armand retint un soupir : visiblement, il allait devoir beaucoup compter sur Vidal dans les jours à venir. Cette situation n'allait être évidente pour aucun d'eux. Il se demanda qui des deux craquerait le premier et éventrerait l'autre dans son sommeil.
Il prit une inspiration :

« Bien. Tu me fais visiter ? »

Pour le meilleur et pour le pire, la nouvelle vie d'Armand débutait cette nuit.
FIN

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