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 "Tire la chevillette, la bobinette cherra" [PV Izaiah ♪]

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Primo

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MessageSujet: "Tire la chevillette, la bobinette cherra" [PV Izaiah ♪]   Mar 24 Juil - 1:15

    « J'ai couru... J'ai couru jusqu'à sentir tous mes muscles brûler, jusqu'à sentir dans mes veines de l'acide sulfurique à la place du sang. Puis, j'ai couru encore. »
    Fight Club


    Au détour de cette énième ruelle sombre et glissante, il y avait cette porte entrouverte, qui n'attendait que moi. Plus loin, devant moi, il y avait un cul-de-sac. Derrière, dans la rue adjacente, celle d'où je venais de débouler, il y avait l'écho bruyant des pas et des cris. Écho qui ne tarderait pas à devenir aussi palpable qu'une claque dans la figure, si je m'attardais plus encore.
    Il n'y avait pas trente-six solutions. Je me précipitais vers la porte.
    Hélas! Si Primo avait su qu'il échappait à un malheur certain pour tomber sur un autre malheur plus grand encore, il serait resté dans la rue. Dehors, au moins, il n'y avait pas d'arme à feu braqué sur lui.

    « Mais comment le Grand Primo Feliciano a-t-il bien pu en arriver là? » se demanderont certainement mes nombreux admirateurs. A cet instant où ma vie défilait devant mes yeux, la brève rétrospective des évènements suffirait sans doute à répondre à cette intéressante question.

    « Bon Dieu, mais qui est l'incapable qui t'a enseigné ces doigtés de demeuré?! … Mais cet abruti fini n'y connait rien, au violon! Ce n'est pas comme ça que tu vas faire un Do digne de ce nom, bon sang! Lève ton coude. Plus haut, l'archet, allez! JE ME FICHE DE CE QUE DIT CET ABRUTI D'ALCEUS! »

    … Non en fait, il faudrait remonter moins loin dans le temps. Ce souvenir là n'est pas vraiment nécessaire. Pas comme celui, bien plus agréable, où Primo savourait le repos du guerrier (donner des leçons de musique s'avérait parfois exténuant, surtout lorsque l'activité principale consistait non pas à enseigner, mais à frapper à répétition l'arrière du crâne de l'élève du jour) en sirotant un café, pieds sur la table devant lui, observant vaguement les danseuses sur la scène.
    Au delà du cabaret où il passait la soirée, le quartier Est de la ville, toujours fortement animé, semblait vivre en autonomie : une rumeur musicale en guise de battements de cœur, et les mouvements de la foule comme flux sanguin. Il m'évoquait toujours l'auberge de Lucile, en France ; je m'y sentais tranquille. Sentiment renforcé par le fait que jamais Alceus ne s'y serait aventuré la nuit en cette période de festivités politiques – réjouissantes pour les uns ou dangereuses pour les autres, qu'importe le parti, à ces heures toutes les rues pouvaient être risquées. Malheureusement pour lui, Primo ignorait que le péril s'étendait jusqu'à l'intérieur même des tavernes. Et si sa journée avait été mauvaise, sa soirée le devint plus encore – par une sorte de gradation fatale échafaudée par le destin en personne. Parfois, je me demandais si m'appeler Feliciano servirait un jour à autre chose qu'à me porter la poisse.
    Toujours est-il que j'aurais du m'en tenir à cette vérité avant d'accepter l'invitation au jeu de cartes de mes voisins de table. Ou que j'aurais au moins dû me renseigner auparavant, histoire de ne pas m'étonner que les règles du jeu ne soient pas celles du pouilleux.

    Lorsqu'on joue pour la première fois au poker, avec des adversaires sérieux qui se fichent de vous ménager, il est naturel de vouloir les impressionner en se faisant passer pour un joueur du même niveau. Même en n'ayant qu'une paire en main. … Non? Bon. Tout à son bluff, pour faire plus vrai et espérer remporter ainsi la manche avec sa seule paire de Valets, Primo misa tout ce qu'il avait sur lui – entre autre, sa paye du mois. Non, ce n'était pas stupide, il aurait pu faire pire et miser son magnifique violon. Mais il ne le promenait pas avec lui ce soir-là, donc bon.
    Malheureusement, il ne devait pas faire un assez bon menteur, et sur cinq joueur, seulement deux se couchèrent. Les autres continuèrent à faire monter les mises, jusqu'au moment fatidique où ils durent tous montrer leur jeu.
    Et la misérable paire de Primo fut balayée par une quinte flush royale.
    Constatant en une micro seconde l'énormité de son erreur (n'avoir plus d'argent avant le mois prochain voulait dire n'avoir plus aucun moyen d'aller s'amuser le soir, donc devoir donner d'avantages de cours pour survivre un minimum, donc devoir aller les réclamer auprès d'Alceus, donc avoir à supporter plus qu'outre-mesure l'infâme eau de Cologne qui embaumait son infâme personne, donc – il refusa de poursuivre), Primo lança au gagnant :

    « Tricheur! »

    Les quatre autres joueurs se levèrent aussitôt, l'insulte aux lèvres et la colère à l'œil :

    « Ah ouais?
    - Heu... Bah... »


    Après un court silence, Primo attrapa sa paye et détala comme un lapin hors du cabaret.

    L'instant d'après, la mort à mes trousses (ou du moins, les coups et le risque de disparition imminente de mon argent), je pénétrai dans l'obscurité de la maison, complètement essoufflé. Claquant la porte, je collais mon oreille à celle-ci pour écouter passer, avec un soulagement grandissant, les joueurs criant leur frustration. Le son se réduisit jusqu'à disparaître totalement. Je soupirai de contentement, pensant avoir enfin trouvé la délivrance méritée.

    Jusqu'au moment où je me sentis soudainement décoller du sol.

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Izaiah

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MessageSujet: Re: "Tire la chevillette, la bobinette cherra" [PV Izaiah ♪]   Mer 1 Aoû - 21:04

    Izaiah rentra chez lui et, avec un soupir las, se débarrassa de son manteau noir qu'il abandonna sur le sol. Il passa une main dans ses cheveux bouclés qui avaient poussé jusqu'à ses épaules -il allait vraiment falloir qu'il les coupe avant de devenir aveugle pour cause de pilosité envahissante. En plus, s'il ne voyait rien, il ne pourrait pas viser. Logique. Cependant, fatigué des jours qu'il venait de passer, il décida de remettre la corvée à plus tard. Si la Révolution lui donnait plus de travail qu'il n'en avait voulu, du travail, il en avait trop, justement. Depuis le début de ce renouveau, il n'arrêtait pas. Les demandes s'accumulaient sur son bureau (bon il n'avait de bureau, mais s'il en avait eu un, nul doute que celui-ci aurait été envahi par la paperasse détaillant de nouvelles missions qui s'empilaient sans qu'il ait le temps d'y remédier) et il ne cessait de repartir à chaque fois pour de nouvelles entreprises meurtrières. Il aurait pu en refuser, évidemment. Mais il ne savait pas combien de temps durerait cette période d'intense labeur et il préférait en tirer le meilleur parti avant la fin. Ainsi, il se retrouvait à tuer à un rythme infernal, sans un instant de repos. Et, bien qu'assassin, comme tout être humain, il y avait un moment où la dose de travail le fatiguait. Et comme il s'agissait d'Izaiah, la fatigue le mettait d'humeur exécrable.

    Il enleva le gilet qu'il avait passé par-dessous son manteau pour pouvoir respirer librement, puis s'écroula dans un fauteuil -qui aurait pu être plus moelleux, mais il n'en pouvait plus au point qu'il n'aurait pas pu faire la différence entre un coussin et une planche de bois.

    Il promena son regard sur les meubles et les objets qui l'entouraient. Neutre et dépouillée, la pièce comportait un coin pour faire la cuisine (comme il mangeait la plupart du temps dans des bars et des auberges, il ne s'en servait quasiment jamais -et de toute façon, les ustensiles lui paraissaient en si mauvais état qu'il aurait eu peur de faire s'écrouler le plafond en les décrochant du mur), tandis que le centre de la pièce était une sorte de mélange exotique entre un salon chinois et une salle à manger occidentale. Izaiah se demandait vraiment comment les anciens propriétaires avaient pu avoir le mauvais goût d'acheter une table avec un dragon doré gravé sur le plateau. C'était tellement laid qu'il en aurait presque ri. Heureusement que le reste semblait, sinon de bonne facture, du moins davantage présentable. La table, les chaises et le vaisselier étaient en bois verni. E bien, que certains endroits commencent à être dévorés par les mites, ils ne paraissaient pas encore sur le point de s'écrouler, ce qui apparaissait comme un bonus aux yeux du jeune homme qui ne comptait pas ajouter des activités de menuiserie à son emploi du temps surchargé. En face de lui, une porte s'ouvrait sur une chambre coquette, presque féminine. Elle avait dû appartenir à un couple, dans le temps. Et un couple aux goûts extravagants, en plus : Izaiah avait dû enlever avec soin les dentelles qui surgissaient dans tous les coins, depuis le lit jusqu'aux rideaux, en passant par l'intérieur de l'armoire et les cadres brodés au mur. Il n'aurait pas pu dormir dans un endroit comme ça. C'était à vous filer des cauchemars, ce genre d'ambiance d'une mièvrerie écœurante.

    Il allait s'assoupir dans le fauteuil, la tête tombant sur son épaule, quand une clameur soudaine retentit dans la rue. Il grogna. Cette maudite porte s'était encore rouverte toute seule. Il allait vraiment falloir qu'il trouve un moyen de la bloquer correctement, sans quoi n'importe qui pourrait entrer comme dans un moulin. A sa grande surprise, le bruit ne cessait d'augmenter, comme si une foule se rapprochait. A moitié endormi, il se redressa et passa une main sur son visage à la peau mat. Il ne manquerait plus que ce soit des imbéciles qui aient découvert son identité et viendraient venger la mort de leur père/frère/épouse/autre qu'il aurait sauvagement assassiné (Ce qui aurait été un mensonge. Il n'assassinait jamais sauvagement les gens. Il aimait que ce soit propre. S'il faisait gicler le sang partout, non seulement ce n'était pas esthétique, non seulement ça lui en foutrait plein les vêtements et gâcherait tous ses efforts de discrétion, mais en plus, si c'était vraiment trop moche, ça risquait de lui donner envie de vomir. Non, vraiment, il n'avait aucun avantage à ce que la victime n'ait pas droit à un peu d'attention de sa part. Un peu de propreté et tout le monde était plus content. Et qu'on ne vienne pas lui dire qu'il était plus simple de ne tuer personne, c'était son gagne-pain, s'il ne le faisait pas quelqu'un le ferait à sa place, et très franchement, les conséquences de son geste (comme les veuves éplorées, les orphelins et tout le tintouin) ne le regardaient pas vraiment. On lui demandait, il exécutait, point.)

    Enfin, ce n'était sûrement pas de la famille mécontente. Déjà, il n'avait jamais eu affaire à ce genre de problèmes (il était tellement transparent que même ses employeurs avaient du mal à se rappeler de sa tête, ce qui aurait été franchement vexant si cela n'avait pas été préférable), et, ensuite, il espérait qu'ils auraient été un peu moins bruyants. Parce que se faire entendre à dix mètres de distance n'était pas forcément un avantage tactique. Voire pas du tout. Enfin, c'était peut-être une nouvelle technique d'attaque, après tout, il n'avait rien contre la nouveauté (même si cela lui semblait un moyen très critiquable).

    Ah. Il espérait que ce n'était pas non plus les anciens propriétaires de la maison qui venaient récupérer leur dû (et leurs abominables décorations en dentelle. Quoique celles-là, il leur redonnait avec grand plaisir s'ils le souhaitaient). Il avait cru que récupérer une maison désertée après la nuit de la révolution était une bonne idée, mais il avait peut-être crié victoire trop vite? Après tout, il était possible que ses occupants n'aient pas émigré comme il l'espérait, mais juste fait un petit voyage d'agrément de quelques jours. Ils avaient vu de la lumière dans leur bicoque (il n'y avait pas d'autre mot pour ce genre de logement insalubre, vraiment, il leur rendait presque un service en la squattant) et revenaient avec des renforts pour le déloger de là?

    Izaiah se renfrogna. S'ils pouvaient arrêter de hurler comme des sauvages, au moins. Il essaya de refréner la mauvaise humeur qui ne cessait de monter en force ces jours-ci.

    Au moment où un homme inconnu déboula dans sa demeure (provisoire) sans prévenir et se colla avec l'oreille au battant comme s'il n'était pas là, il crut qu'il allait exploser. Qu'est-ce que c'était encore que ça? Cette maison projetait de devenir un véritable carrefour ou quoi? Il était temps qu'il y remette un peu d'ordre. Lentement, sans bruit, il se leva et ramassa son pistolet qui trainait à ses pieds, près de son manteau. Il le chargea, le bruit couvert par la foule au-dehors, et se leva d'un bond pour agripper le nouvel arrivant par le col, le plaquer contre le mur et pointer l'arme sous son menton.

    « Qu'est-ce que tu fous ici, toi? » questionna-t-il dans un grognement.

    C'était encore un gamin, en plus, qui ne devait pas avoir plus de vingt ans. Les cheveux et les yeux noirs, il était le type-même du méditerranéen. Mais un méditerranéen abruti, qui dérangeait son sommeil durement mérité et qui faisait irruption dans sa piaule sans frapper (et non, le fait que s'il avait frappé il ne lui aurait pas ouvert n'était pas une raison pour incliner vers la clémence). Autant de bonnes raisons, en plus de la fatigue, qui le poussaient à le choper avant qu'il ne reparte batifoler dans la nature.

    Par contre, il se demandait pourquoi il avait posé cette question. Il se fichait éperdument de la réponse qu'on pourrait lui fournir, sauf si elle lui donnait une bonne raison pour passer le mioche à tabac. Il fallait bien qu'il paie pour le dérangement, non?
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Primo

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MessageSujet: Re: "Tire la chevillette, la bobinette cherra" [PV Izaiah ♪]   Mer 15 Aoû - 0:41

    L'homme avait été d'une rapidité et d'une discrétion exemplaire. Incroyablement silencieux, j'avais été plus que surpris lorsqu'il avait surgi, arme au poing, pour m'expédier contre le mur. D'où venait-il, celui-là? Je n'avais aperçu personne en entrant dans cette maison... Bon, il était vrai que je n'avais pas vraiment pris le temps d'inspecter l'intérieur de la bicoque en entrant. Dans la précipitation, ce genre de détail est loin d'être le premier auquel on pense. Mais tout de même, se montrer aussi discret semblait relever d'une expérience certaine. Et tout le monde ne gardait pas un pistolet à portée de main, prêt à bondir sur l'inconnu qui osait franchir le seuil de son appartement. Si vous voulez mon avis, cet homme trempait jusqu'au cou dans des magouilles plus que suspectes.
    Et bien sûr, il avait fallu que Primo choisisse, dans toute la rue, tout le quartier, tout le Royaume même, LA porte qui menait à l'entre d'un truand. Et puisque celle-ci s'était présenté comme une généreuse invitation à entrer, car légèrement entrouverte à son arrivée, c'était soit le destin qui avait bousculé les évènements pour en finir au plus vite avec lui, soit le hasard qui faisait vraiment, vraiment très mal les choses. A moins que ce ne soient les prières d'Alceus qui portaient enfin leurs fruits, allez savoir.
    Le flingue calé sous mon menton, je me retrouvais la tête en arrière, à regarder ainsi dans le blanc des yeux mon agresseur qui était plus grand que moi. Il avait des yeux jaunes qui lançaient des éclairs. Hum, c'était effrayant, je préférais détourner le regard – ma mère disait toujours que regarder un animal en colère dans les yeux signifiait le provoquer, peut-être était-ce pareil avec les hommes en colère, aussi mieux valait se méfier. Mon regard put donc à loisir se poser sur ce que je pouvais apercevoir de l'intérieur de la maison – celui que j'aurais dû observer tout à l'heure, oui – et on peut dire que si c'était là la décoration habituelle des brigands, j'étais bien loin de m'en douter. J'aurais imaginé quelque chose de moins... précieux. Moins mièvre, en fait. Le côté tape-à-l'œil était plutôt juste, cependant, et-
    Un grognement :

    « Qu'est-ce que tu fous ici, toi? »

    Seigneur-Jésus-Marie-Joseph par pitié.
    Que fallait-il répondre à une question qui ressemblait plus à une sentence de mort qu'autre chose? Hein, je vous le demande?
    Devais-je bafouiller la vérité et raconter ce qui m'avait poussé à entrer ici, quitte à ennuyer un homme qui semblait avoir la gâchette facile? Ne serait-il pas déçu, lui qui n'accepterait surement qu'une excellente raison pour ne pas me descendre sur le champ?
    Peut-être valait-il mieux lui raconter un bobard? Du genre « Bonjour, je suis le voisin et je venais vous demander si vous aviez de la farine! »… Mauvaise idée. Non seulement cet homme ne semblait pas vraiment vouloir entendre d'explications, mais en plus ce genre d'excuses à peine crédibles risqueraient de le faire appuyer plus vite sur la gâchette.
    Le fer glacé du pistolet pressait mon cou froidement. J'avais du mal à déglutir.
    Mieux valait passer directement aux supplications. Dans une sorte de gémissement étouffé :

    « Pitié, je n'ai rien à voir avec vos intrigues criminelles, je ne suis au courant de rien! »

    J'espérai plus ou moins dissuader ainsi l'homme de me tuer – moi, un jeune garçon brillant en phase de devenir un très célèbre musicien! –, le persuader de mon innocence et donc, de l'inutilité du meurtre. C'est vrai, vaurien ou non, il n'allait tout de même pas flinguer un inconnu pour rien, juste par colère, non? Bon sang, je n'avais fait que franchir une porte!
    J'essayai vainement de me dégager de sa poigne, mais, toujours coincé contre la porte, la tâche s'avérait difficile. De plus en plus paniqué, un ricanement nerveux m'échappa. J'insistai :


    « Allez, lâche moi, je promets de disparaître et de ne plus jamais entrer chez les autres sans frapper. Laisse moi partir et tout le monde sera content! »

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Izaiah

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MessageSujet: Re: "Tire la chevillette, la bobinette cherra" [PV Izaiah ♪]   Mer 22 Aoû - 1:41

    Allons bon. Voilà qu'il tombait sur le demeuré de service. Si seulement il avait pu avoir affaire avec un gros fier à bras qui l'aurait menacé de le frapper ou de le dénoncer, il aurait pu riposter sans aucun scrupules, mais le mioche en face de lui ne semblait avoir aucun instinct belliqueux. Plutôt un certain instinct de survie, qui l'obligeait à déblatérer des bêtises qui ne pouvaient que l'énerver davantage. Les yeux d'Izaiah se plissèrent en un expression menaçante lorsqu'il parla d'intrigues criminelles. Il se demanda s'il en savait plus qu'il ne voulait bien le dire, puis se dit qu'après tout, c'était peut-être le pistolet pointé sur son cou depuis cinq bonnes minutes, ainsi que son propriétaire qui le regardait avec un air de tueur, qui le poussait à tirer les bonnes conclusions. Mais quelle qu'en soit la raison, il allait devoir demander des précisions à son nouveau compagnon. Il ne pouvait pas permettre de laisser un abruti raconter tout et n'importe quoi au-dehors.

    Izaiah se dit que s'il n'avait pas eu une impulsivité dérangeante (et une fatigue carabinée), il aurait pu garder son calme et simplement demander qui était ce visiteur qui venait squatter sa maison sans son autorisation, sans passer par l'étape attaque à main armée. Seulement, il était lui-même, avait un caractère de cochon et passait des journées harassantes à pister ses victimes et à les descendre en discrétion, quand il ne devait pas faire face aux employeurs qui refusaient de payer le prix fixé au départ pour une raison ou une autre. Limite si les victimes n'étaient pas moins embêtantes. Après tout, il était plus facile de tirer sur quelqu'un que d'en obtenir une chose qu'il refusait de donner. En général, les négociations se finissaient à coups de menaces. Qui ressemblaient un peu à la scène qui se tenait devant lui, expressions effrayées et pieds décollant du sol. Heureusement qu'il avait son pistolet, seul ami (seule personne plus précisément, étant donné qu'il n'avait pas d'amis) qui ne passait pas son temps à lui casser les pieds. Sauf les fois où il s'enrayait contre son gré, où la poudre était mouillée parce qu'on l'envoyait descendre un type alors qu'il pleuvait des cordes (idiots qui ne comprenaient rien à l'art de l'assassinat), où le coup ne partait pas pour une raison inconnue et qu'il devait combattre à l'arme blanche, ce qu'il détestait particulièrement.

    Il pensa que l'autre devait être bien paniqué pour laisser entendre qu'il ne connaissait rien aux activités criminelles qui se déroulaient sous son toit (enfin, à l'extérieur, il espérait bien ne jamais tuer personne chez lui. Il serait obligé de changer de planque précipitamment, et cela ne lui amènerait que des ennuis de se faire repérer avec un cadavre dans son salon. En plus, ça ferait des cochonneries partout). Dans ce cas-là, il aurait mieux fait de ne pas les mentionner du tout. Maintenant, Izaiah allait sûrement devoir le faire taire. Et il pouvait bien promettre tout ce qu'il voulait, les mauvais traitements et l'alcool déliaient un peu trop souvent les langues pour que de telles promesses soient fiables.

    Ensuite, il y avait autre chose qui le dérangeait.

    « Me tutoie pas, on a pas élevé les cochons ensemble, compris? »

    Voilà, ça au moins, c'était fait. Un peu de respect, que diable! Comment éduquait-on les gosses, de nos jours? (Mais non, il ne cherchait pas toutes les occasions possibles et imaginables pour passer ses nerfs sur le nouvel arrivant. Pas du tout. Il lui apprenait juste un peu la vie. Pour ce qu'il lui restait à vivre, de toute façon). Il préférait tout de même la première phrase, parée glorieusement du vous respectueux. Ou angoissé. Mais quelque part, le résultat était identique, donc cela revenait au même.

    Tout l'intérêt était d'expulser sa colère. Histoire de retrouver un esprit plus sain pour attaquer les missions du lendemain avec un moral reposé. Après tout, l'intrus avait dérangé son congé réparateur, alors il fallait bien qu'il le rappelle à l'ordre.

    N'empêche, ces histoires de criminalité, sorties de la bouche du garçon, étaient inquiétantes. Si jamais il avait entendu des choses, des rumeurs, des informations dévoilées par des employeurs véreux? (Enfin, véreux, ils l'étaient les trois-quarts du temps, mais disons, assez traitres pour vendre celui qui leur avait rendu un fier service en les dispensant de se salir les mains pour atteindre leurs objectifs meurtriers) Ou s'il tirait des conclusions de ce qu'il avait vu pour ensuite les répéter un peu partout malgré ce qu'il affirmait? (il avait souvent vu des hommes sans fierté qui faisaient des courbettes en implorant sa pitié pour ensuite se faire mousser auprès des demoiselles en racontant ce qu'ils savaient sur Izaiah. En général, ils n'avaient jamais vécu bien longtemps, et le jeune homme leur avait bien fait regretter leurs actes avant de les expédier dans l'au-delà des gus insupportables). Izaiah sourit, une expression désenchantée peinte sur son visage, lâcha l'intrus qui retomba brutalement sur ses pieds, profita du mouvement qui projetait l'autre vers l'avant, lui administra une claque derrière la tête, le saisit par le col et le projeta sur le canapé sans aucune douceur. Il alla ensuite fermer la porter avant de la coincer avec le meuble qui se tenait à proximité. Revenu auprès du garçon, il tira sur sa chemise pour le remettre droit dans son siège, puis s'assit en face, le pistolet toujours pointé vers lui d'un air faussement négligé.

    « Regarde bien mon visage, gamin, parce qu'il se peut que tu n'en voies plus jamais d'autre. »

    Bon, il ne descendait pas non plus les gens juste parce que cela lui faisait plaisir, mais si cet individu risquait de le faire repérer, il ne devait pas prendre ses agissements à la légère (et encore moins sa libération, puisqu'il était maintenant prisonnier de la pièce dans laquelle il était entré quelques instants plus tôt).

    « Alors maintenant, tu vas me dire de quoi tu penses être au courant. Et ne trompe pas, sinon il y a peu de chances que tu ressortes entier d'ici. »

    Enfin, quoi qu'il arrive, il y avait peu de chances qu'il en ressorte tout court. Mais il craignait qu'affirmer ce genre de choses ne soit contre-productif pour la suite de ses affaires.
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MessageSujet: Re: "Tire la chevillette, la bobinette cherra" [PV Izaiah ♪]   Ven 7 Sep - 1:26

    « Me tutoie pas, on a pas élevé les cochons ensemble, compris? »

    J'eus une violente envie de répondre que justement, puisqu'il en parlait, il était temps pour lui de se rendre compte qu'il ne menaçait pas n'importe qui. Qu'il avait affaire au grand Primo Feliciano, musicien renommé de son état, compositeur talentueux au service de son Imminence l'Évêque (plus ou moins), fils du musicien favori de la princesse de Valentine et frère du capitaine le plus belliqueux de l'armée d'Asti. Qu'il n'avait pas à s'adresser à lui de la sorte s'il ne voulait pas en regretter les conséquences plus tard. Ha !
    Mais tout ce qui sortit de la bouche du grand Primo ne fut qu'un bégaiement incertain et pas très crédible.
    Okay, va pour le vouvoiement.

    Mon agresseur eut un sourire plus ou moins (bon d'accord, très) inquiétant. Il me relâcha, puis m'administra une claque à l'arrière de la tête – un peu comme le faisaient mes parents quand ils estimaient que je dépassais les bornes, mais en beaucoup plus effrayant – pour m'éloigner de la porte. Comme je me tournais à nouveau face à lui par réflexe (la porte, noooon, laissez moi rester près d'elle), il me saisit de nouveau par le col pour me propulser sur le canapé, derrière.
    Mon visage se décomposa sur place lorsque je le vis barricader la seule entrée visible avec une commode qui trainait non loin.
    Le dangereux cinglé réclama de nouveau mon attention, en tirant sur ma chemise – et surtout en repointant son flingue sur moi, nonchalamment.
    Pourquoi mon plan n'avait-il pas marché? N'étais-je pas suffisamment convainquant dans mes supplications? Oh, Santa Maria, Madre di Dio, prega per noi peccatori...

    « Regarde bien mon visage, gamin, parce qu'il se peut que tu n'en voies plus jamais d'autre. »

    Je n'avais pas très envie de rouvrir les yeux, maintenant que je les avais fermé pour prier – dernier joker en cas de situations désespérées comme celles-ci, sachez-le – mais tant pis, j'obéis. C'était plutôt triste, quitte à devoir observer un dernier visage (avant de finir quelque part sous terre dans un terrain à l'abandon, un pruneau dans le crâne) j'aurais préféré le visage d'une jeune et jolie fille. Mais bon, il était certain que les probabilités de se faire agresser par une femme séduisante étaient très réduites en ce bas monde. Dommage.

    « Alors maintenant, tu vas me dire de quoi tu penses être au courant. Et ne trompe pas, sinon il y a peu de chances que tu ressortes entier d'ici. »

    Apparemment, le type attendait toujours des explications. Ou plutôt, il en attendait de nouvelles – parce que maintenant il avait l'air de s'en moquer, du pourquoi j'étais entré dans sa baraque. Faut croire que je n'avais fait qu'aggraver mon cas en évoquant ses entreprises douteuses et criminelles. Maintenant, il semblait croire que j'étais au courant d'une de ses histoires louches. D'un autre côté, cela prouvait que mon intuition ne m'avait pas trompé et que j'avais bel et bien affaire à un brigand! (La question était : étais-je remarquablement intelligent pour avoir compris cela, ou incroyablement crétin pour n'avoir pas pensé que le faire remarquer m'attirerait deux fois plus d'ennuis? Hum. J'hésitais, vraiment. Mais le pistolet étincelant devant moi me fit finalement pencher pour la deuxième option.)
    Louchant sur l'arme, je répondis précipitamment :

    « Mais de rien! Je viens de le dire! »

    L'envie d'ajouter un « T'es bouché ou quoi? » me démangeait, mais la peur me bâillonnait toujours. Surement qu'elle faisait bien. Mais c'est vrai, quoi, j'étais sincère en disant cela tout à l'heure : je n'étais qu'un innocent citoyen qui passait dans le coin. L'ennui, c'est qu'il risquait vraiment de penser que je mentais, maintenant. Pourtant, que pouvais-je dire de plus? Mon regard allait et venait entre la porte et le flingue – j'évitais toujours le plus possible de croiser celui de l'homme. J'ajoutais nerveusement, un ton plus bas :

    « Je ne mens pas. Je suis musicien moi, c'est tout. Je n'y connais rien à toutes ces histoires de truands. »

    D'ailleurs, le musicien serait bien embêté, si vraiment il ne sortait pas entier de cette situation. Comment jouer convenablement du violon ou du piano avec un bras en moins, par exemple?


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Izaiah

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MessageSujet: Re: "Tire la chevillette, la bobinette cherra" [PV Izaiah ♪]   Mar 11 Sep - 23:56

    C'était limite inquiétant de voir à quel point l'autre se renfonçait de plus en plus dans le déni le plus total. Izaiah fronça le nez et sa bouche s'étira en un rictus peu engageant. Mais s'il n'était au courant de rien, cet imbécile, pourquoi se la ramener comme une fleur en l'affirmant haut et fort? Parce que si c'était vrai, il n'aurait rien dit et aurait passé son chemin tranquillement en évitant consciencieusement le chemin de sa baraque (enfin, de sa nouvelle baraque, puisque pour des raisons précédemment émises la maison en question ne se trouvait pas être réellement la sienne. Sauf si squatter chez quelqu'un d'autre sous-entendait que l'on était un peu chez soi. Dans ce cas-là, il faudrait qu'il change bien vite la décoration. Surtout si d'autres imbéciles décidaient qu'il était ô combien amusant de venir crécher impunément chez lui. Il espérait pour eux qu'ils n'auraient pas cette idée malheureuse. Izaiah avait déjà du mal à supporter l'irruption d'un seul intrus, alors plusieurs à la suite risquaient de bien entamer la patience qu'il n'avait pas en même temps que la tête de ces pauvres gens).

    Où en était-il, déjà? Ah oui. Au même point que la dernière fois, à savoir : ce garçon est-il simplement un abruti profond à relâcher au plus vite avant qu'il ne provoque une catastrophe, ou un dangereux individu qui cherche à se renseigner sur ses activités pour servir un dessein obscur? Telle était la question, et la réflexion avait tendance à mettre les nerfs du tueur à gages à vif. Il entreprit de lancer le pistolet qu'il tenait toujours à la main pour le rattraper ensuite, la ferraille cliquetant à chaque atterrissage. Son regard perçant jaugeait le jeune homme de bas en haut, cherchant un indice dans sa mise ou son comportement. Malheureusement, cela ne l'avançait pas plus. Il pouvait aussi bien être un manipulateur chevronné qu'un idiot fini. Il en était presque (totalement, en fait) venu à souhaiter que l'autre l'agresse sans plus de subtilité. Il aurait eu une bonne excuse pour lui tirer dessus et s'en débarrasser sans se poser de questions, puisque ce ne serait pas lui qui aurait déclenché les hostilités. Il aurait alors eu la satisfaction de remiser les questions au placard tout en gardant la conscience tranquille (plus ou moins. Autant que l'on pouvait l'être lorsque son métier consistait à loger des balles entre les omoplates de personnes inconnues toute la sainte journée en échange d'argent). Dommage pour lui, son interlocuteur, ou sa victime, suivant les points de vue, ne semblait pas avoir l'instinct très belliqueux, et se contentait de loucher vers son arme d'un air soupçonneux tout en clamant son innocence.

    A la protestation suivante, Izaiah se contenta de hausser les épaules en soupirant d'un air mi-embêté, mi-irrité. S'il pouvait être sûr de sa culpabilité, il n'aurait aucun remords à l'abattre sur le champ. Le questionnement rendait la chose plus ambiguë, et n'arrangeait nullement ses affaires. Il craignait que l'autre ne doive se révéler plus convaincant s'il désirait partir. Les simples promesses n'avaient pas beaucoup de valeur dans le monde de la pègre, bien que l'on y rencontre des personnes d'honneur. Rares, mais elles existaient. Izaiah, malgré son métier et les conséquences qu'il impliquait, tentait tant bien que mal de ne pas céder à la pourriture et de ne pas tuer à tort et à travers. Entreprise difficile qu'il n'était pas certain de réussir.

    Il tiqua lorsque l'autre se dit musicien. Aussitôt, de vagues effluves de souvenir s'infiltrèrent dans son esprit, remplaçant un instant la petite pièce par l'intérieur coloré d'une roulotte, un violon posé sur le lit. Il se souvenait encore du toucher de l'instrument dont il n'avait jamais joué lorsqu'il l'avait gagné en jouant. Un gamin s'était moqué de lui en disant que c'était bien là un objet dont ils n'auraient aucune utilité, sauf s'ils parvenaient à le vendre. Il avait affirmé qu'il n'arriverait pas à en jouer. Personne n'était là pour le lui apprendre, comment pourrait-il comprendre le fonctionnement des cordes et des notes? Izaiah, qui comptait pourtant en tirer un bon prix à la base, s'était vexé de ses remarques, et avait gardé son gain. Il s'était isolé tous les jours. Les premières fois avaient été atroces. Il ne connaissait même pas le nom des sons qu'il parvenait à sortir en faisant gémir le violon. Mais peu à peu les mélodies devinrent davantage que des bruits crispants, chaque journée qu'il passait seul à chercher les airs. Il s'était amélioré, il avait joué à l'instinct, il avait cherché à retranscrire à l'oreille les chansons qu'il entendait dans les rues ou aux abords des théâtres des villes dans lesquelles ils s'arrêtaient. Et petit à petit, les bruits étaient devenus des chants. L'enfant était parvenu à jouer. Il avait été tellement heureux lorsqu'il avait interprété pour la première un morceau à sa petite sœur. Il aurait dû oublier ce bonheur, devenu amer au fil des années.

    Sa voix siffla entre ses dents lorsqu'il reprit la parole.

    « Musicien? »

    Il fut surpris d'entendre sa voix passer d'un ton agressif à un timbre franchement mauvais. Il chercha à se reprendre, malgré les souvenirs anciennement agréables qui ne cessaient d'affluer dans son esprit, aujourd'hui trop douloureux pour être manipulés. Il grogna.

    « Je te vois pas d'instrument. L'aurais-tu oublié devant la porte? »

    C'était vrai. Il se serait attendu de la part de quelqu'un qui se proclamait ainsi, qu'il porte son instrument au côté. Il se dit ensuite que c'était stupide. Si le garçon jouait du piano, il était évident qu'il n'allait pas se le trimballer sur le dos. A moins d'être réellement un guignol.

    Il arrêta de tripoter son pistolet et le maintint droit devant lui. S'il devenait mélancolique, il n'allait plus pouvoir en sortir. Mais subitement, tout lui semblait plus clair. La tension tomba légèrement tandis qu'à son côté ressortait des tréfonds du passé une petite fille aux cheveux bruns et un violon de qualité médiocre. Il fronça les sourcils.

    « Est-ce l'habitude des gens de ton espèce de rentrer à l'improviste chez autrui? »

    Sans qu'il s'en aperçoive, sa voix s'était subtilement adoucie.
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MessageSujet: Re: "Tire la chevillette, la bobinette cherra" [PV Izaiah ♪]   Jeu 4 Oct - 0:27

    Je me demandai si le fait que l'homme se mette à jouer avec son flingue était rassurant, ou terrifiant. D'un côté, je n'étais plus dans le viseur ; de l'autre, un coup était si vite parti. Et vu ma chance légendaire, si une balle était tirée par erreur, ce ne serait certainement pas dans la tête de mon agresseur qu'elle irait se loger.
    Tandis que je ne lâchai pas des yeux l'arme en mouvement, lui, me jaugeai du regard. Je le sentais à ce fourmillement désagréable qui parcourait mon échine. Peut-être pesait-il le pour et le contre quant à la revendication de mon innocence – ou, vu l'agacement dans ses mouvements, cherchait-il désespérément une bonne raison de m'abattre et s'irritait de n'en pas trouver. Si c'était cela, c'était un bon début! Faute d'avoir prouvé mon innocuité, je n'avais au moins pas convaincu l'homme de presser la détente de son pistolet. Continuer sur cette voie semblait une bonne idée – non, ce n'était pas la première de la soirée, je proteste. Idiote de conscience.
    Mais soudainement, l'ambiance changea. Si cela était encore possible, je dirais même qu'elle venait de se... dégrader. Comme une bourrasque glacée et l'ombre grandissante de nuages noirs sur un paysage fleuri et ensoleillé. Non pas que ma situation ait été ensoleillé auparavant, remarquez – bon, plutôt comme un orage se déclarant brusquement sur un panorama déjà sinistre et désolé.

    « Musicien? »

    Un frisson parcourut tout mon corps, de ma nuque à mes pieds. Son ton évoquait le prologue d'une longue et douloureuse mise à mort. C'était comme si j'avais prononcé le mot qu'il ne fallait pas. Comme dire le mot « athée » en présence du Pape, comme dire le mot « guillotine » en présence de ce qu'il restait de Royauté. Je déglutis. Pourquoi fallait-il que Primo, en plus de tomber sur la maison la plus malfamée de la ville, celle qui était habitée par un assassin de premier ordre, tombe également sur un ennemi de la musique? C'est vrai quoi, en principe tout le monde aime la musique! Peut-être que l'homme s'était destiné à une grande carrière musicale et avait subi une violente déception lors d'une audition, un jour? (Je me jurai de ne plus jamais traiter mes élèves d'incompétent. Jamais. Qui sait combien d'entre eux sont déjà devenus des criminels par ma faute.) Depuis, hanté par sa nullité artistique, il tuait sauvagement tous les musiciens qu'il croisait sur sa route pour se venger de sa frustration.

    « Je ne te vois pas d'instrument. L'aurais-tu oublié devant la porte? »

    Ah, Seigneur, ça y est, il comptait me tuer à grands coups de violon, ou bien m'étrangler avec les cordes, ou bien me transpercer avec l'archet, ou- Tais-toi Primo, nom de Dieu, tais-toi. Réfléchis un peu. Il ne serait pas capable d'un tel carnage. Après tout, ton instrument est resté chez Alceus.
    Son agresseur cessa de jouer avec son pistolet pour le pointer de nouveau droit sur moi. Sans réfléchir, je répondis mécaniquement :

    « J'emmène rarement mon violon quand je sors. Je serais capable de le parier sous l'influence de la boisson. »

    Ma voix était blanche, fantomatique, et mon esprit le devint d'avantage lorsque je réalisais ce que je venais de dire. Pour quoi le grand Primo allait-il passer, maintenant? Un débauché – ah, c'était déjà le cas pour la plupart de son entourage, en fait – un crétin – bon, il n'avait rien fait de très intelligent jusqu'à présent devant l'autre homme, certes – un arrogant provocateur inconscient? Oh, au point où j'en étais. J'avais l'impression d'avoir franchi la ligne du non-retour, question effroi.
    A nouveau automatiquement, j'enchainais et répondis à sa deuxième question :

    « D'ailleurs, je ne serais pas entré ici aussi abruptement si je n'avais pas été victime de mauvais joueurs. En principe, je ne déboule pas chez des inconnus pour le plaisir. Mais heu.... La porte était ouverte et... »

    Mes doigts se mirent à s'agiter nerveusement sur les accoudoirs du fauteuil. Je me demandai s'il avait entendu mon baragouinage en entier. Le temps des révélations semblaient venu – puisque décidément Primo ne sortirait pas de cette maudite maison avant longtemps, il avait bien le temps de raconter sa vie – mais les yeux jaunes de l'homme me fixant semblaient toujours m'étrangler chaque fois que je les croisais, et ma phrase, qui n'était déjà pas très assurée à la base, s'étouffa d'elle-même. Pourtant, sa voix semblait s'être légèrement radoucie – contraste d'autant plus choquant que quelques secondes plus tôt elle était sèche, glaciale, terrifiante – et c'était ce qui m'avait sans doute incité à poursuivre mes explications, au départ. Mais il fallait dire qu'en plus d'un regard naturellement flippant braqué sur moi, j'avais toujours un flingue sous le nez qui était pour beaucoup dans mon comportement – on ne pouvait décemment pas tenir une conversation de la sorte, enfin! A mon humble avis, en tout cas. J'aurais du mal à me concentrer tant qu'il serait pointé sur ma personne. Prenant mon courage à deux mains, j'ouvris la bouche pour lui réclamer de lâcher enfin cette putain d'arme à feu mortelle, nom de Dieu et bon sang de bonsoir :

    « S'il te... S'il vous plaît? » marmonnai-je faiblement en désignant le pistolet du menton.

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MessageSujet: Re: "Tire la chevillette, la bobinette cherra" [PV Izaiah ♪]   Mer 26 Déc - 3:57

    Izaiah se dit qu'après tout, il aurait peut-être dû laisser filer l'énergumène tant qu'il en était encore temps, soit avant qu'il apprenne que l'autre était musicien. Violoniste, qui plus est. Car se mêlaient à présent deux sentiments contradictoires : celui de laisser partir l'individu sain et sauf, et celui de le garder encore un peu, ces deux comportements opposés étant basés sur un seul sentiment, celui de la nostalgie, et même, il répugnait à l'admettre, un peu de mélancolie, l'envie de retrouver un temps et un espace qui ne se présenteraient plus jamais à lui. Parce que les personnes qui le composaient, et qu'il avait aimé, n'étaient plus. Parce qu'il avait détruit celle qui lui était le plus cher de ses propres mains. Et que le violon qui le rattachait encore à ces années passées, il l'avait laissé tomber, au hasard des rues, entre les mains de deux petits malheureux qui lui rappelaient un peu trop sa sœur et lui, bien qu'il les ait à peine regardés. Cette envie de tourner le dos aux souvenirs, et le besoin d'aller vers le passé, il avait peur de les vivre en permanence. Il les ressentait, à chaque instant, bien qu'il essaie de s'en détourner. Le ruban dans sa poche le ramenait à sa sœur, tout comme un bout de robe volant derrière le coin d'une rue, un éclat de rire un peu trop vif, une mèche de cheveux filtrant sous un foulard. L'assassinat des siens, il le revivait en tirant dans la tête d'un homme à abattre, en apercevant un groupe de malheureux se serrant autour d'un feu, en entendant un bruit sec retentir dans l'air. Sa mère, c'était la bouche de celle-ci, son père, la main sur le comptoir, ses compagnons, un œil un peu bridé, une peau un peu trop sombre ou un peu trop blanche, des vêtements multicolores. Ils étaient partout.

    Et aujourd'hui, son passé s'invitait chez lui, en la personne d'un type qu'il ne connaissait ni d'Ève ni d'Adam et qui avait décidé que squatter la baraque qu'il squattait lui-même était une idée de génie. Il faillit sourire quand l'autre avoua ne pas prendre son violon pour ne pas risquer de le perdre au jeu. C'était ainsi que lui-même avait gagné l'instrument, en compagnie de sa sœur. Oh, ils avaient à peine triché, ce jour-là. Comme toutes les autres fois. Et puis, les hommes à qui ils l'avaient pris ne savaient sûrement pas en jouer – même si lui non plus ne savait pas à ce moment-là, s'il avait jamais vraiment su. Comme il n'avait jamais pris de cours, il avait bien positionné l'archet comme il avait pu, et les notes qui étaient sorties de la bête de bois, il avait appris à les reconnaître à l'oreille à défaut de savoir les écrire. Il ne s'était pas si mal débrouillé que ça, et c'était bien suffisant quand on voulait juste reproduire les mélodies que l'on entendait ou en inventer de petites pour le plaisir de gamins. Un côté de sa bouche se releva, en ce qui pouvait aussi bien être un sourire qu'un tic nerveux.

    S'ensuivit une nouvelle fois l'exposition de l'excuse bancale qu'il avait déjà entendu bon nombre de fois depuis le début de l'entretien. Et qui lui paraissait toujours aussi contestable. Mais enfin, si l'autre ne cessait de la psalmodier, c'était soit qu'il n'en avait pas trouvé d'autre dans l'urgence, soit que c'était la vérité. Comme il ne démordait pas de sa version, Izaiah choisit de ne plus y accorder d'importance, et accompagna la fin de la phrase d'un petit soupir et d'un mouvement las de la main, presque imperceptible. Il constata avec irritation que la simple mention du violon le ramollissait considérablement. Au point qu'il n'avait même pas envie de se faire violence pour brutaliser encore un peu le jeune homme. Il fallait croire qu'il en devenait presque coulant, ce qui était, somme toute, assez pitoyable. Il allait devoir mettre fin à leur entrevue assez rapidement, s'il ne voulait pas se ridiculiser davantage, et trainer son image de tueur impitoyable dans la boue – bien qu'on n'en soit pas encore arrivé à cette extrémité.

    Et voilà que maintenant, il rangeait son pistolet dans sa poche. Rien n'allait plus. C'était juste un putain de musicien (qui ne pouvait pas prouver qu'il l'était, d'ailleurs) qui se pointait chez lui comme une fleur, et il se laissait aller à faire ce qu'il lui disait. Sans le quitter des yeux, il posait l'arme, joignait les mains devant lui, les coudes sur les genoux. Il était calme, à présent. Il ignorait si cela se voyait de l'extérieur, mais la fatigue, l'irritation, la lassitude s'étaient enfuis au profit d'un certain intérêt, et même d'un début de sympathie. Heureusement que l'autre déguerpirait sans faire d'histoires dès qu'il lui en donnerait l'occasion – cela se voyait rien qu'à sa tête, incertaine et effrayée. Il était inutile d'accorder de l'importance à ces émotions, simplement nées de bribes de souvenirs remontés à la surface. Il lui en fallait donc bien peu pour se laisser aller en arrière. C'en était presque effrayant, cette volonté de garder près de soi des choses qui n'étaient plus, même si leur rappel n'était que factice. Cependant, il se devait de relâcher l'autre, s'il ne voulait pas l'éliminer.

    Il n'en avait pas encore totalement fini avec lui.

    Izaiah s'installa confortablement contre le dossier de son siège.

    « Quelle garantie aurais-je que tu ne vas pas raconter n'importe quoi sur moi dès que tu seras sorti d'ici? Ta survie mettrait en danger ma sécurité. »

    Hochement de menton. Vu l'énergumène, il pouvait tout aussi bien observer un silence religieux que raconter n'importe quoi à n'importe qui. Surtout qu'il avait laissé sous-entendre précédemment qu'il buvait – régulièrement ou de temps en temps, aucune importance, puisqu'une fois suffirait pour qu'Izaiah se retrouve compromis. S'il ne désirait pas le supprimer maintenant et par-là préserver son avenir, une seule solution s'offrait à lui : prendre ses dispositions pour une vengeance dans les règles en cas de problème. Ce qui commençait par la prise en note des coordonnées de la possible menace.

    « Donne-moi ton nom et ton lieu de résidence. Je veux pouvoir te retrouver en cas de besoin. »

    Pour que le terme de « besoin » soit assez clair, il se sentit obligé de le doubler d'un regard fugitif vers la crosse du pistolet qui dépassait de son pantalon.

    « Et ne raconte pas n'importe quoi. Je vérifierai tes dires. »

    Pour pouvoir te loger une balle dans la tête en cas de besoin. Même si je préférerais ne pas en arriver là.
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MessageSujet: Re: "Tire la chevillette, la bobinette cherra" [PV Izaiah ♪]   Lun 21 Jan - 1:50

    Aussi violemment qu'elle s'était levée, la tempête semblait être retombée.
    L'homme rangea son arme (je poussai aussitôt un soupir de soulagement), et, tranquillement, joignit ses mains devant lui avec une expression si calme qu'elle en était troublante. Où était passé le criminel en colère? Le sauvage assassin psychopathe? Celui qui avait l'air d'avoir la musique en horreur? Mine de rien, c'était encore plus déroutant de le voir ainsi – quand on s'habitue à un certain comportement, il est aisé de cerner peu à peu le personnage et ainsi d'éviter les gaffes. Mais là, le type semblait totalement imprévisible. C'était limite plus inquiétant.
    A moins que l'inconnu n'ait bluffé pour obtenir des explications plus rapidement? J'avais souvent eu affaire à ce genre de cas – avec des huissiers, notamment, ou bien des officiers de police (de sombres histoires que vous n'avez pas envie de connaître, je suis sûr). Pourtant, avec ma pratique, j'avais l'habitude de reconnaître ce genre de supercherie. Et je ne m'inquiétais pas, conforté par cette vérité absolue que ces agents de l'ordre, aussi menaçant soient-ils, font partis des "gentils" et ne dépasseront pas une certaine limite qui leur est imposé. Là, dans cette maison obscure, le type n'avait pas fait que jouer, en lui pointant son flingue sur la tempe. Ou bien il était très bon comédien, et il n'était pas un dangereux taré, et Primo n'avait jamais été en danger, et-

    « Quelle garantie aurais-je que tu ne vas pas raconter n'importe quoi sur moi dès que tu seras sorti d'ici? Ta survie mettrait en danger ma sécurité. »

    Ah, non. Ça aurait été trop beau, en effet. Rien n'avait changé : s'il y avait importance à préserver une identité secrète, alors l'identité en question devait-être des plus suspectes. Alors pourquoi ce changement de comportement? Primo avait-il réussi à persuader l'homme de par ses talents d'éloquence absolus? Avait-il des remords quant à la façon dont il traitait de pauvres inconnus innocents? Ou un coup de fatigue l'obligeant à écourter leur conversation (si c'en était une) pour pouvoir aller dormir tranquille? Rien à faire, je ne trouvais pas de réponse crédible.
    Plus important : le type semblait émettre de nouvelles réserves concernant sa remise en liberté. Si, après avoir survécu autant de temps, Primo devait ne jamais être relâché à cause de maudits soupçons, il y aurait vraiment une injustice en ce bas monde – et le destin prendrait la regrettable apparence d'une farce, ce qu'elle n'était pas loin d'être déjà. Paniqué, j'essayai de me justifier une fois de plus (« Mais non, je, heu, enfin ça n'arrivera pas, je, hum... - ») sans être convainquant. Foutu manque d'inspiration. Le type coupa court à mes baragouinages :

    « Donne-moi ton nom et ton lieu de résidence. Je veux pouvoir te retrouver en cas de besoin. »

    Le dernier mot était appuyé par un regard en direction de son pistolet, à sa ceinture. Au cas où je n'aurais pas bien compris quoi. Je déglutis, espérant que jamais un tel besoin ne se manifesterait chez l'autre timbré. Je n'imaginais pas s'il devait débarquer chez moi (enfin chez Alceus) en pleine nuit à cause de nouveaux malentendus...-
    Je relevai la tête aussitôt, un éclair de génie me traversant. Oh mais, évidemment. Il pouvait donner un nom et une adresse, rien ne l'obligeait à dire la vérité – qu'est-ce que le type en saurait, après tout, s'il donnait par exemple le nom de son cousin et...-

    « Et ne raconte pas n'importe quoi. Je vérifierai tes dires. »

    Encore raté. Bigre, ce type était drôlement prévoyant. Ou très habitué de ce genre de situations, je préférais ne pas le savoir. La déception dû passer un instant sur mon visage renfrogné, mais je la chassais bien vite, réfléchissant à toute vitesse. Cela valait-il le coup de mentir quand même, ou bien cela serait-il d'avantage dangereux que lui donner ses exactes coordonnées et un moyen de pression à la clef? Mal à l'aise, je finis par me redresser, m'enfonçant un peu plus dans le fauteuil au passage, pour marmonner à contrecœur :

    « Feliciano. J'habite chez l'Évêque de Turin, dans le quartier Ouest – j'oublie toujours le numéro exact. »

    C'était presque vrai. Disons que je ne m'en rappelais qu'une fois sur deux – et dans ce genre de situations encore moins – et de toute façon, vu la taille de la maison ce n'était jamais bien difficile pour moi de retrouver le chemin. Si cela ne suffisait pas, le nom influent était censé pallier à ce manque de précision – tout en dissuadant le malfaiteur d'une quelconque action criminelle. Pas sûr que ça marche, si le type était du genre païen il devait même pas connaître ces réputées seigneuries, mais je n'avais rien à perdre à le citer. Peut-être même que l'homme y accorderait plus d'importance qu'à mon identité à moi, que je m'étais empressé de souffler en espérant que le bonhomme l'entendrait mal, qu'il risquerait de l'écorcher ou mieux, de l'oublier.
    Mes doigts se remirent à pianoter l'accoudoir nerveusement. Je sentais que l'inconnu, puisqu'il semblait avoir décidé de ne pas me tuer (pas aujourd'hui, en tout cas), n'aurait pas de raison de me retenir plus longtemps, et approcher de la délivrance me rendait... impatient.

    « Vous en avez fini, maintenant? » soufflai-je, après une hésitation.

    … Dangereusement impatient.

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MessageSujet: Re: "Tire la chevillette, la bobinette cherra" [PV Izaiah ♪]   Mer 22 Mai - 3:23

    Il se rappelait l'herbe sèche, presque de la paille, qui piquait leurs genoux quand ils s'asseyaient entre les roulottes pour sortir l'objet volé, dont ils savaient si mal se servir et qui les fascinait, pourtant. Sa petite sœur râlait que sa jupe n'était pas assez longue pour protéger correctement ses jambes, il lui répondait qu'il n'en avait rien à faire, avant de lui passer sa veste, cédant à la moue boudeuse qu'elle affichait et dont il se moquait gentiment. Ou moins gentiment, mais dans ses souvenirs, même les reproches prenaient un charme insoupçonné. Quand il se rappelait, la pluie était synonyme de flaques, et non plus des dures heures passées à tenter de dégager les roues des voitures qui s'étaient enlisées dans la terre. Le soleil, ce n'était plus les villageois qui s'enhardissaient à trainer autour de leur camp dans l'espoir de leur piquer quelque chose, qu'ils montreraient ensuite comme un trophée auprès des leurs, à alpaguer une fille, qu'elle soit enfant, femme ou jeunette, lui faisant forcément des propositions indécentes, confondant tziganes et prostituées, à insulter les enfants qui passaient, à menacer les hommes. Il n'y voyaient que les cercles de ses congénères et les jeux des siens, tirant au bout d'une ficelle une chèvre achetée à un paysan en passant, lançant des dés piqués à un poivrot du coin, ou se poursuivant les uns les autres, tombant, se relevant après de brefs pleurs. La nuit ne représentait plus pour lui l'inquiétude des ennuis qu'on leur causait parfois, ou les animaux sauvages qui, dans quelques milieux hostiles, osaient tourner autour de leur campement. Il n'y voyait que les chants et la jupe de sa mère qui ondulait devant le feu, le grattement des guitares, les yeux des enfants qui se fermaient.

    Le soleil tapait sur leurs cheveux, au point qu'ils finissaient par en devenir brulants, et qu'ils devaient aller s'abriter sous des arbres environnants, désertant les environs du camp. Les cordes finissaient par lui faire mal, le bout de ses doigts devenait parfois douloureux, son poignet avait du mal à manier l'archet, et les notes qui sortaient de la petite forme de bois étaient souvent discordantes. Quand une note se révélait plus fausse qu'une autre, la petite se moquait, le pointait du doigt et lui disait qu'il ne serait jamais assez bon pour le public, s'il continuait de manière aussi médiocre. Il lui répondait que, n'ayant jamais essayé, elle devait être encore plus mauvaise que lui. Elle demandait alors à essayer. Il refusait. Elle se taisait, faisait une grimace qui le traitait silencieusement d'égoïste, et les morceaux massacrés continuaient de s'élever, jusqu'à ce qu'ils croient entendre les cris de leur mère à l'horizon, et se décident à prendre le chemin de la maison.

    Aujourd'hui, il se sentait ridicule d'idéaliser à ce point les événements de son enfance. Ils avaient eu des problèmes, des disputes, des dissensions dans leur communauté. Ils avaient essuyé décès, des départs, des abandons. Parfois, ils n'avaient pas eu assez à manger, parfois, on était venu les chasser à coups de pierres de l'endroit où ils s'étaient installés. Mais ces souvenirs s'étaient embellis au fil du temps, et il s'y sentait trop attaché pour s'en détacher complètement. Peut-être, aussi, que ce paradis perdu justifiait ce qu'il était devenu, et que le renier serait pointer ses erreurs. C'était compliqué. Et il n'avait pas tellement envie de creuser ce genre de choses. Il n'était pas vraiment homme de réflexion après tout. Il préférait ne pas se rendre compte. Il voulait mener sa vie sans interroger constamment, et jusqu'ici, cela lui avait plutôt réussi.

    Il retint une mimique agacée devant le manque de mémoire du jeune homme. Il détestait avoir à chercher quelque chose quand un simple geste aurait pu lui épargner beaucoup d'efforts, mais il décida de ne pas s'en formaliser. Tout ce cirque commençait à le fatiguer. Il crut l'étrangler quand il demanda si c'était fini. Il se retint cependant de lui faire comprendre ce qu'il pensait de ses réflexions en lui faisant manger son pistolet, ou en lui décochant un coup en pleine tête. Ou en lui arrachant les cheveux pour s'en faire un chapeau. Il lui manquait justement un couvre-chef pour l'hiver. Mais, au lieu de cela, il se pencha vers lui, les sourcils foncés.

    « Non seulement tu n'es pas fichu de te rappeler ton adresse en entier, mais en plus tu te crois permis de me questionner? Tu te fiches de moi ou quoi? »

    Il détestait ce genre de réflexion, qui semblait quêter une faveur, tout en contenant son lot d'insolence. Posant son pistolet sur sa cuisse, il s'étira un moment, déliant ses muscles comme un fauve s'apprêtant à sauter sur sa proie, sans quitter son interlocuteur des yeux.

    « Je te raccompagne jusqu'à chez toi, de toute façon. Histoire de repérer les lieux au cas-où. »

    Ne manquerait plus que l'autre l'ait pigeonné avec une fausse adresse pour pimenter sa journée. Après tout, cela lui semblait un peu fou que cet abruti habite chez un des cul-bénis de la ville, et fortuné, en plus. Il avait plutôt une tête à crécher dans un boui-boui crasseux, en tentant vainement de survivre. Mais il dramatisait peut-être le tableau à cause de l'énervement que lui avait causé sa présence. Il était possible que ce soit un talentueux jeune homme pieux au service de l'Église. Possible.

    « Et si jamais tu avais l'audace de te poser la question, c'est pas négociable, compris? »

    On ne savait jamais, des fois qu'il se fasse encore quelques illusions sur sa magnanimité. Et qu'il s'imagine qu'il pouvait le rouler comme un vulgaire débutant.

    « Les mioches sont vraiment mal-élevés, de nos jours. »

    Il avait comme l'impression de faire preuve d'une extrême mauvaise foi. Il secoua la tête. Bien sûr que non, un type qui en séquestrait un autre tout en le menaçant ne manquait pas à la politesse. Il servait ses intérêts, voilà tout, comme il l'avait toujours fait.

    Il allait quand même falloir qu'il pense à le libérer, ce pauvre garçon. Certes, il avait eu envie de le frapper durant les trois-quarts de la conversation, mais il commençait à lui faire un peu pitié, au fond.

    Il était peut-être temps de se mettre en route.
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Primo

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MessageSujet: Re: "Tire la chevillette, la bobinette cherra" [PV Izaiah ♪]   Jeu 25 Juil - 0:43


    « Non seulement tu n'es pas fichu de te rappeler ton adresse en entier, mais en plus tu te crois permis de me questionner? Tu te fiches de moi ou quoi? »

    Aussi rapidement qu'il avait disparu, le sauvage assassin était réapparu face à Primo. Le jeune musicien ouvrit la bouche – la referma aussitôt avant de dire une nouvelle bêtise, mû par un instinct de survie à la vue de l'homme, de son regard de fauve et de son flingue de nouveau à portée de main. La dernière question, surtout, était de celles auxquelles il ne fallait absolument pas répondre sous peine d'aggraver la situation. Ça, Primo l'avait appris de son frère, couramment de mauvaise humeur et abonné aux questions rhétoriques du même genre. Le bref souvenir de Silvio me donnant une claque à l'arrière de la tête acheva de me convaincre de me taire.

    « Je te raccompagne jusqu'à chez toi, de toute façon. Histoire de repérer les lieux au cas-où. Et si jamais tu avais l'audace de te poser la question, c'est pas négociable, compris? » ajouta-t-il avec un regard de tueur.

    Je n'allais même pas poser la question, en plus. J'avais juste été tenté de lui faire remarquer qu'il n'était pas obligé de faire preuve de tant de galanteries avec moi. Encore une fois, étant la prudence même (si si, vraiment), je me retins de parler.

    « Les mioches sont vraiment mal-élevés, de nos jours.
    - Le mioche a vingt ans et il t'emm...- »

    Le mioche interrompit juste à temps sa phrase dans une quinte de toux factice. Dommage, jusqu'à présent il avait réussi à la mettre en veilleuse. Mais c'était plus fort que lui, Primo le magifique détestait être rabaissé. Ça avait tendance à me rappeler la crise d'adolescence de mon cousin – jamais il n'avait été aussi insupportable. Bien que même après ça il n'était toujours pas agréable à vivre, en fait.
    Je me rendis compte que je n'avais plus vraiment peur de l'inconnu. Enfin, s'il pointait soudainement son flingue vers moi en hurlant, bien sûr je ferais de nouveau un arrêt cardiaque. Mais le fait qu'il n'ait rien attenté contre moi (à part des menaces) depuis une bonne dizaine de minutes (autant dire une heure, dans ce genre de situation) me faisait agréablement croire en ma survie. Le comparer à mon frère et à Alceus, aussi, le rendait moins effrayant. Une petite voix, très loin, criait toujours sourdement « erreur! » – comme à l'homme enfermé dans la cage au loup, que la bête n'attaque pas et que l'homme commence imprudemment à comparer à un chien en se détendant – mais je préférai écouter seulement ce qui m'arrangeait.
    De toute façon (à moins que l'homme ne soit vraiment un sadique psychopathe et monte toute une mise en scène, juste pour me faire espérer jusqu'au moment où je finirais avec une balle entre les deux yeux), j'étais presque libre. Même si j'en mourrais d'envie, je ne me levais pas quand l'homme alla à sa porte pousser le meuble qui le barricadait. J'attendais que la porte soit grande ouverte, et qu'il m'invite (à sa façon, bien sûr) à sortir et à avancer dans la rue.
    L'idée m'effleura de courir loin, hors de portée de l'homme – dont je n'avais toujours pas le nom, et que je n'aurais sans doute jamais. Déjà qu'il râlait parce que j'avais découvert son chez-lui! – mais s'effaça bien vite. Rien ne l'empêcherait de me flinguer à distance. Et puis, de toute façon j'avais déjà donné mon nom et mon adresse, alors foutu pour foutu... J'avançais donc avec lui dans les rues. Je ne savais pas trop qui guidait l'autre, dans l'histoire, en tout cas nous nous dirigions tous deux vers le même endroit. Et plus j'en approchais, plus je traînais des pieds – il faudrait que je demande à Alceus de toucher deux mots à l'Évêque, histoire de savoir s'il n'avait pas un pavillon secondaire à me prêter quelques temps. Ou s'il ne pourrait pas me payer l'hôtel. Enfin, la maison fut en vue ; au milieu de la rue, une sorte de gigantesque bâtiment blanc (entretenus aux frais de l'Église et de ses fidèles) dépassait tous les autres. Je m'arrêtais là, en bas de la rue – espérant ainsi que l'homme se contenterait de me laisser ici plutôt que de m'accompagner jusqu'à la porte même de la maison.

    « Voilà, c'est ici... Eh bien, heu, ce fut un honneur de vous rencontrer, à la prochaine, haha. » fis-je nerveusement.

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MessageSujet: Re: "Tire la chevillette, la bobinette cherra" [PV Izaiah ♪]   Sam 8 Mar - 0:48


    Il leva les yeux au ciel de manière imperceptible, mais se tut. Le mioche commençait vraiment à le fatiguer, et il s'interrogeait pour savoir si malgré sa pitié et sa nostalgie, le mieux n'était pas de l'abattre tout de suite, histoire d'éviter à d'autres de le faire. Il se demandait s'il se trouvait des gens pour le supporter, si c'était seulement lui que sa conversation avait tendance à irriter. Pourtant, il se serait pensé assez impressionnant (et si ce n'était pas lui, un pistolet marchait en général assez bien) pour réduire au silence n'importe quel avorton. Malheureusement, celui-ci ne semblait pas vraiment décidé à se laisser faire, à son grand dam. Il renonça à lui faire rentrer dans la gorge le terme peu reluisant qu'il avait entamé, décida qu'il s'était censuré tout seul et qu'il devait certainement sentir le danger de continuer, et se tut. Il avait des affaires plus importantes que descendre un gosse. Ou lui faire la morale. De toute façon, celui-ci avait l'air d'avoir la tête plus dure que du plomb, et il n'avait pas vraiment la fibre paternelle. Il s'était tellement entraîné à se protéger et à se fondre dans la masse qu'il pensait même ne pas avoir de fibre du tout, mais c'était une autre paire de manches, dont il n'avait pas envie de débattre pour l'instant.

    Ils se dirigeaient dans les rues, de plus en plus lentement. Il soupira. Quel manque de dynamisme. Il espérait qu'au moins, le petit ne cherchait pas à le perdre dans la ville. Ou pire, le mener dans un traquenard de voyous. Il regarda le haut de son crâne, où des cheveux noirs valdinguaient au rythme de sa marche. Il n'avait pas une tête de voyou. Tout au plus une tête d'abruti, ce qui était parfois plus dangereux. Il lâcha un nouveau soupir. Mieux valait ne pas chercher les complications, larguer l'autre chez lui, attendre s'il y avait des répercutions, et aviser ensuite. Il en avait assez de se torturer l'esprit à chercher les tenants et les aboutissants de toutes les situations. Il s'était parfois vaguement demandé s'il n'aurait pas mieux fait de tout abandonner, se racheter un violon et partir sur les routes. Ou travailler dans une ferme, tout bêtement. Ou entrer en apprentissage, certes tardif, chez n'importe quel commerçant, mais il avait vite renoncé. C'était bien trop compliqué de se sortir de ce milieu, et il n'avait pas la force de se réhabituer à autre chose. Le quotidien, quoique meurtrier, restait une chose rassurante. Et l'action permettait de laisser les souvenirs très loin. Plus loin qu'il ne l'aurait voulu, peut-être. Il avait parfois du mal à se souvenir des visages de ceux qui l'entouraient, autrefois. C'était à la fois un soulagement, et un constat très douloureux, qu'il rejetait au plus profond de lui. Réfléchir à cela était trop compliqué. Le présent était simple, dynamique, presque scientifique. Il l'aimait pour cela, et c'était la raison qui lui faisait supporter cette existence.

    Autour de lui, les quartiers devenaient de plus en plus chics, et il se renfrogna. C'était les personnes qui vivaient dans ces maisons qui avaient ruiné sa vie. Qu'est-ce qui l'empêchait, lui aussi, de se ruer dans leurs maisons et d'assassiner leurs enfants, de mettre le feu à leurs meubles et de violer les filles? Il pourrait en détruire quelques-unes avant qu'on ne l'arrête. Il secoua la tête. Ceux qui lui avaient causé du tort étaient loin. Ces gens auraient pu être eux, mais ils ne l'étaient pas. Il les méprisait, mais il ne les haïssait pas vraiment. Tout au plus quelques nuits, quand il faisait très noir et que l'obscurité semblait appuyer la terre comme une chape de plomb impossible à soulever. Pourquoi les tuer? Il n'en tirerait aucun bénéfice. Contre de l'argent, ce serait différent, mais il n'y en avait pas à la clef. A sa droite, une petite fille endimanchée surgit, courant derrière un petit chien qui s'engluait à chaque pas dans la boue. Quand il passa devant elle, elle le fixa de ses yeux verts, l'animal dans ses bras, jappant tranquillement. Il tourna la tête, regardant droit devant lui. Du coin de sa paupière, il vit une grande femme, osseuse et blonde, sortir de la maison et saisir la main de la gamine. Sa mère, peut-être? Il serra doucement les poings. Un ruban caressa ses phalanges.

    Ils s'arrêtèrent en plein milieu de la rue, et le gamin essaya de se débarrasser de lui sans le mener là où il l'avait demandé. Il fronça les sourcils, pinça les lèvres, et s'arrangea pour sortir de son manteau la crosse du pistolet, qui étincela un instant dans la lumière. Il était peut-être excessivement prudent, mais il voulait voir la demeure de ses propres yeux. Tous ces bâtiments bourgeois se ressemblaient atrocement à ses yeux, il devait donc graver dans sa mémoire la façade de celle qui l'intéressait, pour ne pas risquer de la confondre avec les autres. Il saisit le garçon par l'épaule, la serra et le força à se retourner. Il se pencha à son oreille, dans son dos.

    « N'essaie pas de te défiler, et marche. »

    Il le poussa devant lui sans ménagements, puis adressa un sourire qui se voulait rassurant à l'homme à perruque qui les regardait d'un air curieux. Aussitôt que celui-ci eut tourné la tête, son air froid revint s'installer sur son visage et il fit comprendre à son compagnon qu'il entendait bien aller jusqu'au bout de sa démarche.

    « Ne sois pas idiot, plus tôt tu me montres ce que je cherche, et plus tôt tu te tailles. »

    Il ignorait si sa voix sonnait comme une menace ou un conseil. Peut-être un peu des deux. Il n'avait pas envie de faire du mal au petit au violon. Cela aurait pu être à lui qu'il avait donné le sien, des années auparavant. Et s'il savait que c'était quasiment impossible, il ne pouvait s'empêcher d'éprouver un sentiment diffus où se mêlait la nostalgie, la pitié, la colère et l'envie. A mi-chemin entre deux émotions contradictoires, il avait à la fois le désir de fuir le plus loin possible des éléments qui lui rappelaient le temps d'avant, et celui, plus diffus, de côtoyer cette atmosphère du passé. Il replaça sa main sur l'épaule du gamin, autant pour s'assurer de sa présence que pour se laisser guider.

    « Et si tu continues à me contrarier, je pourrais bien avoir envie de te suivre à l'intérieur pour t'entendre jouer. »

    Un rire tremblota sur ses lèvres, et il fut incapable de savoir s'il était plus proche de la joie ou des larmes.

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MessageSujet: Re: "Tire la chevillette, la bobinette cherra" [PV Izaiah ♪]   Ven 16 Mai - 12:06

La crosse du pistolet étincela un instant sous la lune, de façon brève mais assez explicitement.

« N'essaie pas de te défiler, et marche. »

Je lançais un regard implorant au passant non loin de nous, mais il détourna bien vite son regard bovin de la scène qu'il n'avait même pas été fichu de comprendre comme il fallait – non, ce dangereux individu n'est pas mon ami, alors aidez-moi bon sang ! Il poursuivit son chemin, rassuré par le comportement trompeur du preneur d'otage avisé. A croire qu'il avait l'habitude de menacer des types tous les jours devant tout le monde sans que personne ne remarque rien. Poussé sans aucune délicatesse, je n'eus d'autre choix que de continuer à avancer vers la maison de l'Évêque.
Je me demandais quand est-ce qu'il serait enfin satisfait. « Ce qu'il cherchait », ça pouvait aussi bien être le portail, que la porte d'entrée à l'intérieure de la cour – jusqu'où allait-il accompagner Primo comme s'il était un gosse qu'on emmenait chez son camarade, sous surveillance ? C'était lourd, autant qu'inquiétant, même s'il affirmait le contraire. J'avais cette impression angoissante que malgré ce qu'il prétendait, jamais je n'en aurais fini avec ce moment traumatisant : qu'il trouverait toujours un moyen de me garder encore un peu sous le coude, juste pour être sûr, vraiment, que je n'irais rien raconter à personne.

« Et si tu continues à me contrarier, je pourrais bien avoir envie de te suivre à l'intérieur pour t'entendre jouer. »

… Bah tiens, il l'aurait vu venir celle-là. Le ricanement de l'homme me fit froid dans le dos, même s'il semblait aussi nerveux que moi, pour une raison inconnue. Mais sa main de nouveau sur mon épaule détourna mon attention de cette question – elle concrétisait l'inquiétude sourde que j'éprouvais à l'idée que l'inconnu veuille réellement entrer chez moi. La peur vieille comme le monde de laisser pénétrer le loup dans sa maison : il suffirait qu'il y mette les pieds une fois, rien qu'une seule, pour qu'ensuite je l'imagine toutes les nuits caché dans mon placard ou sous mon lit – et non, ça n'avait rien de ridicule.
Sans réfléchir, je marmonnais :

« Vous ne pourriez pas entrer de toute façon, en tout cas pas armé. Il y a un gardien. »

Bon, en fait, personne n'ayant jamais tenté de s'introduire chez l'Évêque, le fameux gardien était plutôt devenu une sorte de domestique chargé d'ouvrir la porte. Mais ça, l'inconnu n'était pas obligé de le savoir. Encore moins s'il prévoyait une petite incursion chez sa Sainteté une nuit. Brrr.

« Et puis si vous ne me croyez pas, je joue au cabaret la semaine prochaine. »

Voilà, comme ça il aurait même une preuve que le grand Primo était vraiment musicien. C'est vrai quoi, c'était énervant cette manie de tout suspecter, sous prétexte qu'ils ne se connaissaient pas. Même s'il s'agissait d'un concert non officiel, censé rembourser une vieille dette que j'avais – c'était ça, ou Primo ne pourrait plus remettre les pieds au cabaret – cela devrait bien suffire à prouver mon métier, et au passage mon talent. Et toc.
Je réalisai que je venais à l'instant d'inviter l'homme le plus terrifiant du monde à me retrouver.

« Ceci dit, vous êtes pas obligé, ajoutai-je précipitamment. C'est ici. »

Chemin faisant, nous étions effectivement arrivés au portail de la résidence. Je me dégageai de la main de l'homme pour lui faire face – et vérifier ainsi qu'il n'avait pas sorti de nouveau son arme. J'aurais bien voulu me précipiter dans la cour, entrer me mettre à l'abri et ne plus quitter ma chambre de la semaine – au diable l'avis d'Alceus à ce sujet, cette fois, j'avais un bon prétexte pour la réclusion – mais je doutais que l'inconnu me laisse faire. Je n'avais plus qu'à m'agiter dans mes chaussures jusqu'à ce qu'enfin, l'homme m'autorise à rentrer chez moi et à l'oublier.


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MessageSujet: Re: "Tire la chevillette, la bobinette cherra" [PV Izaiah ♪]   Ven 30 Mai - 0:39

Il la voyait donc, cette fameuse maison. Il réprima une grimace de dégoût. Elle semblait si propre, si lisse, qu'il répugnait rien qu'à l'idée de rentrer à l'intérieur. Cela devait être impersonnel, si froid, et tout recroquevillé dans le silence. Sa bouche se tordit dans une moue désobligeante. Un instant, il crut entendre une mélodie raisonner dans un coin de sa tête, et il sentit presque le feu chauffer sa joue gauche. Mais quand il voulut attraper cette chaleur, il ne trouva que sa peau froide sous ses doigts, et son regard ne rencontra que celui d'une petite fille aux yeux bruns, qui le fixait d'un air pénétrant. Il fit un signe de la main pour l'obliger à partir, et ne récolta qu'un froncement de sourcils méprisant, avant qu'elle ne tourne les talons, ses petits pieds résonnant sur la terre de la rue. Il reporta son attention sur la demeure. Absolument rien ne bougeait derrière les rideaux. Tout était tranquille. Sa manœuvre passerait donc sûrement inaperçue. Tant mieux, il ne recherchait pas les complications. Il préférait faire son travail sans bavures.

Le jeune homme, en tout cas, ne semblait pas avoir remisé sa nervosité au placard. Il pouvait le voir à la crispation de ses épaules, à son ton sec et mesuré quand il lui adressait la parole. Il retint un autre ricanement quand il l'entendit mentionner un gardien. Ce n'était pas cela qui l'avait jamais arrêté, et si Primo voulait compter là-dessus, il serait cruellement déçu. Et il était toujours armé. C'était une règle fondamentale de sécurité quand on exerçait le métier. Il avait toujours été rigoureux, de toute façon. Il maîtrisait mal sa colère, certes, mais jusqu'ici, il avait toujours réussi à limiter les bourdes. Ses missions se passaient plutôt bien, en règle générale. Les clients étaient satisfaits. Lui aussi. Cela faisait bouillir la marmite.

Il écarquilla légèrement les yeux en entendant Primo mentionner le cabaret, puis éclata de rire quand il se rétracta brusquement. Il eut presque envie de lui taper sur l'épaule, mais se retint. Le gamin avait déjà l'air assez effrayé comme ça. En revanche, il ne résista pas à l'envie de faire un petit commentaire.

« Merci pour l'information. Je ne manquerai pas de venir t'applaudir, un de ces jours. »

En règle générale, il ne se risquait pas au cabaret. Trop de monde, trop de lumière. Trop de filles aussi, qui avaient tendance à pépier plus que de raison. Il aimait bien les femmes, certes, mais celles qui se taisaient. Qui étaient posées. Et pas en si grand nombre. Elles étaient comme des troupeaux de moutons : en groupe, le bruit devenait intolérable. Du coup, quand un besoin particulier lui venait, la cible qu'il choisissait était toujours seule. En générale, il s'agissait de filles assez communes. Il les trouvait presque interchangeables, d'ailleurs. C'était parce que la singularité était dérangeante. Il avait eu une amante, une fois, avec un sixième doigt à la main droite, et c'était la seule qui s'était risquée à poser des questions. Il ne l'avait plus jamais revue, même s'il l'avait cru, une fois, dans la rue, mais elle avait disparu, très vite, à un coin, et sa main était cachée dans les replis de son manteau. Il avait fixé l'endroit où il l'avait perdue pendant un long moment, mais elle n'était pas revenue. Il l'aimait bien, cette fille. Il aurait apprécié la rencontrer une nouvelle fois, en fait.

Pas comme Primo, qui lui était tombé sur le coin de la tronche sans qu'il n'ait rien demandé à personne, et qui n'était même pas utilisable comme une femme. Il poussa un soupir, puis fit un geste de la main.

« Allez, casse-toi, et que je ne te revois plus. »

Primo, c'était différent. Ce n'était pas un homme, c'était des souvenirs, et c'était assez désagréable. Ses yeux, c'était celui de la maman qui racontait les histoires aux petits quand ils refusaient d'aller dormir et que tous les autres en avaient assez de leur dire d'aller se coucher. Ses cheveux, c'étaient ceux des petits sœurs qui couraient dans les champs et chipaient des bouts de tissus chamarrés dans les marchés des villages pour les accrocher à leurs mèches. Et le violon qu'il mentionnait, c'était celui sur lequel il avait joué, maintes fois, pour les siens, avec ses doigts maladroits, pour des notes qui ne sonnaient pas toujours justes, et des mélodies parfois tremblotantes, qui avaient tendance à donner aux paysages des teintes fantomatiques donnant des envies de légende et de loups-garous. C'était celui sur lequel il s'était acharné, des années durant, pour apprendre, apprendre seul, réussir, échouer, s'énerver sous les rires. C'était son travail, l'attente de ceux qui aimaient l'écouter, et à cet instrument se mêlaient tous les autres, ceux des parents, ceux des anciens, qui jouaient ensemble pour le plaisir de voir tourner les jupes de leurs femmes et de leurs enfants. Autour de lui flottait une odeur de cendres.

Il se retourna pour partir.

« Et évite de rentrer chez les gens n'importe comment. Ce sera plus prudent. »

Soudainement, la maison qui l'attendait lui parut bien froide. Bien plus que la demeure à laquelle il tournait le dos. Il frissonna. C'était idiot. Au moins, là-bas, il serait tranquille. Il pourrait faire ce qu'il voulait, sans se préoccuper d'un jeune abruti qui risquait de le mettre en danger un jour ou l'autre. Du coin de l'œil, il voyait toujours le portail, et derrière, quelques aspects du jardin qu'il renfermait. Il se sentait tellement idiot. Il espérait qu'il ne pleuvrait pas avant qu'il ne puisse rentrer chez lui. Et s'il cherchait un autre abri, d'ailleurs ? La sécurité de celui-ci paraissait un peu compromise, au vu de la petite aventure du jour. Il continua à marcher, et ses pas lui parurent vides.

Autour de lui résonnaient des rires et des chants, aux mots à demi-effacés par le temps. Des ombres passèrent, avec des volants qui remontaient par-dessus leur tête, et des teintes vives dans l'obscurité. Il caressa dans sa poche un petit ruban tout doux et abimé par les années, crissant sous sa main.

FIN
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