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 Lucien ~ Perversion is my drug ~

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Lord Lucien

{ "We live in pervert time" }

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Messages : 247
Localisation : Où je le veux
Âge du personnage : 25 ans
Fiche du personnage : Vous n'êtes pas le bienvenue ici ~
RPs : Mad tea party - Première partie
Deuxième partie - Aleth (Fini)

Cavalcade en nuitée - Theo & Willy (Fini)

Où l'on joue de malchance, ou quand le hasard s'amuse - Theophil (Fini)

La violence ne résout rien (mais elle soulage) - Theophil (Fini)

Il ne faut jurer de rien - Theophil (Fini)

Un rien suffit - Theophil (Fini)

Des lendemains qui chantent - Theophil (En cours)

Un zeste de citron dans votre décoction? - Heather (En cours)

Prends garde à la paix secrète - Vidal (En cours)



Cupboard
Autres détails:
Profession ou titre: Comte
MessageSujet: Lucien ~ Perversion is my drug ~   Jeu 10 Déc - 0:02

There was a crooked man,
And he walked a crooked mile,
He found a crooked sixpence
Upon a crooked stile;
He bought a crooked cat,
Which caught a crooked mouse,
And they all lived together
In a crooked little house.
[There was a crooked man]



I___ Who are you?


    Nom: Lewandowski

    Prénoms : Lucien, Clarence, Gabriel{Extrêmement fier des prénoms que ses parents lui ont donnés, il les a toujours chéris avec une attention particulière, les considérant comme le symbole de leur attention. En effet, sa mère ne lui a-t-elle pas décrit avec un luxe de détails, dans un tendre rire, l’ardeur dont elle a fait preuve pour trouver les prénoms parfaits à la petite merveille qu’elle portait dans son ventre ? Elle a passé tant de temps à éplucher les arbres généalogiques des uns et des autres et de lourds volumes reliés de cuir. Elle était tellement déçue que l’ainé de ses enfants ne lui accorde pas son entière affection, qu’il lui préfère un autre pour l’emmener dans son univers turbulent. Oh, elle l’aimait, évidemment, mais l’être à naitre serait le compagnon dont elle avait rêvé. Elle trouverait les appellations qui le protégeraient au long de son existence. Après tout, on murmurait que les prénoms étaient magiques. Qu’ils influençaient l’existence de leur possesseur.
    Origine étymologique : Lucien >> Dérivé du latin ‘’lux’’ et ‘’lucis’’, la lumière. Il était destiné à doter le futur bébé d’une clairvoyance forte qui l’amènerait à rester pur. Un porte-bonheur contre les erreurs.
    Clarence >> Du latin ‘’clarus’’, clair, illustre, brillant. Sa maternelle l’a désigné afin de lui ouvrir un parcours conséquent à la tête de la famille une fois adulte, pour qu’il remplisse son rôle d’héritier légitime avec brio.
    Gabriel >>De l’hébreu ‘’gavar’’, force, et ‘’El’’, Dieu, ce qui pourrait se traduire par ‘’Dieu est ma force’’. Ce prénom vient du désir de sa mère de contenter sa belle-mère, catholique convaincue, qui souhaitait que Lucien ait un Saint-patron d’envergure pour qu’il ne s’écarte jamais du chemin de la foi.}


    Surnoms : Aucun. Ses frères ont longtemps essayé de le renommer Lulu ou Cissy, mais l’enfant refusait de répondre lorsque l’on se référait à lui de cette façon. Finalement, ces appellations sont tombées dans l’oubli au fur et à mesure des disparitions minant son entourage.

    Age : 24 ans

    Orientation sexuelle : Malgré le fait qu’il trouve les hommes plus faciles à ramener chez lui, il est totalement bisexuel, se tournant impitoyablement vers les deux sexes, et ignorant avec délice la réprobation de ses pairs.

    Titre de noblesse : Comte
    Date de naissance : 15 septembre
    Lieu de naissance : /
    Origines : Polonaises, anglaises et françaises

    Signe caractéristique : Ses yeux vairons

    Manie, habitudes : Il tape impatiemment le bout de sa canne contre la pavé, le plancher, le sol, lorsqu’il marche ou juge qu’on le fait attendre inutilement. Il dort sur le dos, une jambe légèrement repliée, et le bras gauche cachant ses yeux.

    Groupe : Damn thing





Elizabeth, Elspeth, Betsy and Bess,
They all went together to seek a bird's nest.
They found a bird's nest with five eggs in,
They all took one, and left four in.
[Elizabeth, Elspeth, Betsy and Bess]


II___ What do you like?

    Un homme à la taille gracieuse, debout au milieu de la neige, bien campé sur ses jambes finement musclées. Il souffle sur sa main droite rougie par le froid en une expiration basse et continue, tranquille dans le silence ambiant. Ses yeux, asymétriques dans leur couleur, parcourent le paysage à l’expression feutrée. L’un d’eux est d’un vert profond, comme les variations d’une eau émeraude, l’autre est brun clair, morceau de noisette décolorée échouée dans un contour d’un blanc laiteux. Autant l’iris du premier semble mobile dans le changement aléatoires de ses teintes qui passent du foncé au pâle tel la surface d’un fleuve au soleil, autant le deuxième semble vide, uniforme, désert. Lumineux et sombres, attirants, glauques et lointains, gouffres aux milles maléfices morbides, leurs différences de nuances paraissent copier ceux des sorcières de jadis, malsaines et séductrices dans leur nudité dansante. Posant une ombre inquiétante sur sa peau juvénile. La pupille est l’infime trace d’obscurité pure sur la rétine. Un minuscule caillou sans éclat projeté en deux fragments dans les étendues d’herbe et de terre séchée. Il cligne des yeux. Paupières dissimulant un instant cette particularité sous des cils longs et épais. Légèrement féminins. Sensuels. Puis c’est une redécouverte, un approfondissement. En s’approchant, les pupilles aux différents dégradés semblent être devenues serpents. Souples, voluptueux, glissants, un reptile nénuphar et un reptile chêne déroulent en rond leurs anneaux. Effrayants et glauques. Ils dorment au creux des orbites de leur propriétaire, dans la chaleur de sa face. Surmontés de sourcils fins et courts, ceux-ci, clairs comme les mèches de ses cheveux, donnent à son visage un air faussement gentil, impassiblement ironique, supérieur et calme sans être écrasant. C’est une impression de sureté à l’encontre de sa sereine domination. Une allure de titulaire sur un corps immature.

    Une brise vient, inopportune, briser l’absence de bruits quelconques, soulevant un moment sa frange d’un blond pâle qui vient chatouiller son front et retombe doucement contre sa peau. Sa chevelure, courte et gracieusement emmêlée, tombe en une masse ordonnée sur sa nuque gracile, lui donnant presque l’air d’un adolescent sérieux et poète, délicieusement excentrique. Un artiste parti vers ailleurs avec ses idées rocambolesques. Chevelure fanée striée d’un jeune dorée, elle parait l’assemblage complexe d’une grande toile d’araignée par leur fragilité et leur mobilité apparente. On la croirait capable de couler entre les doigts, gouttelettes d’eau et larmes de pluie sur fond de paille lors d’un orage désolé ; on serait capable de l’assimiler à la chevelure d’un homme à la jeunesse déclinante, tant certains de ces filaments rappellent la blancheur du lait, tel de l’ivoire, par rapporte aux autres. Pourtant, le visage n’est en rien celui d’un vieillard. Jeune et lisse, d’une forme ovale, les traits du menton et des pommettes se font cassants. Il est soutenu par un cou de cygne, une nuque gracile et élégante, morceau de squelette oublié là par un diable en promenade. Le port de tête, lui, est discrètement hautain, furtivement arrogant, preuve d’une enfance choyée et d’une éducation imprégnant la confiance de soi. Aristocrate d’âme comme de corps, voué à la révérence et au commandement. De même, ses mains sont celles d’une personne n’ayant jamais pratique de travaux physiques ou manuels. Ciselées dans le cristal, modelées avec soin et précision, elles complètent la vision de la silhouette maigre et élancée de Lucien se découpant dans la nuit, et servent de supports à ses mouvements maniérés, à ses mimiques snob, peut-être vieillottes, du Comte en titre. Ainsi, il met un point d’honneur à utiliser avec rigueur l’ensemble de codes parfois délaissés par la présente génération. Moulinets savants de ses poignets noueux, discrète révérence, salut esquissé d’un dos courbé en avant, baisemain aux dames et demoiselles, il se veut gentleman dans son comportement sinon dans ses actions, volonté inconsciente qui se reflète dans l’ensemble de son être.

    Quittant son immobilité, il remet le col de son manteau en place sur ses épaules étroites. D’un physique peu imposant, ses hanches masculines sont inexistantes, ses cuisses minces sous le tissu qu’il coordonne à la mode de l’époque.Sur les chemises de lin blanc, du gilet dépasse la chaine d'une montre à gousset. Habits simples qui témoignent toutefois de sa richesse, il enfile pour sortir vestes de brocard ou de velours, vêtements brodés et manches galonnées, chaussures à boucles, boutons dorés, nœuds en soie, gants de soie et autres accessoires. Distingué et apportant une application particulière à sa tenue, il ne se sépare jamais d’une canne d’ébène à pommeau gris sculpté aux armoiries de sa famille. Original au regard nostalgique qui rit soudain sans raison apparente, puis murmure une phrase incompréhensible dans la paume de sa main, ne quittant pas de vue la tombe de marbre envahie par la mousse qu’il contemple depuis maintenant plusieurs heures. Il caresse un instant le tissu de son col, en tirant un fil brun avec délicatesse. Un sourire flotte sur ses lèvres incolores et sèches, exprimant une curieuse pudeur, une intime discrétion. Aux yeux de beaucoup, c’est de l’indifférence pure et simple. Lui cultive ce rictus indéchiffrable en tant que gardien de ses pensées. Angélique renfermé, qui ne s’ouvre aux réceptions qu’en apparence, caché derrière sa carapace aux traits anguleux et à ses coutumes choquantes pour ses pairs. Anormal pour un noble aux ancêtres plus ou moins respectables. Et il y a son rire. Son rire qui, l’instant précédent, a ressemblé à un gloussement hystérique, risquant de donner la chair de poule à son cocher qui l’attend quelques pas derrière lui. Il n’a pas été le ricanement mondain qu’il utilise si souvent, copie sans sentiments de celui qui résonne fréquemment à ses oreilles. C’était un rire de fou, un enjouement de possédé retenu à grand peine derrière sa bouche. Reflet du décalage qu’il inspire, du paradis tordu qu’il cache en lui-même. Sa voix s’élève enfin, chaude et veloutée, contrastant avec le caquètement qui a retenti plus tôt. Il faut rentrer. Il a les relents de l’accent de son grand-père, adopté par son père, qui teinte chacune de ses phrases de la fraicheur nacrée des paysages du pays d’origine de son aïeul, dessinant un collier brillant de mots étouffés sous une couverture immaculée et soyeuse. Grave et murmurante, elle se révèle aussi protectrice que piquante, aussi cultivée que blessante. Le serpent de ses yeux peut s’insinuer partout, du creux de ses coudes jusqu’à la plante de ses pieds. Il se relève, profil austère et efflanqué dans la lumière aveuglante de la neige. Son ombre, comme découpée au couteau sur le sol de flocons, forme un superbe insecte aux multiples pattes crochues.

    Taille : 1,80 m
    Poids : 69 kg



Solomon Grundy,
Born on Monday,
Christened on Tuesday,
Married on Wednesday,
Took ill on Thursday,
Worse on Friday,
Died on Saturday,
Buried on Sunday:
And that was the end
Of Solomon Grundy.
[Solomon Grundy]




III___ What do you think about you?


    Lucien est un homme étrange. Étrange et mystérieux à sa manière, aux attraits malsains et tachés, cachés sous l’enveloppe de son apparence distinguée et amère. On dit de lui qu’il possède une personnalité au passé contrasté. Subtile derrière un masque de Venise. Mais son caractère est en fait simple, au croisement de plusieurs extrêmes qui se caressent, se chevauchent, se lient, se déchirent. Ses yeux étranges, inexpressifs, déguisent ces combats aux influences meurtrières et raffinées, acidulées et empoisonnées, survolant les banquettes de cuir du carrosse qui le ramène chez lui, marquant à l’occasion un arrêt sur une déchirure dans la peau, une cicatrice dans le bois. La neige a imprégné le bas de son manteau au fil de ses pas et se déverse à présent dans la voiture en une pluie incessante et sucrée. Il arbore l’air vague et détaché qui sied si merveilleusement aux riches aristocrates des salons luxueux qu’il fréquente. Se fondant dans la masse des prétentieux qu’il côtoie. Qui lui ressemblent. Qui gravitent à l’unisson dans les hautes sphères de la société. Mais contrairement à eux, ducs et barons aigris par leur titre et leurs possessions, le jeune adulte garde continuellement un air d’insolence, de vitalité, de mesquinerie maligne, mêlée à ses yeux de précieux taffetas en un bouillon de culture hétéroclite. Il sourit facilement. Et parfois, même quand son cœur lui fait mal, il sourit au milieu de ses larmes salées et muettes qui lui monte au travers de la gorge et contracte sa langue dans le sanctuaire de ses appartements. Par défi, par dédain, envers cette réalité. Douloureusement, avec tristesse et dégout, mais il sourit. Avec fierté. Car Lucien possède une fierté extrême, qui le mène à détester capituler, haïr ceux qui l’humilient et faire payer ceux qui le menacent de perdre son honneur. Arrogant, il se tient comme méritant son nom et sa classe sociale, se défendant bec et ongles contre ceux qui aimeraient le voir destitué à cause de son âge et de son attitude honteuse, intriguant facilement sous la glace de sa prétendue docilité. Jamais il ne cherchera à avoir plus qu’il n’a. Mais il refuse de perdre ce qu’il considère comme sien. Et il regarde avec mépris ceux qu’il pense inférieur, condescendant et prétentieux. Pourquoi accorder de l’importance au bas de la Société ? Ils sont en dessous de toute distinction. Lui a étudié, il est raffiné, à la pointe de la mode, sophistiqué et digne de respect. Il n’a aucun besoin de s’abaisser à parler aux déchets, évidemment. Voluptueux héritier, maitre sans pitié. Le Comte est égoïste. Seulement, le Comte peut aussi être généreux. A ses heures perdues. Mais c’est toujours avec cette assurance que ses ancêtres lui assurent un piédestal du haut duquel il a la possibilité de regarder le peuple se dépêtrer dans la rue tandis qu’il allumera une luxueuse lampe à huile pour lire un livre couteux, confortablement installé dans un fauteuil rouge sang, au chaud dans sa bibliothèque. Il mérite cet honneur, il en est persuadé. Ceux qui ne l’ont pas, au contraire, ne méritent pas son attention. Ou alors, lorsqu’il le décide uniquement.

    A ses heures perdues, il daigne prêter une oreille distraite au malheur de ses employés. Ils restent car il paye bien. Simple. Heureusement, car Lucien est capricieux, comme tous les hommes riches qui ont acquis, depuis leur naissance, la totalité de ce qu’ils voulaient à l’instant où ils le voulaient. Il peut soudain décider de déplacer sa baignoire de sa salle de bains vers sa chambre pour un motif inconnu alors qu’elle est déjà entièrement remplie. Changer la couleur d’une pièce trois fois en deux jours. Congédier d’un seul coup une servante comptant dix ans de fidèle service à son actif sans raison valable. Il est d’ailleurs en parti mal vu par ses congénères à cause de sa propension à décommander des invitations à diner au dernier moment, débarquer à d’autres sans y avoir été convié, se promener dans les rues la nuit sans être accompagné, ramener ouvertement chez lui gigolos et prostitués. Et pour balayer les reproches qu’on lui adresse d’un revers de main. Il n’a cure de l’opinion qu’on lui adresse. Il désire, il prend, quelle partie de cette phrase peut-on ne pas comprendre ? C’est un enfant gâté, un gamin possessif qui aboie des ordres d’une voix agréable et mélodieuse, certain de sa suprématie. Il est têtu. Borné. Inébranlable dans ses convictions. Il croit ce qu’il dit, et si on cherche à lui démontrer par a+b qu’il a tort, il se contente de sourire d’un air satisfait, imperturbable, et de boire une gorgée de son verre. S’enivrer avec classe est un jeu de la Haute. Un mouvement nerveux de pupille, un bref tremblement des doigts, un regard un peu plus vague, un œil plus vitreux. Le but est de garder le contrôle de soi-même.

    Perverti, décadent Lucien qui suit le cours de ses envies sans jamais se soucier des rumeurs glauques qui se colportent derrière son dos, ni de l’éthique qu’on lui a inculqué. Sur son passage, on raconte que des adolescents sont enfermés dans les sous-sols de sa maison et qu’il se sert d’eux pour assouvir ses besoins sexuels ; qu’il pratique la magie noire sur les chiens de son chenil ; que les femmes et les hommes qui rentrent chez lui n’en ressortent jamais car il leur dévore le cœur. Autant de petites légendes urbaines qui l’amusent profondément, et qu’il joue parfois à attiser. Il ne s’en soucis pas vraiment, cela n’étant qu’un élément secondaire de sa vie quotidienne. Seul son bien-être et, éventuellement, celui de ceux qu’il aime compte. En effet, si le noble est froid, s’il est indépendant et solitaire, il n’est pas insensible. Il adore ses amants, s’occupe de ses amis, apprécie sa nombreuse famille, accueillant ses cousins, cousines, tantes, oncles, sous son toit. Ceux qu’il méprise ne sont pas ses ennemis. Son complexe de supériorité est juste tellement étendu qu’il touche également ses proches. Matérialiste, son affection passe par l’achat d’une multitude de cadeaux qu’il offre sans compter, et la féroce protection de son mode de vie. Il tente de préserver ce refuge avec la totalité de l’énergie dont il est capable, recourant à tous les moyens possibles et imaginables pour y arriver, des menaces aux meurtres, en passant par les pots de vins et l’utilisation de sa position. Il refuse de perdre quoi que ce soit, gardant précieusement et jalousement contact avec ceux qui lui sont chers afin de les préserver, logeant ses cousins en visite dans des appartements adjacents, ses amants du moment dans des chambres libres de sa propriété. Pour que rien ne s’efface. Pour que rien ne disparaisse dans ce vide dépourvu de sens, de sons. De sensations primaires. Il redoute ce néant, lui dont la maisonnée chuchote continuellement sur ses nouvelles conquêtes, indignée pour la plupart, par son manque de retenue. On murmure qu’il prend plaisir à accumuler putains et rencontres masculines, qu’il les honore aussitôt, les garde peu, et leur offre des montagnes de présents avant de les renvoyer d’où ils viennent. Il aurait eu, à ce que se plait à raconter le vieux jardinier en descendant réapprovisionner son office, qu’il aurait eu plus de maitresses entre ses draps que les mâles de sa famille réunis.

    En vérité, Lucien est un garçon volage et futile qui ne se lasse pas de tomber amoureux, se laissant séduire sans difficultés par les apparences ou les talents particuliers qui le charment, par une spécificité qui l’attire. Attentif à leurs attentes, ces idylles passionnelles ne durent jamais plus de quelques jours, son amour pour eux s’éteignant rapidement, et il n’est pas rare que, le soir, ses aventures se comptent au pluriel. Cependant, les règles qu’il impose sont simples. Il n’y en a qu’une seule : durant la durée de leur histoire, ces élus lui doivent une fidélité absolue. Ils ne doivent pas le trahir, personne ne doit les toucher, personne d’autre que lui ne doit les voir répandre leur fruit à coté de lui. Jamais avec un autre durant ces jours. Jamais. Au moindre doute, au moindre écart, le tyrannique propriétaire n’a aucun remord à mettre dehors le fautif présumé. Sur son territoire, il entend que ses lois soient respectées. Considérant ce qui le captive comme sien, il ne supporte pas la trahison de ces papillons de nuit chatoyants et ésotériques qu’il prend sous son aile humide, les emprisonnant dans la soie et le velours. Extraordinairement tactile, et malgré son air supérieur et les remarques désobligeantes sur leur condition, il entretient avec eux un contact éphémère mais privilégié, les touchant, leur saisissant la main pour les guider dans une serre et dans leur nuit. Il semble gouter les serrer avec décence dans ses bras, enlacer leur taille, presser leurs doigts contre sa paume, entourer une de leurs mèches autour de son index, effleurer leur cou. Les embrasser dans un rire narquois. Il aime ses compagnons printaniers, les plus vieux atteignant à peine la trentaine, les plus jeunes frôlant la quinzaine d’années. Avec ses derniers, il se plait à les initier avec douceur, assurance et gentillesse. Pour s’en débarrasser aussi vite que les autres une fois lassé. Cruel, impassible, il ne ressent aucun trouble à agir de façon aussi odieuse.

    Secret à son échelle, son comportement parait continuellement désaxé, et l’on a parfois du mal à définir ce qui lui passe par la tête. Sortir des phrases sans queue ni tête, qui n’ont pas de rapport avec la présente situation, passer du coq à l’âne ou sortir une phrase sans signification apparente est chez lui monnaie courante. Il est abstrait. Illogique. Menaçant lorsque l’on aperçoit son expression glaciale préfabriquée dans les mondanités. Il est tellement désagréable dans son orgueil et sa méchanceté à l’égard de ses amourettes qu’il prend et jette. Pourquoi alors est-il si adorable avec ses neveux, si patient quand il leur invente des histoires fantastiques pour eux dans les diners en famille ? Il est noir et blanc. Un mélange d’horreur et de bienfaits.

    Lucien, amoureux solitaire, mortel arrogant, garde une certaine douceur détectable dans sa façon d’être, et affiche sans interruption un calme inaltérable. Un calme tantôt serein, tantôt superficiel, tantôt crispé, mais qui dénote de sa parfaite maitrise de lui-même. Sorti de ses gonds, sa colère se manifeste tout au plus par un abaissement des coins de sa bouche ou un tic nerveux sur sa tempe. On ne le verra pas hurler, tempêter ou frapper. Il se contente essentiellement de montrer son mécontentement par des signaux discrets, tels un haussement de sourcils agacé, un sourire dédaigneux, un pincement de lèvres. D’une persévérance qui confine à l’obstination, il ne change pas d’avis devant les arguments décisifs que l’on peut lui servir, s’enfermant dans le silence au moment où il estime que la conversation n’a plus lieu d’être.

    Négligeant rieur, facétieux succube aux humeurs changeantes. Personnalité ambiguë et contradictoire, hostile et injuste, carrousel fasciné et intemporel, maitre solitaire et abrupt, altière poupée au chrome casse-cœur.

    Problème psychologique : Lucien est sujet depuis sa petite enfance à des hallucinations issues de sa propre imagination est des histoires qu’inventaient son frère Christian pour l’amuser. Autour de lui apparaissent à l’improviste les créatures du monde qu’il avait créé à l’intention de ce gamin étouffé par sa position, et trop terre-à-terre à son gout. Là-bas, il fait bouger des grenouilles qui collectionnent les esprits des promeneurs imprudents s’aventurant près de leur repaire en les emprisonnant dans des perles d’un gris satiné. Les salamandres se transforment la nuit en femmes et en hommes magnifiques, à la chevelure de flammes et à la peau rousse, aux ongles dorés et aux yeux brulant, qui dansent dans la lande en rougissant l’herbe à leurs pieds. Les djinns tombent amoureux des humains et éclatent en bulles de savon, telle la petite sirène incapable de se résoudre à tuer son amour, lorsqu’il leur apparaît que concrétiser cette passion leur est impossible.
    Queensland est le nom de cette dimension parallèle, car celle-ci est gouvernée par deux jumelles totalement identiques aux longs cheveux noirs et à la beauté aussi légendaire que leur suprématie et leur cruauté. Elles sont Dahlia et Camélia, les deux Reines Éternelles. Nées à la même seconde exactement, elles naissent en déchirant le ventre de leur mère, la nymphe de l’eau Malélane, qui meurt sur le coup, empêtrée dans ses cheveux aussi verts que la vase, sa peau bleutée prenant une teinte rouge dans son trépas. Atteignant un physique d’adolescentes en quelques heures, elles règnent depuis sur ce royaume en exerçant sur lui un pouvoir sans limites. Dotées d’une magie extrêmement puissante, elles peuvent aussi bien déclencher un orage que tuer à distance, changer d’apparence ou se transformer en blizzard. Toute créature se doit de leur obéir. Fantômes, doubles, elfes, sylphides, centaures, faunes, fées, feux follets, néréides, sorcières, korrigans, leprechauns, farfadets, aucun ne peut leur résister.
    Cet univers a longtemps été le refuge de Lucien. Seulement depuis la mort de son frère et de son amant, ce monde se dérègle parfois étrangement. Ainsi, des apparitions parfois effrayantes se succèdent dans son quotidien, en plus des manifestations inoffensives. On notera qu’il a conscience de la coupure entre ce que lui perçoit et ce que voient les autres, et se tait sur ces étranges apparitions.

    Opinion politique : Le jeune homme n’est aucunement hostile au régime, bien qu’il ne l’approuve pas particulièrement. Celui-ci l’indiffère totalement, du moment qu’il n’interfère pas dans son environnement proche, ne lui enlève pas ce à quoi il tient et le laisse vivre sa vie en paix. Il veille toutefois à ce que ses relations avec la famille royale et la Cour restent cordiales, mais ne cherche pas à s’approcher d’eux, histoire d’éviter les complications. Il ne se mêle pas de leurs affaires et espère qu’ils agiront à l’identique de leur coté.

    Peur, phobie : Aussi étrange que cela puisse paraître, le personnage qui nous occupe a les chevaux en horreur de puis que, l’année de ses quatre ans, accompagnant ses parents à un diner, il vit une personne se faire écraser puis piétiner par une voiture, déchiquetant ses joues et cassant ses membres de leurs durs sabots. Le conducteur descendit de son siège, blanc comme un linge, mais le mal était fait. La victime fut identifiée en tant que Marylin O’hara, jeune femme de 25 ans au physique poupin et la chevelure rousse et mousseuse. L’incident se contenta d’occuper le bas d’une page obscure d’un journal de la ville, ignorant du choc que cette morte venait de causer au garçon de l’autre coté de la rue, la bouche ouverte et les yeux exorbités, tracté par sa mère. Le souvenir de cet évènement s’est progressivement effacé de sa mémoire, la peur ressentie a laissé une infime marque. Cependant, l’aristocrate qu’il est aujourd’hui ressent à peine une appréhension négligeable en passant à coté d’un coche. Lui ne se reconnaît pas d’angoisses à proprement parler.

    Rêve, aspiration : Il n’en a pas particulièrement, son mode de vie actuel lui convenant très bien. Il apprécierait seulement d’éviter le mariage, qui lui serait d’un ennui profond et blesserait sans conteste l’épouse désignée puisqu’il continuerait à ramener sa quantité habituelle de soupirants sous son toit. Ainsi, son principal problème serait de trouver comment faire concevoir un héritier digne de ce nom sans recourir au serment devant Dieu et sans prendre de maitresse officielle, deux perspectives qui lui filent la nausée.

    Groupe sanguin : A

    QI : 107

    Aspect matériel : Il est quatre objets auxquels Lucien tient énormément. Le premier est un cahier écrit à la main par Christian et contenant ses propres nouvelles illustrées à l’aquarelle par Lawrence. Sa hantise de le perdre le pousse à l’enfermer à clef dans le tiroir de sa commode, et à ne jamais mentionner son existence. Il manipule avec soin ce livre imprégné de souvenirs, l’exemplaire étant fragile et unique. Il s’agit là de la possession à laquelle il tient le plus. Le deuxième est une montre à gousset en argent héritée de son père, où les armoiries de la famille sont gravées sur la surface plane. Finement taillées, les gravures sont restées incroyablement nettes avec le temps, à l’image des chiffres romains qui ornent le cadran et malgré le fait que le contour en soit superficiellement cabossé. Il a glissé à l’intérieur une miniature en couleur de son entourage : ses grands, parents, ses parents, son frère et Lawrence y figurent. Il suit ainsi l’exemple de son paternel qui y avait fait afficher avant lui une image de sa famille. Reliée par une fine chainette à sa poche, la montre le quitte rarement dans ses déplacements, revêtant une dimension pratique et traditionnelle. Le troisième objet est une canne en ébène au pommeau azuré. Il l’a commandé à l’époque où il a endossé le rôle de Comte en titre, à l’un des meilleurs fabricants de la ville. Quand au quatrième, il s’agit simplement d’une chevalière d’une taille respectable, frappée du symbole de la lignée qui se transmet de génération en génération. Il la considère comme l’emblème du respect qu’on lui doit et la responsabilité qui lui incombe.


Dernière édition par Lord Lucien le Lun 23 Aoû - 19:30, édité 19 fois
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Où l'on joue de malchance, ou quand le hasard s'amuse - Theophil (Fini)

La violence ne résout rien (mais elle soulage) - Theophil (Fini)

Il ne faut jurer de rien - Theophil (Fini)

Un rien suffit - Theophil (Fini)

Des lendemains qui chantent - Theophil (En cours)

Un zeste de citron dans votre décoction? - Heather (En cours)

Prends garde à la paix secrète - Vidal (En cours)



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MessageSujet: Re: Lucien ~ Perversion is my drug ~   Jeu 10 Déc - 0:10

There was a maid on Scrabble Hill,
And, if not dead, she lives there still.
She grew so tall, she reached the sky,
And on the moon hung clothes to dry.
[There was a maid on Scrabble Street]




IV___ What is your past?


    Cadre familial:

    {Reginald Lew Lewandowski}
    Origine: polonaise
    Au sein de la famille: Mari de Virginie, père de Rozenn, grand-père de Christian et Lucien
    Mort de vieillesse à 97 ans, il y a neuf ans

    Grand homme sec et rigide, le grand-père de Lucien est un de ces mâles que l’on qualifie d’imposants, de consistants. Noble polonais, il épousa lors d’un voyage en France une séduisante autochtone contre l’avis de ses parents, qui lui avaient auparavant choisi une fiancée dans son enfance. Ses ainés le laissèrent alors disposer d’une fortune non négligeable pendant les années qui suivirent afin de ne plus entendre parler de lui, considérant ses épousailles comme un acte de trahison à leur encontre. Mais en amoureux transi et envouté, Reginald ne se soucia pas de leur avis et entreprit de construire en Angleterre la demeure visant à accueillir sa descendance future. Elle devint par la suite l’habitat officiel de la famille, en accueillant l’ensemble de ses membres et se transmettant par la suite d’héritiers en héritiers. Devenant à son tour Comte à la mort de son père en Pologne, désireux de perpétuer son nom, il obtient quelques mois après son arrivée en Grande-Bretagne la reconnaissance de son titre et les égards qui lui sont acquis, en même temps que le fils qu’il avait désiré. Dans ses dernières années, bien qu’il apparaisse comme un vestige du passé, un vieillard abattu, une personne attentive pouvait sans difficulté discerner à travers sa silhouette dynamique et sérieuse l’adolescent fougueux aux longs cheveux noirs et au regard vert qu’il avait été. Il mourut une nuit d’été, fatigué de cette existence tumultueuse et hantée par le décès de sa femme et du premier de ses petit-fils. Culpabilisant de leur sort funeste, ces pensées le tourmentèrent jusqu’au jours de sa fin, lucide comme dans sa jeunesse.

    {Virginie Decquerose}
    Origine : française
    Au sein de la famille : Femme de Reginald, mère de Rozenn, grand-mère de Christian et Lucien
    Décédée à l’âge de 65 ans, il y a quatorze ans

    La femme du Lord étranger était une minuscule dame replète aux manière fluettes, gracieusement rondelette avec le temps et ses grossesses passées. De nature fragile et maladive, elle n’a réussi qu’à en mener une seule à terme, accumulant les fausses couches et créant ainsi ‘’ses petits angelots de douceur’’ pour qui elle a prié chaque en chrétienne invétérée qu’elle est. De sa jeunesse, elle a gardé tout au long de sa vie la blondeur caractéristique que ses descendants ont reçue, malgré les filaments gris qui naissaient au sein de ses mèches soleil, tel un relent de candeur sous son fichu vieillot, illustrant à la perfection la constante dissimulation dans laquelle elle vivait. Car si Virginie affichait une mine atrocement douce et compatissante, troublante d’amour et de tendresse, des gestes adorables et un sourire radieux quelles que soient les circonstances, elle restait un imposteur qui cachait au fond d’elle-même son tempérament hypocrite et autoritaire, et surtout son fanatisme religieux qui gouvernait sa façon d’être. Ne pensant qu’à elle et à son salut à travers la mort, n’hésitant pas à abattre les obstacles un à un, elle épousa Reginald dans le seul but de s’offrir une vie luxuriante et sécurisée. Calculatrice, manipulatrice, elle n’était cependant pas une personne sans cœur. Elle resta aux cotés de son mari en lui prodiguant le soin et l’attention qu’il réclamait, faisant preuve d’instinct maternel envers son fils et choyant ses petits-enfants. Malheureusement, cet attachement n’était rien comparé à ses convictions morales. Révulsée par l’homosexualité de Christian et sa relation avec Lawrence, elle fit jouer son réseau de relations pour se débarrasser de cette gangrène qui, d’après elle, ravageait l’honneur de son clan et les précipiteraient tous en enfer. Détruite par cette acte, devenue à moitié folle, elle trouva la mort au cours de la messe sur l’autel de l’église, hystérique et incontrôlable. Elle était un cœur de fer dans une peluche, une statue de marbre dans la chaleur, un morceau de glacé entouré de soie.

    {Rozenn Isaac Lewandowski}
    Au sein de la famille : Fils de Reginald et Virginie, mari de Maryweather, père de Christian et Lucien
    Décédé de maladie à 54 ans, il y a trois ans

    Il y aurait peu à dire sur cet homme tranquille et discret, sans réelle volonté ni libre-arbitre, qui passait la majorité de son temps à s’appuyer sur l’avis des autres pour faire ses choix. Héritant de la faible constitution de sa mère et de la taille considérable de son père, il avait des yeux jaunes, formant un curieux mélange avec sa chevelure d’un blond cendré. Timide et secret, il se révélait d’une gentillesse et d’une volonté de comprendre désarmante ainsi qu’un certain sens de l’observation et une propension à réconforter et consoler, écouter. Pourvu de la chaleur et du sourire le plus charmant de la maisonnée, il fut un père présent et aimant pour ses fils, un confident pour le plus âgé des deux. Écoutant avec sérieux et inquiétude ses tourments, il lui offrit son soutien et sa protection, lui promettant le silence sur l’amour qui le liait à Lawrence. Ouvert d’esprit, d’une douceur maladive, il essaya d’arranger les choses lors de la découverte publique de l’attachement immoral qui liait son fils et son ami d’enfance, mais, manquant cruellement de discernement et d’autorité, ne pu rien faire pour éviter la tragédie. Il tombera progressivement malade dans les années qui suivirent et s’éteignit huit ans plus tard, perdant la capacité à bouger de son lit ou de parler. Il alla rejoindre son père et sa mère dans le caveau familial.

    {Maryweather Juliana Alice Winchester}
    Origine: anglaise
    Au sein de la famille : Femme de Rozenn, mère de Christian et Lucien
    Age : 50 ans

    Adorée et gâtée par ses parents, c’est une fillette débordante d’assurance en rencontrant Rozenn, son futur époux à une réception à laquelle les deux clans participaient, l’année de ses six ans. Affriolante brunette aux reflets donnant l’illusion qu’elle possédait une chevelure bleue, au regard vivace dans ses prunelle d’un noir bleuté, elle est la fille cadette d’une riche famille de ducs anglais. Lui est le fils d’un comte polonais. Ils sont promis l’un à l’autre depuis la naissance de Maryweather. Adolescents, ils se marient. Elle a quinze ans, il en a dix-huit. Un an plus tard nait leur premier enfant, Christian Rozenn Cassian Lewandowski. Dix ans après nait le deuxième, Lucien Clarence Gabriel Lewandowski. Cela aurait pu être l’histoire banale d’un couple d’aristocrates. En vérité, en y regardant de près, n’importe qui avait remarqué que, contrairement aux autres époux de l’époque, c’était Mary qui contrôlait son mari et portait la culotte, non l’inverse. Avec elle, il n’était pas question d’égalité, et elle a continué à exercer son pouvoir jusqu’à la mort de Rozenn. Autoritaire, d’une perspicacité rare, elle découvrit avant les autres la relation de Christian et Lawrence, dénigrant alors son ainé pour ses tendances inappropriées. En conséquence, elle raffermit sa prise autour de son benjamin, Lucien, qu’elle plaça en support de ses espérances maternelles et surprotégea avec une ardeur proche de l’indécence. Elle le hissa sur un piédestal doré, bien que celui-ci lui préfère la présence de son frère et de son amant à la sienne, trop étouffante et inquiétante. Elle fut profondément choquée par les douloureux actes qui survinrent onze ans plus tard, et elle est depuis l’ombre d’elle-même. Ses cheveux blanchis stagnant entre ses omoplates, sales et emmêlés, elle se promène en chemise de nuit à toute heure du jour et de la nuit dans la maison, et ne parle qu’à de rares occasions. Nombreux sont les membres du personnel qui, l’apercevant au détour d’un couloir, l’ont prise pour un spectre. De plus, Maryweather, malgré son âge, a gardé un visage jeune et lisse, faisant courir la rumeur qu’elle serait un vampire et boirait le sang de ceux qui s’approchent trop près d’elle afin de garder l’apparence de ses vingt ans.

    {Christian Rozenn Cassian Lewandowski}
    Au sein de la famille : fils de Rozenn et Maryweather, frère de Lucien
    Assassiné à l’âge de 23 ans

    Garnement espiègle et dynamique, impulsif et casse-cou, il fut à l’origine de la plupart de la casse à l’intérieur de la maisonnée depuis sa construction. Reconnu pour son imagination débordante autant que pour ses fréquentes crises de colère, personne ne peut revendiquer l’avoir vu une seule seconde se décoller de son comparse, Lawrence, dans la journée. Physiquement, il prit massivement de la famille de son père, possédant ses pupilles dorées et la crinière blonde de Virginie. En revanche, il adopta la fine carrure de Maryweather et des mains du père de celle-ci. A l’adolescence, il s’assagit, bien qu’il garde une certaine dose de vivacité, délaissant ses activités bruyantes pour se consacrer à la lecture et s’enfermer dans sa chambre avec son ami d’enfance, n’autorisant à entrer dans son sanctuaire que le dernier-né du groupe, Lucien, qui titube tant bien que mal vers ceux qu’il considère comme ses deux grands frères. Développant une relation fraternelle privilégiée pendant près de treize ans, il invente pour lui des contes enchantés se déroulant dans un royaume imaginaire qu’il enrichit au fil de ses récits. En dehors de cet enfant, celui à qui il offre une place privilégiée est le petit voisin, du même âge que lui, qu’il connaît depuis son enfance et ne quitte pas d’une semelle, Lawrence Graham Skellington. Leur lien d’affection se renforçant au cours des années et de leurs jeux, ils passent d’une course innocente au baiser découverte ‘’pour essayer’’ et finissent par s’avouer leurs sentiments une matinée d’octobre, jour des quinze ans de Lawrence, bien qu’ils aient expérimenté les plaisirs physiques à de maintes reprises auparavant, dans un mélange de désir et de honte. Découverts officiellement par leur entourage quand ils atteignent les 23 ans, la plupart nourrissant des soupçons depuis plusieurs mois, ils meurent ensemble une poignée de jours après, ‘’dans des circonstances inexpliquées’’.

    {Lawrence Graham Skellington}
    Au sein de la famille : amant et ami de Christian
    Décédé à 23 ans

    Ce garçon à la tignasse rougeoyante et aux yeux verts est le cadet d’une famille de marquis aisés contenant cinq enfants, dont deux filles et des jumeaux de sexe masculin. Élevé avec rigueur et sévérité, il préfère de loin s’échapper avec le voisin de gauche qui devient très vite son meilleur ami et qu’il surnomme affectueusement Chris. Ignoré par des parents qui n’aspirent qu’à un rang plus élevé encore et cherchent à marier leurs enfants à la fine fleur de la société, il trouve refuge auprès de Christian et de son petit frère dont il s’occupe et qu’il embête comme s’il était le sien. Cynique et moqueur, un rien dépressif, il tombe assez vite amoureux de ce compagnon tantôt agressif, tantôt rêveur, indépendant et sur de lui. C’est lui qui l’entraine dans sa voie après de nombreuses nuits passées à culpabiliser, se traiter de désaxé et se prendre la tête. Doué pour le dessin, il effectue des croquis de la totalité de ce qui lui tombe sous la main, son père lui fournissant son matériel afin qu’il ait quelque chose pour s’occuper et ne vienne pas l’importuner, préférant préparer ses jumeaux à reprendre son commerce d’étoffes et chercher des époux et épouses valables pour ses autres enfants, qu’il considère telle de la marchandise. Soucieux de son apparence, on le trouve en permanence tiré à quatre épingles, se vêtant de vêtements sobres et élégants, et il s’occupe souvent de préparer les habits de Christian, incapable de porter des frusques assorties si on ne les lui prépare pas. Quand au bandeau que le jeune homme porte sur l’orbite droite, il sert à cacher sa cicatrice fermant l’œil qu’il s’est crevé lors d’une mauvaise chute en jouant avec son compagnon. Alors âgé de sept ans, sa pupille entre en collision avec une pierre pointue et, bien qu’il ait répété que ce n’était pas sa faute, son ami s’en est toujours voulu de l’avoir entrainé dans son sillage. A 23 ans, après mure réflexions, ils décident de s’enfuir loin de cette ville qui les a découverts et où ils n’ont pas le pouvoir de s’imposer. Malheureusement, ils sont tués ce jour-là, alors qu’ils dormaient ensemble.


Histoire:

    L’obscurité englobe la vieille demeure dans une bulle étouffante remplie d’un liquide sombre et poisseux, éclairée parcimonieusement par quelques pointes de lumière. Étoiles. Et plus près, sur la terrasse, l’allumage des pièces du rez-de-chaussée découpe d’épaisses formes veloutées sur la pierre fanée, sèchement cassée par endroits, parfois élimée à la surface. Les trois marches qui mènent au perron sont délicatement ébréchées, comme le rebord d’une tasse trop souvent utilisée. L’ensemble, à la fois passé et présent, évoque l’aspect aérien et brumeux de certaines soirées d’été, celles où le mystique se mêle à la réalité dans l’ombre des chênes saupoudrés de poussière. Un jeune homme, de taille moyenne, se tient assis sur la première marche, les coudes posés sur ses genoux en une attitude d’attente. Soudain, les claquements de sabots qu’il escomptait se manifestent, le faisant relever la tête et découvrant de grands yeux verts qui mangent son visage pâle sous des cheveux en bataille d’un noir de jais. Lentement, il se met debout, une grimace d’agacement venant déformer sa bouche. Un peu voyou, un peu espiègle, un peu provocant. Puis, tirant sur les gants de chevreau qui recouvrent ses mains, il s’avance vers le cheval qui vient de s’arrêter devant lui, attrapant un rêne pour caresser sa robe alezane tandis qu’à sa gauche, une silhouette coiffée d’un haut chapeau se courbe en deux en descendant le marchepied qui vient de se déplier.
    « Lelio arrive, M’sieur Lucien, il règle un problème avec la femme de chambre. »
    Tourné vers son maitre, mince et blond, qui enlève son haut-de-forme en passant une main dans ses cheveux décolorés, le brun parait encore plus jeune qu’il ne l’es. Il pourrait avoir douze ans. Il en a en fait quatorze.
    « Aucun importance, Samuel, je suis capable de trouver seul le chemin jusqu’à l’entrée. »
    L’aristocrate, souriant, délaisse son domestique et pénètre d’un pas rapide dans sa maison et s’arrête dans le hall, posant son regard froid sur l’employé qui descend pour le débarrasser de son manteau. Lucien Clarence Gabriel Lewandowski, distingué et suffisant dans son manteau noir.

    La lumière baignait d’un halo opalin le couloir aux murs blancs recouverts de motifs rouges et dorés, donnant l’impression d’une aube en horizontal, un emprisonnement dans un rêve en couleurs, éclairant également l’escalier de marbre. Hissé sur la pointe des pieds, un enfant de quatre ans sautillait, plaqué contre la porte, cherchant en vain à atteindre la poignée qui commandait l’ouverture de la troisième pièce à gauche de la rampe d’ébène qui bordait les marches. Frustré, au bord des larmes, le petit blondinet, en désespoir de cause, finit par abandonner et commença à appeler son frère en hurlant son prénom à travers le panneau de bois. Détaché de lui, il donnait toute la force de ses poumons dans ses appels. Enfin, la porte pivota pour laisser place à un garçon de quatorze ans, le visage avenant et le sourire goguenard. Ses longs cheveux blonds noués sur sa nuque, les yeux dorés, son frère Christian, que Lucien demandait à corps et à cris, se baissa pour saisir son cadet sous les aisselles et le hisser contre lui, le portant à hauteur de son visage. Le gosse avait cessé de pleurer, ravalant ses larmes éphémères pour passer ses doigts de bébé sur l’épaule de Christian. Lequel, simplement vêtu d’une robe de chambre bleu roi, pieds nus sur le parquet verni, prenait un air faussement réprobateur en approchant sa tête de celle de Lucien de sorte à ce que leurs fronts se touchent pendant une seconde.
    « Dis-moi, jeune homme, sais-tu quelle heure il est ? »
    Silencieux, le gamin se contenta de secouer la tête, attendant la réponse avec sérieux et attention.
    « Il est trois heures du matin. Et comme tu le sais aussi bien que moi, j’en suis persuadé, ce n’est pas une heure pour venir crier devant ma chambre. Alors je te pose la question, qu’est-ce que tu viens faire ici à une heure si matinale ? »
    Lucien, clignant fugitivement des paupières, plaça sa bouche contre l’oreille de son ainé avec des airs de conspirateur.
    « Une fée est venue voltiger près de mon lit. »
    Il reprit sa position initiale afin d’être sur que Christian avait bien saisi l’ampleur de sa révélation, puis baissa légèrement la tête, le fixant par en-dessous.
    « Elle avait l’air triste. Elle saignait des yeux du sang blanc.
    -Elle pleurait ?
    -Non, je ne crois pas. » Murmura-t-il, indécis.
    L’adolescent ne répondit rien pendant un temps, puis amorça un mouvement pour rentrer à l’intérieur de la pièce, remit une mèche derrière l’oreille de son frère et referma la porte derrière lui. Il se dirigea vers le lit situé au centre de la pièce. Orné de gigantesques rideaux rouges et d’un couvre-lit pourpre et doré, la parure était dans un désordre monstre et on apercevait le drap de lin qui dépassait des couches supérieures de couvertures. Les murs aux couleurs d’un bleu passé étaient troués par une unique fenêtre en face du lit, fermée par d’épais volets de bois et cachée par un rideau brun. Sur la table de chevet, une lampe à huile aux motifs baroques éclairait un bureau de chêne, une descente de lit duveteuse, une étagère remplie de livres, et projetait l’ombre d’une armoire recouvrant tout un mur sur le sol. Sans un regard pour ces meubles qu’il connaissait par cœur, il déposa Lucien sur le matelas, enleva sa robe de chambre, se glissa à coté de lui et le recouvrit d’un pan de couverture. La tête posée cote-à-cote sur le même oreiller, il passa un bras autour de cet être minuscule qui le dévisageait de ses pupilles vairons.
    « En fait, la fée que tu as vue a une histoire. Son nom est Joséphine.
    -Ce n’est pas un nom de fée. » objecta l’enfant, impassible et désapprobateur.
    Christian esquissa un sourire amusé. Du haut de ses quatre ans, Lucien avait déjà le regard glacial et logique des membres de la famille. C’en était comique autant qu’inquiétant.
    « Pourquoi ?
    -La femme qui fait le ménage dans le bureau de Père s’appelle comme cela. Et elle n’a plus de dents. »
    Le plus âgé des garçons étouffa un rire dans sa paume devant l’expression posée et convaincue du plus jeune. Cela le sidérait que Lucien puisse faire preuve d’autant d’assurance et de condescendance alors qu’il n’avait pas atteint l’âge de raison. Reprenant le contrôle de lui-même, le récit qu’il s’apprêtait à livrer se mettait naturellement en place dans son esprit tandis qu’il observait la respiration soulever la poitrine de son compagnon à intervalles réguliers.
    « Pourtant, c’est son prénom. Celui que sa mère lui a donné. C’est peut-être une fée, peut-être une banshee, personne ne l’a jamais vraiment su, car elle possède les ailes translucides et la taille d’une espèce, les teintes vertes de la peau et la chevelure d’algues de l’autre. Elle était célèbre pour ses longs doigts fins, les plus beaux du royaume entier. Les Deux Reines étaient jalouses de ses mains graciles.
    Il marqua une pause.
    « Alors, lorsque Joséphine eut seize ans, elles la convoquèrent au palais. Je t’ai déjà parlé de la demeure de Dahlia et Camélia, tu t’en souviens ? Une partie est emprisonnée dans les glaces, lui conférant cet aspect immaculé aux dessins de givre argenté, et pourtant, le parc, et l’ensemble des alentours n’est qu’un printemps perpétuel où les fleurs ne se fanent jamais et où les insectes ressuscitent à chacune de leur mort. »
    Lucien acquiesça. Il connaissait par cœur tout ce que Christian lui racontait.
    « Je disais, elles la convoquèrent au palais. Dans la salle de réception aux draperies violettes et parme. Elles se tenaient sur l’estrade, grandiloquentes, assises dans leurs trônes qu'elles affichaient en permanence, sures de leur suprématie. Elles semblaient rayonner de malveillance en se levant, entourées comme elles l'étaient d'un halo scintillant provoqué provoqués, en fait, par les rayons du soleil se réverbérant sur la glace, tel un jeu de miroirs complexe et fabuleux. On dit que c'est un esprit enfermé dans le château qui provoque cet effet en passant à toute vitesse devant ses occupants. Mais c'est une autre histoire, qui n'a pas grand chose à voir avec celle qui nous occupe. Elles se levèrent, donc, reflets identiques d'un miroir, d'un rideau tendu entre leurs deux corps parfaits, se tenant la main avec impudeur et majesté. Elles avancèrent d'un pas, leur longue chevelure noire ondulant contre leur taille, dominant l'assistance attentive et craintive. Ouvrant à la même seconde leur bouche aussi rouge que devait l'être la pomme du serpent dans le jardin d'éden, leurs voix résonnèrent en une seule sous la voute gelée, formant une lente litanie à plusieurs chœurs. Elles lui dirent: « Toi, Joséphine, fille mêlée du sang des races, tes mains font l'admiration de tous les regards qui se posent sur elles. En vertu des pouvoirs qui nous appartiennent et de notre légitimité à l'appliquer, nous te demandons tes doigts fins et tes paumes soyeuses dans le but de payer ton tribut envers nous, qui protégeons ton être et ta maison, ta famille et ton village. »

    Un rayon de soleil venait heurter un fragment de fils dorés dépassant de la couette, le corps de la personne dont ils étaient la propriété restant invisible, enfoui sous les draps. La forme grommela lorsque des coups bruyants furent frappés à la porte, puis le visage de Christian se tourna vers l'entrée, entrouvrant péniblement les paupières tandis qu'un roux dégingandé ouvrait les rideaux. Grimaçant, le jeune homme ramena son cadet vers lui, enfouissant son menton dans sa tignasse, songeant vaguement que ce simple mouvement était peut-être susceptible de le ramener à la quiétude de sa nuit. Malheureusement, Lawrence, indifférent à ses espoirs, s'assit lourdement sur le lit, exprès pour qu'il sente sa présence et celle, inéluctable, du réveil difficile qui allait suivre. Et en effet, le souffle de son ami vint chuchoter au-dessus de son oreille, chatouilleuse. Mielleuse. Et amusée. (dans l'esprit de Christian, ''sadique'' était l'adjectif qui lui semblait tout indiqué.)Dans un geste de fuite infantile, il raffermit sa prise sur son frère.
    « Christian.
    - Nan.
    - Lève-toi.
    - J'ai pas envie.
    - Ta grand-mère m'a envoyé vous sonner les cloches. Elle veut que vous alliez à la messe.
    - Huuuum...
    - Debout.
    A son grand désespoir, l'autre adolescent choisit d'appuyer sa déclaration en tirant les couvertures vers lui, découvrant les deux comparses à l'air libre, ceux-ci se recroquevillant sur eux-mêmes à la recherche de chaleur, Lucien plaqué contre la poitrine de Christian.
    « Maintenant, levez-vous. Je n'ai pas que ça à faire. »
    Péniblement, Christian se détacha du bambin qui, lui, ne parvenait pas à sortir de sa léthargie, et se mit debout, titubant et se frottant les yeux. A quelques mètres de lui, Lawrence ouvrait armoire et commode à la recherche de vêtements capables de lui constituer une tenue correcte. Satisfait, il disposa l'assortiment à plat sur une chaise, lançant un regard sévère à son compagnon qui se contentait de le regarder faire. A cet instant, la mère des garçons entra dans la pièce, échevelée, les réprimandant de ne pas s'être occupé du petit, attrapa celui-ci et repartit aussi sec, câlinant son fils. Après cette entrée remarquée, Christian entre prit de s'habiller. Lawrence s'installa sur le matelas, en face de lui, et le regarda faire, visiblement intéressé par le corps du blond, mais tentant de le cacher. Quand il enleva sa tenue de nuit pour passer sa chemise, il eut cependant un léger geste de recul, et rougit jusqu'à la racine des cheveux. A treize ans, et sans aucune expérience des femmes, il n'avait pas d'idée précise sur la sexualité, et le fait d'être accepté par Christian, de l'effleurer et de parler avec lui suffisait à la combler. Malheureusement, ces plaisirs éphémères commençaient à ne plus lui suffire, et il avait envie d'autre chose, sans savoir exactement quoi. Il était trop jeune pour s'imaginer coucher avec un homme, mais assez pour savoir qu'une femme ne le contenterait pas. Il était entre deux eaux, et s'attendait à basculer de l'autre coté, les prémices de la définition de sa sexualité se précisant chaque jour un peu plus. Et ce fut non sans un certain contentement qu'il aperçut la bouille gênée qu'arborait Christian par-dessus la chemise qu'il était en train d'enfiler. Secouant la tête d'un air sarcastique, il défroissa la veste de son ami, lui accrocha ses boutons, noua correctement l'écharpe blanche autour de son cou, dont le contact le fit frissonner. Il arrangea son manteau, coiffa sa chevelure et l'attacha sur sa nuque avec un ruban noir. Refoulant le désir inconnu qui montait en lui, l'apostrophant pour qu'il caresse encore un moment ce cou si blanc et doux sous sa peau, il donna une tape dans la queue de cheval et tendit la main à son acolyte, qui la prit, retrouvant son dynamisme habituel. Sur le chemin,ils marchèrent d'un pas vif dans la fraicheur de l'automne, se chamaillant et se bousculant, trébuchant sur les pavés inégaux qui parsemaient la route. Le reste de la famille, c'est à dire le grand-père Reginald, la grand-mère Virginie, Rozenn, Maryweather, et Lucien prendraient la voiture. Et tous les deux, ils pensèrent avec bonheur à la distance qui leur restait à parcourir avant d'arriver à l'église. Un bonheur teinté de peur de chaque coté face à des sentiments qui évoluaient et menaçaient de les submerger, causant leur perte. Peur de ne pas être ''normal'' également, peur de perdre le chaleureux environnement qui était le leur si l'on trouvait un coin gâté dans leur personnalité. Peur d'être condamnés par ce Dieu dont Virginie leur rabattait les oreilles à longueur de journée. Peur d'être seul, sans repères. Puis leurs regards se croisèrent, et ce simple élément les rassura. Ça irait. A leur âge, ils avaient toute leur vie devant eux. Râlant aux piques malicieuses de Lawrence, ils ne se turent qu'une fois entrés dans la maison de Dieu, leur court trajet plus ou moins entrecoupé de frôlements plus ou moins voulus. Repérant les autres, alignés sur un banc au milieu de la crypte, ils s'assirent à leurs cotés, Lucien, le bébé de la famille, se déplaçant de sorte à se placer entre les nouveaux arrivants. En dépit des protestations plaintives de sa mère et de la désapprobation de son grand-père droit comme un piquet, il laissa sa tête reposer sur le bras de Lawrence, s'endormant immédiatement au milieu des chants en latin et des notes de l'orgue qui se répercutaient en échos épais entre les murs. Debout près de l'autel, une femme svelte à l'épiderme couleur d'herbe et à la paire d'ailes scintillantes tendait ses bras vers lui comme si elle avait voulu lui passer un pouce sur les joues, rassurante. Calque riverain sur fond de brume.

    La pluie martelait le carreau derrière lequel un garçon d'une dizaine d'années tapotait le rebord de la fenêtre de ses ongles manucurés, un poignet soutenant sa caboche.
    Il remettait de temps à autre sa frange en place en soufflant dessus d'un air agacé, car elle gênait sa vue. Trop longue. Vêtu d'une culotte de velours noir et d'une chemise blanche passée par-dessus, tel un vagabond, on remarquait néanmoins son rang grâce à l'épais anneau en argent qui ornait son annulaire, à la riche composition de ses vêtements et à l'expression ennuyée qu'il affichait en comptant les gouttes qui glissaient sur la vitre, se perdant les unes et les autres dans une cacophonie aphone et magistrale. Le loquet de la porte tourna derrière lui. Il se tourna tranquillement vers l'arrivant, ses pupilles inhabituelles, placides, sondant le garçon qui avançait péniblement sous le poids d'un plateau plein à craquer de biscuits disposés en cercle et en éventail dans des assiettes de porcelaine, ainsi qu'un service en argent comprenant une théière fumante, un sucrier, une tasse avec sa coupelle et des cuillères. D'un geste ample, Lucien ordonna à l'autre de poser son chargement sur une table ornée d'une nappe dentelée au centre de la pièce. Il s'exécuta, peinant à le soulever de ses bras minces. A vue de nez, il était surement plus âgé que le blondinet de trois ou quatre ans, le dépassant d'une bonne vingtaine de centimètres. Poli, attentif aux besoins de son maitre, il fit deux pas en arrière, attendant ses directives. D'aspect discret, ses mèches brunes lui tombant dans le cou, sa peau de lait se fondant dans le paysage de ce pays froid la plupart de l'année, seuls ses yeux lui conféraient un coté particulier, inquiétant. Vampiresque. Bordeaux, presque grenat, ses iris ondulaient sous la lumière artificielle, provoquée à l'aide des innombrables chandeliers qui ornaient la pièce. Lucien se rapprocha, silencieux, saisit un biscuit dans lequel il croqua sans quitter du regard un point invisible de l'autre coté de la chambre, à proximité du mur droit. Meublée avec un goût du luxe prononcé, un auvent recouvert de peintures orientales en bois de rose squattait un coin, une armoire, une commode, un secrétaire, une table de chevet baroques et marquées de sculptures lourdes compliquées en occupaient le reste. Lucien enfonçait son pied dans un tapis persan aux teintes éclatantes, une expression absente peinte sur son visage. Ressentant une pointe d'ennui se profiler à l'horizon, le serviteur fit dument craquer la lame de parquet foncé dans le but de rappeler sa présence si vite oubliée en ce lieu. Perspicace, et connaissant un tant soit peu le caractère de son valet, le jeune Lord pivota vers lui.
    « Tu restes ici, Lelio.
    - Bien, Monsieur. » répondit le dénommé Lelio en inclinant la tête en une esquisse de salut.
    Lucien retourna à son occupation précédente, tâtonnant pour porter un deuxième gâteau à sa bouche. Lelio, qui entrait à présent dans sa quatorzième année, était affecté à son service depuis maintenant trois ans, en réponse à la demande expresse (à ses caprices, disaient les uns) faite à ses parents. En atteignant ses six ans, il avait ressenti avec force l'éloignement progressif de Christian et Lawrence, la barrière qui se dressait entre eux et lui. Il le comprenait quand ils restaient des journées entières enfermés ensemble dans la chambre de l'un ou l'autre des garçons, lorsqu'ils partaient en ville sans l'emmener, ni lui dire où ils se rendaient, lorsqu'ils riaient tous les deux pour une raison qui lui échappait, et sans qu'ils veuillent lui expliquer pourquoi ils s'esclaffaient ainsi. Évidemment, il y avait toujours de ces bons moments qui lui rappelaient son enfance, où Christian se glissait à coté de lui, une lueur inquisitrice au fond de ses prunelles de chat, pour lui demander d'un ton mystérieux s'il connaissait la véritable histoire de Barkaba, la reine des Korrigans, qui plantait la bouche de ses ennemis sur des piques pour les faire ensuite rôtir à la broche et les manger, ou s'il savait que les pierres avaient un cœur et pleuraient sur ce qui se passait autour d'elles avec autant, sinon plus, de sensibilité que les humains . Il y avait eu la joie de découvrir, lors de sept ans, le livre écrit et illustré qu'ils lui avaient dédié, et dont il détenait l'exclusivité. Seulement, il voyait depuis cinq ans se développer entre eux quelque chose neuf. Quelque chose dont il était exclu. Il était devenu jaloux d'eux deux et de leur relation. La solitude l'avait étreint pour la première fois de sa petite vie privilégiée et bien rangée, et il avait demandé à son père de lui trouver un serviteur juvénile qui lui serait réservé et qu'il serait libre de diriger selon son bon vouloir, et uniquement le sien. Rozenn avait alors ramené Lelio Westwood. Il était l'un de ces fils de bourgeois dont la fabrique a fait faillite du jour au lendemain et qui cherchent à conserver leur mode de vie trépidant. Ruinés, ils vendaient leurs enfants en échange d'une poignée de pièces, permettant au reste de la famille de se nourrir un certain temps et à l'enfant d'espérer un avenir prospère. S'il était à la hauteur de sa tache. Lelio l'avait été et, trois ans après, il était toujours là. Il n'avait jamais revu ses parents, qui était partie de la ville en quête d'un meilleur quotidien un mois plus tard. On lui avait aménagé une mansarde dans l'aile des domestiques, où il dormait régulièrement, excepté les soirs où le capricieux gamin refusait de rester seul et exigeait qu'il dorme dans sa chambre. En clair, l'enfant était devenu le larbin personnel de Lucien, qu'il ne pouvait s'empêcher de trouver atrocement fatiguant, imbu de lui-même et totalement excentrique. De son coté, son maitre ne considérait pas Lelio comme une personne à part entière, bien qu'il aimât son intégrité, et voyait plutôt en lui un support destiné à combler ses attentes.
    Lucien envoya valser des miettes de biscuit collées à ses lèvres et essuya ses mains dans une serviette posée à l'extrémité du plateau. En face de lui, une humanoïde à la peau bouteille incrustée de pierres précieuses, émeraudes et rubis, de liserais foncés et de dessins sombres gravés dans sa chair, était assise en tailleur sur une coiffeuse en acajou, entièrement nue, pleurant et gémissant sur des moignons sanglants sertis d'argent. Fronçant les sourcils, il fit signe à Lelio de s'approcher et lui saisit le bras, l'obligeant à se serrer contre lui, son front atteignant l'épaule de son congénère. Ce dernier grimaça en sentant ses ongles appuyer sur ses manches et s'enfoncer dans sa peau. Sans quitter le meuble des yeux, il le força à fixer la coiffeuse d'une secousse sur son avant-bras.
    « Est-ce que tu vois quelque chose, là? »
    Il regarda son employeur sans comprendre.
    « Voir quoi? »
    L'aristocrate soupira et lui rendit son bras meurtri, humidifiant ses lèvres d'un coup de langue. Il s'en était douté. Personne ne voyait ce que lui, voyait, personne ne discernait l'autre Monde à travers le voile qui le séparait de celui-là, personne ne se faisait envahir par lui comme lui était envahi. Lelio ne voyait pas Joséphine, assise là, sanglotant sur ses mains volées, sur son amour détruit. Il serra les dents et battit rapidement des paupières plusieurs fois d'affilée. Soudain, il avait envie de pleurer. Respirant profondément, il se redirigea vers la fenêtres et se laissa glisser contre le mur, ses cheveux ondulant au-dessus de son crâne avant de retomber, inertes, encadrant son visage soigné.
    « Rien. Tu ne dois rien voir, car il n'y a rien du tout. »
    Le menton levé, la gorge nouée, il observa la flemme d'une bougie danser sur la table jusqu'à ce qu'il ait mal aux yeux. Alors seulement, il parut reprendre pied dans la réalité.
    « Lelio.
    - Oui?
    - Viens et assied-toi. »
    L'adolescent aux iris vermillon marqua une brève hésitation, indécis, puis obéit. Il traversa la distance qui le séparait du noble, qui désigna le parquet à coté de lui d'une mimique détachée.
    « Assied-toi, j'ai dit. Ici. »
    Il s'exécuta, intrigué et mal à l'aise devant cet enfant qui n'avait pas dix ans et affichait le calme et l'autorité d'un adulte. Il fut tiré de ses réflexions par la prise de parole de Lucien.
    « Tu ne peux pas connaître cette histoire, mais il y avait autrefois un créature qui s'appelait Joséphine, et qui possédait les plus belles mains qu'il eut été donné de voir dans le royaume... »
    Pendant qu'il parlait, au fur et à mesure que se déroulait l'histoire qu'il racontait à un Lelio surpris, il entendait la voix lointaine de Christian se superposer à la sienne. Sa voix telle qu'il l'avait entendue cette nuit-là, il y avait des années, en lui contant ce récit.
    La demi-heure où il rapporta la légende inventée par son frère à Lelio fut la seule vraie marque de confiance qu'il lui dédia en dix-huit ans.

    « Afin de payer ton tribut envers nous, et nous prouver ta loyauté envers notre couronne. Hébétée, Joséphine vit un bourreau habillé de doré, un minuscule glaive pendant à sa ceinture, sa tignasse blonde et bouclée tombant sur sa nuque en mèches homogènes, ses yeux noirs brillant étrangement dans la lumière des glaces. Le couteau qu'il tenait, pointu et effilé, lui parut si éloigné de la hache effrayante et lugubre, au sang séché incrusté sur le tranchant et le manche, qu'elle faillit rire. Rire de l'absurdité de cet adolescent qui se tenait en retrait de ses maitresses, du décalage entre la veille, quand elle se contentait de s'affairer autour de son fiancé, et ces Reines de carnaval qui se faisaient passer pour généreuses, piétinant le libre-arbitre de leurs sujets. Et elle eut envie de pleurer. De pleurer sur le futur qui lui enlèverait sa capacité à se débrouiller seule, sur ces nobles enturbannés et pitoyables qui n'accordaient à la scène qu'une importance moindre, pressés de rentrer dans leurs nids douillets, et sur la férocité de ces deux femmes, ces deux monstres, qui agitaient leur chevelure aile de corbeau. Et d'un coup, le beau jeune homme au couteau fut à coté d'elle. Plus surprise qu'effrayée, elle eut un mouvement de recul quand il lui saisit l'avant-bras et découpait ses membres à hauteur des poignets, la lame qu'elle avait trouvé négligeable (O grand Dieu, comment avait-elle pu penser cela?) s'enfonçant dans ses tendons, ses muscles, avec une facilité identique que s'il s'était s'agit de beurre. Les mains tombèrent sur le carrelage l'une après l'autre avec un bruit mat, répandant sur le sol une flaque d'hémoglobine qui s'étendit à leurs pieds en mouillant les chausses du tortionnaire et le bas de sa jupe. Joséphine souriait. Elle souriait en regardant les reines sur leur estrade, elle souriait devant le page qui détourna les yeux, elles souriait en plongeant ses lèvres dans ses moignons déchiquetés. Et elle se mit à rire, à rire, à rire sans s'arrêter, son hilarité se répercutant dans la nef, dans la salle de réception, dans la coupole. Et elle rit, sa grande bouche ensanglantée, sa tête rejetée en arrière, sa gorge offerte au ciel. Et elle rit, et elle rit, et elle rit. »

    Lucien gravit les marches de l'escalier, les sourcils froncés. Il était préoccupé. Ces derniers temps, cela n'allait pas ici. Personne ne se regardait, chaque adulte détournant le regard chaque fois qu'il croisait celui d'un autre. Le personnel murmurait plus que d'habitude à l'abri des cuisines. Virginie serrait les lèvres sur sa tasse de thé quand elle buvait, ses gestes se faisant secs, et elle ne lâchait plus son chapelet, dont elle égrenait les perles sans s'arrêter, murmurant en permanence. Il avait demandé à son père, sous forme de questions détournées, ce qui se passait de spécial. Il n'avait pas obtenu de réponse, mais la façon dont Rozenn l'avait renvoyé dans sa chambre après qu'il eut fini de lui parler signifiait clairement qu'il savait ce que lui, apparemment jugé trop jeune pour être mis dans la confidence de quoi que ce soit, ne savait pas. Ses treize ans ne lui assuraient pas la crédibilité qu'il aurait voulu, d'autant que sa mère le couvait avec une insistance redoublée depuis plusieurs semaines. Devant lui, portant une pile de draps propres, une femme de chambre se hâtait vers les appartements de Christian, remontant sa jupe sur ses genoux pour ne pas trébucher. Arrivant sur le palier, il la vit ouvrir la porte et entrer, avant de bifurquer vers la droite, cherchant à rejoindre ses quartiers. Un cri strident le cloua sur place. Il aurait continué sans s'en préoccuper, persuadé que la femme avait vu un rat, une araignée ou autre, mais l'horreur, la répulsion contenus dans ce hurlement, l'interpella et lui fit faire demi-tour, pendant que l'employée, affolée, s'accrochait à ses épaules, bafouillant tellement qu'il ne comprenait pas un mot de ce qu'elle lui disait. Agacé, il la repoussa, tremblante, et l'observa vaguement se trainer dans le hall en appelant ses supérieurs, les membres du personnel avec qui elle entretenait des rapports amicaux, d'une voix plaintive et effrayée. S'arrêtant à coté de la porte entrebâillée, il marqua une pause, ses phalanges crispées sur la poignée. Il ne voulait pas savoir ce qu'il y avait derrière ce panneau, ce qui dégageait cette forte odeur de brulé métallique. Il n'avait aucune envie de savoir ce qui avait fait hurler cette servante. Il ne se mettrait pas à hurler comme elle, il refusait, cependant... S'il faisait demi-tour, tout se remettrait-il en place? Il secoua la tête. Quel idiot, cette imbécile avait du se faire peur avec une ombre derrière le volet ou un courant d'air qui lui serait passé entre les jambes. Il n'y avait aucune raison que cela soit autre chose. Aucune. Il n'avait qu'à retourner en bas, et il s'apercevrait que la matinée ne serait que le début d'une journée normale. Une autre domestique rentrerait dans cette chambre et, au lieu d'en sortir terrifiée, elle y changerait les draps du lit à baldaquin avec le professionnalisme qui seyait aux membres de cette maison, puis passerait à une autre couche. Il n'avait qu'à repartir. Toutefois, avant que son esprit n'ait terminé ses déductions terre-à-terre, il s'avança, apercevant les tignasses rousse et blonde de Lawrence et Christian, leurs corps entremêlés, couvertures et oreillers jetés pèle-mène en travers du matelas. Lucien s'apprêta à battre en retraite, soulagé et intrigué. C'était cela qu'ils cachaient? Aussi bizarre que cela lui paraissait, il trouvait cette évolution presque logique. Oui, il n'était pas adulte, mais il n'était pas idiot non plus. Mal à l'aise, il accéléra le pas, gêné.
    Ploc.
    Doucement, une larme de sang glissa de la couverture sur le plancher. Non. Pas du sang, probablement du sirop.
    Ploc. Ploc. Ploc.
    Il se rapprocha, surplombant les corps étendus.
    Ploc. Ploc. Ploc. Ploc. Ploc. Ploc. Ploc.
    Il voulut crier, mais sa voix ne consentit à fabriquer qu'un gargouillis qui se bloqua au fond de sa gorge. Les paumes moites, les battements de son cœur s'accélérèrent en se calquant sur le débit de liquide qui se répandait par terre, une douleur lancinante lui vrillant les tempes. Lentement, il toucha la plaie, sa peau se couvrant de rouge. Poisseux. Glissant. Sale. Il se rua vers la sortie. Trébucha, se releva aussitôt. A ce moment-là, Reginald passa en trombe sur sa droite, entra, et ordonna au majordome de la maison de renvoyer les domestiques dans leur chambre et de couper ce passage pour aujourd'hui. Le blondinet se redressa et sourit à son grand-père, amer et lucide. Il voyait la suite comme s'il y était. On transporterait le cadavre de Lawrence dans une chambre inoccupée. On arrangerait les corps, on ferait venir le prêtre qui déblatérerait son couplet hypocrite, puis les funérailles seraient célébrées, comédie montée sur pied à laquelle les nobles voisins assisteraient, acteurs dramatiques sur fond de pleurs tragiques. Et faux. La domestique et le majordome seraient ''licenciés'' et l'on n'entendrait plus parler d'eux. Et en guise de cerise sur le gâteau, la famille se garderait bien d'évoquer l'incident, de sorte que l'on oublierait vite le trou sanglant dans la tempe de Christian, ses cheveux englués dans le liquide écarlate, en parti séché, qui recouvrait son front, formant une croute répugnante. Appuyé contre le torse de son compagnon. On oublierait les paupières ouvertes et les iris vitreux de Lawrence, le rond au centre exact de son crâne, l'hémoglobine invisible au sein de ses mèches rougeoyantes. L'air étonné de son visage, surpris en pleine action, probablement en voulant se redresser, éveillé par un bruit suspect. Il partit d'un ricanement hystérique. On allait faire semblant d'oublier. Parce que tout serait employé pour qu'il en soit ainsi.

    Les vitraux projetaient leurs lumières multicolores sur la pierre grise du vaste bâtiment ancien. L'église, où Lucien avait l'habitude de se rendre le dimanche, ne lui avait jamais paru aussi peu accueillante. Aussi froide. La cérémonie, les visages autour de lui, les paroles du prêtre étaient empruntées. Insensibles. Au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. In nomine Patris, et Filii, et Spiritus Sancti. N'importe quel péquin avec un minimum de jugeote aurait compris qu'ils étaient amants, alors pourquoi parler de leur salut? Quelle ironie, il s'agissait juste de ne pas perdre la face. Dieu n'avait apparemment aucune pitié pour ceux qui bafouaient les règles qu'il avait établi, fut-ce par innocence et tendresse. Amen. Il n'y aurait pas d'enquête. On avait fait disparaître des bijoux pour faire croire à un meurtre crapuleux. Et malheur à celui qui oserait demander pourquoi seulement eux, et pas les femmes Lewandowski, qui possédaient autrement plus de chaines, de bagues et de bracelets. Fin de l'histoire. Une histoire bourrée de failles. Il plissa le nez, le mépris se reflétant d'autant mieux sur son visage. On n'avait rien entendu, parce que l'assassin avait utilisé une antique arme. Une arbalète à jalet, que l'on avait modifié afin qu'elle puisse lancer des carreaux à la place des petites billes de fer, qui, elles, ne pouvaient guère tuer plus que des animaux de taille réduite. On avait ensuite monté un mobile de toutes pièces au meurtrier. Il se sentait vide. Et il n'avait aucune envie de relever la tête, ce qui l'obligerait à fixer les macchabées immobiles dans leurs cercueils de bois. Il préférait regarder les pieds de Lelio, à sa droite, fin et droit dans les vêtements de deuil que Lucien avait choisi à son intention, et l'avait obligé à porter, de même qu'il l'avait obligé à l'accompagner à l'enterrement. Il avait insisté auprès de son père pour que son serviteur lui tienne compagnie sur les bancs de l'église réservés aux Lewandowski, ce qui avait déclenché la surprise de Rozenn et celle, non moins gigantesque, de Lelio. Il lui avait finalement cédé, et son valet n'avait pas le choix. Ce qui n'empêchait pas les tantes, oncles, cousins présents pour la cérémonie de lui lancer des œillades peu amènes, désapprouvant la présence d'un intrus sur leur territoire. Ces ondes courroucées étaient sa seule source de réconfort. Outre cette réjouissance minime, il avait l'impression qu'on le maintenait sous l'eau, ne le laissant respirer que par à-coups quand par chance, il arrivait à échapper à la malveillance du malfaiteur qui le noyait. Il entendait la litanie du curé comme brouillée, un essaim d'abeilles inquiétant. Il aurait voulu qu'il se taise, qu'il cesse de déverser ces mots sans vie, sans passion, sans amour, qui étaient censé leur rendre hommage mais n'y parvenaient nullement. Il serra les poings au fond des poches de son manteau. Et à cet instant retentit dans l'église un grincement anodin qui, amplifié par l'écho, se répercuta sous la voûte tel un appel mystique. Il se retourna, imité par une dizaine de croyants qui toisèrent la porte d'un air absent avant de reporter leur attention sur la cérémonie. Virginie, parée de dentelles et de jupons noirs, sa toison dorée relevée sous un chapeau à voilette, s'avança dans l'allée. Petit à petit, elle commença à courir, s'arrêtant devant les cercueils, puis fit glisser de sa manche un couteau brillant qu'elle brandit un instant au-dessus d'elle, ses bras poudrés remuant sous le tissu. Les eux fous, écarquillés, elle hurlait en français des propos incohérents devant l'assemblée médusée devant ce spectacle. Au milieu du boucan que braillait son aïeule, Lucien discerna ''Dieu'' et ''actes honteux''. Le reste fut noyé dans des hurlements inarticulés, sa compréhension altérée par sa méconnaissance de cette langue. Il ne fallait pas être un génie, pourtant, pour déduire ce qui s'était passé. Dans un rêve cotonneux et exultant, Virginie, beuglante, lacérer les cadavres à grands gestes amples et répétitifs, menaçant ceux qui tentaient de l'approcher. Démente, illuminée, elle se jeta par terre devant l'autel et, avant que quiconque ne sache ce qu'elle allait faire, elle enfonça la lame au travers de son sein gauche aussi profondément qu'elle le put, traversant ses tissus et embrochant sa poitrine. Des larmes de douleur transparentes partirent des recoins de ses paupières, longeant l'arrête de son nez, se mélangeant au sang et aux viscères qui maculaient son épiderme, éclaboussé des morceaux de son petit-fils et de son amant qu'elle avait si soigneusement déchirés. Avec un borborygme écœurant, elle rendit l'âme, les dernières selles descendant de ses intestins en salissant le bas de sa robe. Elle bascula sur le coté, embrassant la pierre impersonnelle qui était celle de la maison sacrée du Seigneur. Distant, Lucien jaugea la scène depuis le milieu de l'édifice. Enfin libérés de la menace du couteau et de l'attitude inconsidérée de la femme, son grand-père se précipita vers elle, trônant au milieu des fluides vitaux et des organes découpés. Des guirlandes de papier découpées par des enfants. Tels des drogués sortant de leur torpeur, les gens se alors mirent à parler, un brouhaha indescriptible s'élevant de la foule. Des gamins pleuraient. Des hommes s'épongeaient le front. Des femmes s'évanouissaient devant le macabre spectacle, d'autres s'efforçaient de consoler leur progéniture secouée de sanglots. Les commères parlaient entre elles, excitées comme des puces. Lucien se détourna de l'abominable ensemble d'organes, de pleurs et d'hémoglobine qui souillait les cercueils, formant autour d'eux un écrin d'os. Il donna une tape à son serviteur pour attirer son attention, occupé qu'il était à contempler le résultat du massacre.
    « Lelio, on rentre. »
    Sans aucun autre commentaire, il sortit, le brun sur ses talons, tournant le dos à la répugnante comédie qui s'était déroulée là.

    Commença la réputation de l'inconvenant héritier, Lucien l'imperturbable, l'impoli, l'irrespectueux, l'hérétique. Celui qui, sans compassion, tournait le dos à l'image de sa grand-mère décédée et de son frère défiguré, et quittait l'office avant sa fin officielle, sans crainte de la colère de dieu. Impie.
    A compter de ce jour, il ne prit plus la peine de mettre le pied dans une église.

    La voiture s'arrêta dans un dérapage impressionnant, soulevant au passage une nuée de poussière et de cailloux qui vinrent ricocher contre la paroi de l'imposant manoir illuminé par une multitude de lampions. Riant aux éclats, le cocher, ou plutôt la ''cochère'' dans le cas présent, poussa un hurlement de joie en se tournant vers la lune. Lucien, dix-huit ans passés et en pleine possession de ses moyens; devança Lelio qui cherchait à s'extirper de la carriole, et se planta devant la femme.
    « Victoria, je te serais gré de cesser de te comporter comme si tu conduisais un attelage de course. »
    La dénommée Victoria, yeux bruns grands ouverts, frimousse auréolée de reflets roses et bouche écarlate rehaussée en un sourire franc, se pencha sur son jeune maitre, son nez à une poignée de centimètres du sien. Habillée de vêtements masculins, son pantalon marron moulait outrageusement ses fesses, et sa veste soulignait agréablement le galbe de ses seins, descendant au niveau de sa taille. Elle chaussait des bottes montantes que Samuel, le garçon que Lucien avait engagé la semaine précédente afin de s'occuper de l'écurie, lui avait dégotté dans la remise.
    « Allons donc, le petit comte se fâche! Qu'est-ce qui t'arrive mon chou? T'as eu peur de laisser tes belles années dans l'carosse? Je savais bien que les nobles n'avaient pas la capacité d'apprécier pleinement la qualité de mon travail... »
    Arborant une contrariété factice, les poings sur les hanches, elle considéra son employeur avec une ardeur amusée. Lucien soupira. Victoria avait vingt-et-un an, une joyeuse grossièreté, un entrain furieusement fatiguant à l'encontre de son entourage et la critique facile. Dis plus simplement, c'était une grande gueule. Il l'avait d'ailleurs engagé à cause de ses défauts qui l'empêchaient de rester plus d'un mois au service de quelqu'un, de son intrépidité à mille lieux de l'ennui des autres cochers qu'on lui avait proposé, et son célibat causé par son désir de séduire les représentantes de sexe féminin qui passaient près d'elle. Sa dernière conquête, d'après ses sources, n'était autre qu'Esther Adams, la jolie cuisinière apathique qu'ils avaient prise l'année dernière. Il fit demi-tour et se dressa vers la demeure qui se dressait au milieu du domaine.
    « Lelio, tu réduiras le salaire de Victoria, histoire qu'elle se rappelle que je ne la paie pas pour qu'elle nous envoie dans le décor. Compris? »
    Il avait déjà tenté cette technique à plusieurs reprises avec elle, mais elle s'était révélée inefficace. Sa cochère refusait apparemment de s'en tenir à une conduite décente. Et, soit qu'elle pense ne trouver aucun employeur, soit qu'elle ne désire partir, elle restait à son service malgré son salaire qui fondait aussi vite que neige au soleil.
    Lelio opina et le suivit tandis que, derrière eux, l'énergique Victoria criait à l'injustice.

    La propriété appartenait aux De Winter, une famille de marquis riches comme Crésus, bigots au possible et snobs à l'excès. De ce fait, Lucien, qui outrageait les bons pensants et n'était, à cette époque, pas le Comte en titre (son père affaibli s'éteindrait trois ans après), n'avait pas été invité à la réception qui se déroulait ce soir-là. Ce dont il se fichait comme d'une guigne. Cela ne faisait que donner du piquant à une soirée vieillotte que de squatter impunément ladite soirée, entouré de nobles qui le considérait comme le représentant d'un suppôt de Satan.
    « Votre nom, Monsieur? »
    Il toisa le garde qui s'occupait de contrôler les entrées, et éprouva un sentiment de joie diffuse en le voyant se recroqueviller sous son sourire hautain. Il donna un brusque coup de canne dans les papiers du malheureux qui s'éparpillèrent au sol en une vague blanchâtre. Il ne s'arrêta pas de marcher.
    « Tu n'as pas besoin de cet amoncellement de papiers inutiles pour me laisser entrer. Suis-moi, Lelio.»
    Ils débouchèrent à l'intérieur de la vaste salle de bal, éblouissante d'or, de toilettes raffinées et de mets délicats posés sur des nappes de soie brillantes. Des serveurs déambulaient en costume impeccable, un plateau dans une main et une serviette sur le bras. Partout, ce n'était que pépiements, ininterrompus, gloussements et éclats de voix. Au centre, des couples exécutaient les dernières danses à la mode avec plus ou moins de virtuosité au son de l'orchestre placé à la droite, sur une estrade enturbannée. Les jupes de tulles tourbillonnaient, lançant leurs éclats multicolores sur les murs. Lucien s'arrêta sur le perron, esquissant une moue méprisante.
    « Profite bien du spectacle, jamais tu ne trouveras événement plus hypocrite que chez les de Winter. Même les putains de l'impasse de Fleet Street valent mieux que la plupart de ces gens-là. Très pittoresque. » dit-il en poussant son serviteur par le bras. Celui-ci attendait dans son ombre, visiblement peu désireux d'entrer. « Parfait! Il serait dommage de rester ici sans dépouiller quelque peu nos chers hôtes ignorant notre présence. Lelio, va voir ce qui se produit de nos jours dans les cuisines de ces braves De Winter pendant que je regarde à quelle petite dinde imbue d'elle-même je ferais l'honneur de valser avec moi ce soir. »
    Sur ce, il partit de son pas souple à la recherche de la pauvre fille. Lelio, désemparé, prit vaguement le chemin de la table, songeant qu'il aurait aimé être très loin d'ici. Lucien avait toujours été insolent, mais depuis la mort de son grand-père, il devenait franchement intenable. Seulement, Lelio devait s'avouer qu'après les nombreuses années passées en sa compagnie, il aurait eu du mal à se détacher de lui. Il faisait parti de sa vie au même titre que les sous-fifres qu'il administrait, et il considérait la demeure Lewandowski comme son foyer. C'est pourquoi, un sourcil haussé, il se fraya un passage au travers des nobles qui le regardaient avec dégoût, et entreprit d'entasser cuisses de canard, champagne, caviar, cailles et autres sur un plateau, certain que Lucien, conforme à ses habitudes, se contenterait d'attraper une cuisse de poulet, mordrait une fois dedans et la reposerait. Cette soirée n'était après tout que la sœur jumelle de celles qui avaient précédé.
    De son coté, Lucien errait au travers des aristocrates boudinés dans leurs affaires de soirée, qui se pressaient autour de lui. Il finit néanmoins par repérer une adolescente, seize ans à vue de nez, au corps de femme et à la poitrine fournie. Blonde, elle avait parsemé sa chevelure de perles de corail qui formaient comme une cascade argentée dans sa coiffure relevée. Ses yeux violets, d'une intensité assurée, parcouraient la salle pendant que ses doigts aux ongles soignés lissaient le velours bleu de sa robe.
    « Mademoiselle! Aurais-je l'honneur de vous voir m'accorder la prochaine danse? »
    Souriante, elle accepta, et il l'emmena à son bras au centre de la piste, où il la fit tournoyer avec aisance. Il sentit un fourmillement partit de sa gorge pour se répandre dans ses reins. Sa peau serait douce au toucher. Sa poitrine devait être ferme. Elle affichait l'expression naïve de celles qui sont sûres de leur charme, et il en conclut qu'il ne serait pas dur de l'amener à se dévêtir derrière une fontaine, car elle serait persuadée qu'il honorerait par la suite ses engagements en l'épousant.. Elle se tromperait, mais ne s'en rendrait pas compte assez vite. Malheureusement, une ondulation sur sa gauche attira son attention. Scrutant la foule avec colère, il reconnut l'homme qu'il avait bousculé à l'entrée, flanqué d'un homme barbu et musculeux qui était probablement le majordome appelé en renfort pour conserver le bon déroulement de la soirée. Le garde le montra du doigt. Il était vraisemblablement l'heure de rentrer. Dommage. Rapidement, il baisa la main de la fille déçue, et s'empressa de retrouver Lelio, qu'il obligea à presser le pas vers la sortie, abandonnant l'assortiment de victuailles sur le plancher. Assis dans la voiture, il enleva ses gants. Quelle tristesse de gâcher ainsi une soirée si prometteuse. En particulier à cause de deux vieilles carnes dictatoriales.
    « Lelio, dis à Victoria de prendre la direction de Fleet Street. »
    Voyant qu'il allait protester, il ajouta, un sourire en coin se dessinant sur ses lèvres, les yeux cachés par le rebord de son chapeau: « A moins que tu ne veuilles remplacer toi-même la charmante jeune fille que j'ai laissé là-bas. »
    Deux heures plus tard, le remplaçant de ''la charmante jeune fille'' s'appelait Nicolas et avait été élevé dans les bas-fond de Paris. Paresseusement, il s'étirait dans la pénombre de la chambre de Lucien.

    laisse Lelio le débarrasser de son manteau, puis il prend la direction de la salle de bains. En dessous de lui, il remarque Victoria, sa fougueuse cochère, pénétrer en catimini dans la cuisine. Elle va rejoindre Esther avec qui elle entretient une liaison depuis plusieurs années. Nul doute qu'elle s'est arrangée pour refourguer le sale boulot à Samuel. L'enfant ne se couchera pas tôt ce soir, bonne poire comme il est. Quand à Esther, jeune femme aux immenses pupilles sombres, aux cheveux noirs et bouclés en lourdes anglaises, à la taille d'elfe, et à sa compagne, il se doute qu'elle ne dormiront pas. Arrivé à destination, il laisse Lelio, qui l'a suivi à pas de loup, le déshabiller afin qu'il puisse se laver. Immobile dans la lumière causée par les nombreuses bougies, il apprécie de sentir les paumes de Lelio et la caresse du tissu qui glisse de ses épaules. Après le froid du cimetière, la chaleur de la maison lui semble irréelle. Il ne l'en aime que plus. Enfin, il se laisse glisser dans l'eau chaude, l'agréable brulure se répandant dans ses pores tel un rayon de soleil invisible se reflétant sur la neige. A l'intérieur du réservoir de pierre blanche, il entoure ses jambes de ses bras, puis se rejette en arrière, s'appuyant contre la paroi. En face de lui, un homme imaginaire, une barbe de feuilles hirsutes sur le menton, des pissenlits poussant sur ses épaules, joue avec une hache en bois. Fermant les yeux, sa tête roule contre son épaule, et il laisse Lelio mouiller ses mèches à l'aide du récipient prévu à cet effet. Il rouvre les paupières quand les doigts de son serviteur se promènent dans sa tignasse de leur toucher gracieux de sa nuque à son front, les remettant en place pour mieux les laver. Pensif, son regard vairon se perd à travers la vitre.

    « A la suite de cet épisode, Joséphine s'enfuit dans la forêt et personne, ni son fiancé, ni les reines, ni les habitants de son village ne la revirent jamais. »


V – Who are you in real Life?

Votre nom ou pseudo : Vanilla
Comment avez-vous découvert le forum? Par propagande IRL?
Qu’aimez-vous/détestez-vous dedans? J'aime le contexte parce qu'il roxe et qu'il est trop bizarre *expulsée*
Comment l’améliorer? Je suis une quiche en forum, donc I don't know.
Rien à ajouter? Validé Louis



Dernière édition par Lord Lucien le Lun 23 Aoû - 20:06, édité 8 fois
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MessageSujet: Re: Lucien ~ Perversion is my drug ~   Dim 13 Déc - 0:40

    Bienvenuuue! [J'adore le répéter à tout va 8D]

    Cette histoire est... est... LJFDBMJDSGBJSDF *se flingue* J'aime Lucien. *se re-flingue* Je trouve ça trop beau, le moment où il voit Joséphine par terre, les moignons sanglants, en train de pleurer... Et que Lelio lui dit que lui, il ne voit rien. Et puis, le Lucien x Lelio implicite, goddam *o* Et puis, c'est bien présenté, il n'y a pas de fautes, l'écriture est superbe...

    Mais -et j'avais envie de me pendre- ... Il manque le début de ton dernier paragraphe >< J'ai lu jusqu'à la fin quand même, j'ai fais comme si de rien n'était et heureusement parce que si la fin que tu a mis est bien celle-là (a moins qu'il n'y est encore eu un bug) et bien je la trouve tout simplement magnifique TwT

    Alors, même s'il t'en manque une partie, j'ose le dire et je le maintiens devant quiconque osera contredire ma volonté divine (/SBAF) Bref, tu as entièrement prouvé que cette fiche méritait d'être validée è__é

    So, Validée > Damn Thing <3
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Lord Lucien

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Où l'on joue de malchance, ou quand le hasard s'amuse - Theophil (Fini)

La violence ne résout rien (mais elle soulage) - Theophil (Fini)

Il ne faut jurer de rien - Theophil (Fini)

Un rien suffit - Theophil (Fini)

Des lendemains qui chantent - Theophil (En cours)

Un zeste de citron dans votre décoction? - Heather (En cours)

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MessageSujet: Re: Lucien ~ Perversion is my drug ~   Ven 22 Juin - 1:11

    Groupe : Ci-devant

    Réaction :


    Il lui semblait que la ville était devenue un gigantesque brasier humain. Les torches hurlaient dans les mains de leur propriétaire, se reflétant jusque sur les murs de son appartement, colorant le papier de multiples ombres évanescentes qui prenaient vie, et dessinant sur son socle des animaux inquiétants, aux bouches démesurées et aux yeux rougeoyants.

    Malheureusement, le tumulte d'aujourd'hui n'était pas une hallucination. Après tant d'années passées à la tête du pays, la monarchie tombait. Brusquement, sans prévenir, la royauté prenait fin, dans le sang et le meurtre. Les voix des suppliciés donnaient leurs mots aux créatures effrayantes qui se dessinaient sur le papier, qui se tordaient elles-mêmes en tout sens, comme torturées par une instance invisible. Lucien changea de position dans le fauteuil qu'il avait placé dos à la fenêtre, les yeux rivés sur le mur, droit devant lui. Il n'avait pas envie de voir ce qui se passait dehors. Répugnait à observer des hommes qui, dans leur haine, agissaient comme des animaux, tuant et détruisant ce qui tombait sous leur main aveugle. Tout ceci ne l'intéressait pas. Le combat du peuple n'était pas le sien. Il avait toujours méprisé cette classe, et ne changerait pas d'avis. Jamais.

    Alors que le tumulte augmentait au-dehors, maltraitant ses tympans, Lelio entrebâilla doucement la porte pour se glisser à l'intérieur de la pièce.

    « Monsieur, la Garde vient d'être défaite. »
    Lucien soupira, mais ne daigna pas décrocher un mot.
    « Les survivants ont été enfermés au château. »
    Le majordome ne reçut pas plus de réponse. Il soupira avant de se retirer discrètement, laissant le Comte à ses ô combien passionnantes occupations qui se réduisaient, lui semblait-il, à fixer le mur jusqu'à ce que mot s'ensuive.

    Quand il entendit la porte se refermer, Lucien se leva après avoir jeté un coup d'œil derrière lui, enfila son manteau et sortit à la suite de son serviteur. Dans le couloir, il se rendit compte que plus il avançait vers l'extérieur, plus le bruit augmentait. Dans les couloirs couraient des hommes et des femmes, échevelés et hagards, hystériques et rieurs. Lucien les ignora, relevant la tête devant chaque petit groupe qu'il croisait, continuant sa route dans la même attitude stoïque. Parce que laisser paraître une faiblesse pouvait, en ces instants troublés, lui coûter la vie. Cela lui aurait fait mal de mourir de la main d'un de ces gueux sans éducation. Très mal même. Il pria pour que cela n'arrive pas, et finit par déboucher sous le ciel, à son grand soulagement. Il chercha des yeux un abruti susceptible de le renseigner sur la position de l'autre abruti. Ce prétendu garde du corps ne lui causait vraiment que des ennuis. S'il était mort, au moins serait-il débarrassé à la fois de lui, de ses sarcasmes et de sa présence encombrante. Il repéra un jeune révolutionnaire qui, assis sur une pile de tonneaux, entreprenait de recharger un pistolet posé sur ses genoux.

    « Où ont été enfermés les gardes? »
    Le jeune homme releva la tête. Sa figure était parsemée de tâches de rousseur, ses cheveux bruns tombaient en cascades sur ses épaules. Il avait un petit nez en trompette, et sa chemise était déchirée par endroits, laissant transparaitre quelques égratignures qui s'étalaient sur son ventre. Il fronça les sourcils, et sa voix se fit pompeuse.
    « Je n'ai pas à vous répondre. »
    Lucien, soupira et fit apparaître une bourse remplie de pièces qu'il fit tinter devant l'adolescent. Celui-ci ferma les yeux et hurla.
    « Vive la liberté! »
    Lucien rangea calmement l'argent, et, tandis que l'autre gardait les yeux fermés, tout à la joie de sa réplique très spirituelle, sortit de sous son manteau un pistolet qui avait appartenu à son père et qu'il avait récupéré au fond d'un tiroir. Il le plaça contre la tempe de son nouvel ami, un sourcil narquoisement haussé.
    « Où? »
    Tremblant de sentir le métal contre sa peau, le jeune révolutionnaire daigna enfin accéder à sa requête. Sans un mot, il pointa le doigt vers la droite. En silence, Lucien rangea l'arme et partit dans la direction indiquée.

    Quand il pénétra dans la salle, il repéra immédiatement la chevelure blonde qui émergeait de la foule. Il le désigna au plus proche des geôliers, qui ne semblait pas comprendre grand-chose à ce qui lui arrivait. Mais Lucien avait déjà dû se battre bec et ongles pour réussir à arriver jusqu'ici, et il n'avait nullement envie de perdre davantage de temps.
    « Ce sombre crétin n'est plus aux bottes des Princes, mais aux miennes ! Renseignez-vous un peu avant d'arrêter n'importe qui. »
    Et sous le regarde ahuri de la foule, il attrapa Theophil par le bras et le tira vers lui. Il dirigea vers lui son regard glacial. Vraiment, qu'est-ce qu'il ne fallait pas faire pour récupérer un larbin.


    Quelques jours plus tard, alors qu'il venait à peine de se lever, Lucien faillit tomber de sa chaise en entendant les dernières nouvelles. Il appela Lelio à grands cris, provoquant le réveil prématuré d'un pauvre jardinier qui s'était assoupi dans le couloir. Dans sa grande mansuétude, Lucien préféra ignorer Theophil qui ricanait dans son coin (Après tout, il ne perdait rien pour attendre) En revanche, il continua soigneusement à passer ses nerfs sur le pauvre Lelio, qui ne savait plus quels arguments avancer pour expliquer que non, vraiment, il n'était pour rien dans l'abolition des privilèges.
    La journée s'annonçait rude pour l'ensemble de la maisonnée.

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Theophil

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Shut up and let me go, yeah ! - Vidal et Shad (inachevé)

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Où l'on joue de malchance, ou quand le hasard s'amuse - Lucien (fini)

A silly situation - Eulalie (en cours)

Course nocturne - Heather (en cours)

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MessageSujet: Re: Lucien ~ Perversion is my drug ~   Ven 22 Juin - 1:37

    Bon, je suis pas encore officiellement re-validée mais je reste admin, donc je vais m'occuper de toi tout de suite (fufufuuu/VLAM en plus je poste avec Theo/VLAM)

    Tu m'as fait un roman, mais ça parle de yaoi, je ne peux que t'être reconnaissante *0*/VLAM Et comme on comprend bien que Lulu, il n'aime pas les Révolutionnaires et qu'il tient à ses privilèges, il n'y a aucun problème à ce qu'il soit Ci-devant 8D
    So, je te re-valide de suiiiiite <3

    Amuse toi bieeeen ♥ Validée > Ci-devant

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MessageSujet: Re: Lucien ~ Perversion is my drug ~   

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Lucien ~ Perversion is my drug ~

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