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 Déchirure à double tranchant [PV Evan][Terminé]

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MessageSujet: Déchirure à double tranchant [PV Evan][Terminé]   Sam 27 Aoû - 19:31

Je m'étais préparée avec soin. Comme je le faisais toujours quand je sortais vendre mes fleurs. J'avais profité de cette belle journée pour traîner un peu dans les rues. Ne rejoignant pas directement mon coin habituel. Le panier dans les bras, je marchais légèrement sur les pavés. Mon quartier était malfamé. Pourtant, je ne m'en souciais guère. On voyait rarement des jeunes filles dans ce genre d'endroit. Et encore moins comme moi. Jeunes, naïves au premier aspect. Ce qu'on pensait de moi m'était égal. Mais qu'importe. Je tapais les pavés du pieds avec assurance. J'étais née ici, et je connaissais bien le monde. Même le pire. Et puis, j'avais mon frère pour me protéger. Oui, je n'étais plus seule maintenant. Enfin...

Les minutes ne furent pas longues avant d'arriver au rebord de pierre, auquel je venais avec mon panier. Ici, c'était ensoleillé, et la fréquentation était plus agréable. J'étais ravie d'y venir chaque jour, vendre, ce qui me paraissait, le plus cadeau de la nature. Les plantes. Souvent, on ne m'achetait rien. Je les offrait finalement. Je suis idiote, je le sais bien. Mon frère me le dit si souvent, que je finis pas penser qu'il a sans doute raison. Mais j'aime tant voir les gens heureux, que j'aime leur offrir de bon cœur. Parfois, on me dit que je devrais changer. Mais c'est tout à fait impossible. Je suis comme je suis. Et il faut m'aimer ainsi. Ou ne pas m'aimer du tout. Avec moi, il n'y a jamais de juste mesure.

Alors que je me penchais pour ramasser une fleur tombée, j'entendis le bruit d'un déchirement de tissu. Immédiatement, je me redressa. Effrayée, je me suis tournée, m’apercevant avec horreur d'un accrochage, près du mur, un clou ? En tout cas, quelque chose qui déchira le bas de ma robe. J'en lâchai mon panier de beauté. J'étais catastrophée. Moi, j'avais économisée deux mois, pour m'acheter cette robe qui pourtant, ne coutait presque rien. J'étais si triste, que je me suis appuyée contre le mur, panier au pieds. Et t'ai eu beau tenté de me retenir, c'était trop. Mes larmes ont commencées à couler. En silence, je pleurais en pleine rue.

Pour une Robe.


Dernière édition par Opale le Jeu 1 Sep - 20:59, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Déchirure à double tranchant [PV Evan][Terminé]   Sam 27 Aoû - 21:05

    Le hasard, certainement.

    Je n'étais pas censé me reposer aujourd'hui. Le seul temps libre que je m'accordais en ce moment _ oui car si je ne le faisais pas, je risquais bien de devenir fou à therme _ ne durait qu'une demi-journée en milieu semaine. Le reste du temps, je me trouvais dans mon atelier à résoudre mille et un problèmes pour satisfaire tous mes clients jusqu'au moindre pli, au moindre bouton, au moindre fil. Il fallait que mon travail soit parfait, somptueux et qu'il réponde à toutes leurs attentes. Hélas, la plus grande majorité du temps cela m'était impossible d'être aussi rapide que pour une commande commune. Et des commandes simples, je n'en avais pratiquement plus, dorénavant. Depuis que la cours me connaissait, je me voyais de refuser quelques créations trop banales et pas assez rentables.
    Enfin, toujours était-il que je n'avais rien à faire dans ces rues, à prendre l'air. Mais mon corps en avait ressenti le besoin. Et c'est ainsi que j'avais fermé ma boutique derrière moi, quittant un instant mon travail de longue haleine pour me retrouver devant cette fille.

    Comme toujours, je n'étais pas habillé suffisament correctement pour que l'on puisse dire que ma toilette était impécable. Loin de là. En fait, j'étais tout simplement négligé. Mais là était mon charme, et je le savais bien. C'était d'ailleurs pour cette raison que je ne faisais pas plus attention à mon apparence. De plus, ce charme là avait tendance à attirer les demoiselles _ voir les vieilles baronnes, ce qui était franchement moins ragoutant _ ce qui expliquait que les trois quarts de mes clients étaient du sexe opposé. Et tant mieux pour moi. Les robes étaient de loin ce qui je préférais confexionner. Même si la pose des baleines était complexe.
    J'étais donc vêtu de vêtements taillés dans des tissus nobles, les pans de ma chemise blanche ressortant comme à l'habitude, couverts d'épingles. Mon pantalon vert bouteille tombait sur mes chaussures males entretenues. Mon pendentif bleu azuré frapait ma poitrine à mesure que je marchais. Mes poches contenaient quelques bobines de fils colorés. Les manches remontées, une main tenant ma cigarette, l'autre dans mes cheveux blonds en batailles. Voilà qui résumait fort bien mon acoutrement de tout les jours.

    Je m'arrêtais devant un tableau plutôt triste. Tristesse qui m'attira l'oeil. Par habitude, je ne cherchais pas vraiment le contact avec les gens en général. Mais là, ce n'était qu'une impulsion qui m'y entraina. Et voilà comment je me retrouvais à prononcer ces quelques mots...

    - Y a-t-il un problème, belle demoiselle ?

    Belle, belle. C'était vite dit ! M'enfin, formule de politesse exige. J'étais bien obligé de m'y contraindre...
    En théorie, nous étions du même rang social, si on oubliait mes vêtements de valeur (bien effacés sous ma négligeance). Bien que j'étais en plein essort à ce moment là. La situation n'avait donc rien de spécial si ce n'était le fait qu'elle pleurait. Du moins c'était ce que j'avais pu constater en voyant ses larmes s'éclater sur sa robe. Je ne voyais pas encore son visage et j'en étais ravi, car la tristesse des autres avait tendance à me rappeller la mienne. Cependant, il me semblait avoir déjà vu cette chevelure. Seulement l'avoir aperçue, au loin, au dédale d'une ruelle certainement.
    Je sentais vaguement le parfum fleuri qu'elle émanait _ à moins que ce ne soit son panier _ à travers l'odeur du tabac.
    J'étais conscient que mon visage ne refletait pas une once d'intérêt, mais pour l'instant, ce n'était que les mots qui importait. Et elle devrait se satisfaire de cela. Ce c'était déjà pas dans mes coutumes d'intérompre mes pauses durement méritées _ quoique celle-ci ne l'étais pas tant que ça _, il ne fallait pas s'attendre à plus d'extravagance de ma part.


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MessageSujet: Re: Déchirure à double tranchant [PV Evan][Terminé]   Sam 27 Aoû - 22:47

  • - Y a-t-il un problème, belle demoiselle ?

    Une voix. Masculine, grave. Ce genre de voix qui me le rappelait lui. A mon grand désarroi. J'avais toujours mes mains qui me tenaient le visage. Il ne pouvait pas me voir. Alors, pourquoi s’embarrasser d'un compliment inutile. Inutile car sans doute non sincère. Je savais à quoi je ressemblais. Et loin de moi l'idée de me dire belle ou même mignonne. J'étais une fille tout ce qu'il a du plus banal. En tout cas je l'avais toujours pensé. Et puis, mes proches ne m'avaient jamais vraiment prétendu du contraire. J'étais naïve ? C'est souvent ce qu'on disait. J'avais toujours accepté ce que j'étais, mais parfois mon comportement étrange et décala me déplaisait. Je ne voulais pas lui parler, à vrai dire. Je ne voulais pas, qu'une fois de plus, on me juge. Mal, comme bien souvent. Mal d'être moi-même. Je n'osais pas tout de suite me découvrir le visage de mes mains. Je ne pleurais plus. Je sanglotais seulement. Sans toutefois faire de bruit.

    "Comment pourrais-je être belle pour vous, si vous ne voyez pas mon visage ?"

    Je m'éloignais un peu du mur auquel j'étais appuyé. Puis, retira enfin mes mains. Honteuse de mes yeux rougies par les larmes. Et surtout honteuse de mon visage, qui me déplaisait tant. Depuis que j'avais conscience de ce à quoi il ressemblait. Je ne m'aimais pas. C'était plus fort que moi. Mais j'inclinais ma tête vers le bas, de telle façon à ce qu'il ne puisse pas me voir. Toujours me cacher. Pour être fondue dans le décor. Pour ne pas qu'on me voit. Pour ne pas être jugée. Simplement. Sans rien dire de plus, je me suis accroupie, ma robe déchirée, bouffée par un coup de vent. Je ramassais les fleurs tombées du panier que j'avais renversée un peu plus tôt. Rapidement, et soigneusement, je remettais les fleurs dans le panier. Heureusement pour moi, mon gagne pain n'était pas abîmé.

    Le panier rempli, je me suis relevée d'un bond. Allant vers le rebord, comme s'il était déjà parti. Parce que moi, je voulais qu'il s'en aille. Maintenant. Sans savoir pourquoi, sa présence me rendait nerveuse. Intimidée aussi. Je pense, qu'il était trop imposant pour moi. J'étais comme ça. Facilement angoissée. Posant le panier sur le rebord en pierre, je lui tournais toujours le dos. Encore plus rouge et honteuse en repensant que maintenant, ma robe était déchirée. Encore mieux pour passer pour une pauvresse devant lui. Même si, il ne devait pas être très riche pour traîner dans un quartier pareil. Quoique. On ne sait jamais. Parfois, cela arrivait, que quelques bourgeois venaient ici, pour faire leur marché. Mais en général, ils ne s'arrêtaient pas devant moi. Même si j'aurai pleuré. Ou bien était-ce un de ces personnes, qui aime s'amuser du malheur des gens.

    Je ne me tournais pas. Prenant une violette en main. Mâchouillant les pétales du bout des dents. Encore une manie qui m'attirait des moqueries. Décidément. Je ne savais rien faire comme les autres. N'avais-je donc pas le droit à de la considération ? Je ne pouvais pas non plus m'empêcher d'être si étrange, de toute manière. Vraiment. Je me détestais de plus en plus. Sans doute, n'étais-je pas faite pour vivre en société. Ni pour communiquer. Pourtant j'aimais réellement ça. Parler aux autres. Mais bon. Je m'étais faite une raison. Personne ne m'apprécie vraiment. C'est souvent comme ça. Quand on est trop différents.


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MessageSujet: Re: Déchirure à double tranchant [PV Evan][Terminé]   Lun 29 Aoû - 15:44

    - Comment pourrais-je être belle pour vous, si vous ne voyez pas mon visage ?

    Voilà une réflexion qui me laissait perplexe. Et il y avait de quoi.
    N'avait-elle jamais reçu de salut digne de ce nom ? De compliment sincère pour qu'elle n'ait pas à douter de ses charmes. Ou bien était-elle si affreuse qu'elle s'étonnait même des compliments d'aveugles ? Finalement, j'aurais peut-être mieux fait de taire ma sérénade et de me contenter d'une phrase triste à en mourir en ôtant cette fin. Mais je ne l'avais pas fait. Bien que j'ai hésité à la prononcer sur le moment. Pourquoi ? Eh bien peut-être que je le pensais vraiment. Oui, c'était certainement le cas. Ca n'était pas une simple formule de courtoisie. C'était là bel et bien un compliment. Inconsciant, mais présent.

    - Etre superficiel, j'en ai fait mon métier. Alors comprenez ,je ne prétends pas être fidèle à la beauté intérieure et ne connais pas la vôtre pour pouvoir la qualifier ainsi. Mais vos cheveux... Ils pourraient faire du plus laid visage la plus belle des personnes. Et c'est suffisant pour que je vous trouve belle.

    C'était spontané chez moi. Je ne parlais bien entendu de rien d'autre que ces compliments. Mais peut-être, pour cette fois, étais-je sincère ? Oui, peut-être bien... Ils avaient une couleur peu commune, mais douce. Et la peau légèrement rosée que je pouvais apercevoir sur ses poignets me plaisait et s'y accordait bien. Cette douceur d'ailleurs, me rappellait un peu celle de Méline.
    Pouvais-je en conclure sa beauté ? Une telle question ne pouvait être résolue. Du moins, je ne m'y risquerais pas. Non, la seule chose qu'elle pouvait éventuellement faire pour me faciliter la tâche et arrêter mes suppositions et mes hésitations était encore de relever la tête et de me toiser avec mépris ou admiration, comme elle l'entendrait.
    Alors comme si je mettais adressé à la plus riche des nobles _ et il était évident qu'elle n'en était pas simplement à la vue de ses vêtements _, je m'inclinais face à elle, un sourire rêveur et énigmatique accroché à mon visage, les traits si sereins que rien n'aurait pu les ébranler. Pas même un visage reptilien ou celui d'une lépreuse.
    Puis, me redressant, je posais mes yeux d'azurite sur ce que je pouvais entrevoir de son minois. Joli, j'aurais pu penser. J'aurais pu. Mais j'en venais même à calmer mes songes pour ne pas la froisser. Ce qui était tout à fait idiot. Et de surcroit, depuis quand je me souciais à ce point d'inconnus ? Soit. Je ne me suis jamais réellement compris moi-même, de toute façon.
    Elle se déplaçait avec grâce. Suffisamment en tout cas pour que je prenne plaisir à la regarder ramasser ses fleurs à ses pieds et se diriger vers les pierres avec son panier. Elle me tournait le dos, comme si elle ne voulait absolument pas que je détaille les traits de son visage que j'avais seulement pu entrevoir alors qu'elle se redressait.

    - Eh bien, qu'avez vous pour pleurer ainsi ?

    Une vilaine déchirure attira mon regard et il me semblait alors comprendre la raison de ses larmes et peut-être même de cette honte, s'il y avait, si j'avais vu juste.
    Alors je me replaçais à ses côtés, m'asseyant sur le rebord rocailleux, près de ses fleurs, tirant une dernière fois sur ma cigarette. Je la regardais d'un oeil expert. Comme je le faisais souvent, j'imaginais une robe faite de mes mains pour son corps. Des formes parfaite pour des courbes armonieuses. Une teinte s'accordant à la fois à ses cheveux mais aussi à ses yeux. Yeux que j'aurais aimé voir.
    La plupart du temps, je ne le faisais que pour mes clientes. Mais pas cette fois, apparemment.

    - Est-ce ces tissus déchirés qui vous touche autant ?

    Une idée. Une pensée. Juste une faible lueur. Simplement un aperçu. Je ne savais qu'en faire, mais elle était présente. Et je serais peut-être contraint de m'y plier, à un instant.

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MessageSujet: Re: Déchirure à double tranchant [PV Evan][Terminé]   Lun 29 Aoû - 16:08

    - Etre superficiel, j'en ai fait mon métier. Alors comprenez ,je ne prétends pas être fidèle à la beauté intérieure et ne connais pas la vôtre pour pouvoir la qualifier ainsi. Mais vos cheveux... Ils pourraient faire du plus laid ]visage la plus belle des personnes. Et c'est suffisant pour que je vous trouve belle.

    Superficiel ? Oui, et j'aurai pensé, qu'à cet instant, cela touchait même l’hypocrisie. Et mes cheveux. Oui, c'était souvent la chose qu'on remarquait en premier chez moi, mes cheveux. Souvent, on s'étaient moqué de moi. Souvient ? Non, trop souvent en réalité. J'avais eu un moment, l'angoisse que ce fut son intention. Même un adulte, ne s’embarrasse pas toujours de politesse. Les gens sont cruels. Et c'est bien pour cela, que je perds de plus en plus foi en eux. Et aussi, lui particulièrement, me déstabilisait. Je ne sais pourquoi à vrai dire. Peut-être parce qu'il était un des rare à s'arrêter devant moi ? Oui. Non. Je ne sais pas. Il suffit à me perturber par de simples paroles. Il me semblait, que si je me montrais à lui, je mourrais de honte. Rien que sa voix, m'intimidait. Je n'avais jamais été à l'aise avec les hommes. Surtout comme lui. Imposants de voix, l'air trop attentionné pour être vrai. Et puis sans compter, les premiers mots qu'il m'avait adressé. Et que je n'avais eu aucun mal à lui renvoyer. Pour une fois.

    Eh bien, qu'avez vous pour pleurer ainsi ?

    - Je...vais bien...laissez moi...s'il vous plaît...

    Je me demandais, si ça l’intéressait vraiment. Ou bien, faisait-il juste preuve de politesse. Ou bien voulait-il satisfaire son égocentrisme, en se disant, qu'il avait bien agi avec une jeune fille maladroite et stupide qu pleurait bêtement en pleine rue. Quelle bonne occasion de se donner en spectacle. Je me sentais plus idiote que jamais. Vraiment, cesserais-je un jour d'avoir aussi honte d'être ce que je suis ? Je n'en avais pas l'impression en tout cas. Je soupirais, essuyant mes yeux brumeux d'un revers de bras. Ma vue était encore brouillée par les larmes. Tout était légèrement flou. Je devais être dans un état lamentable. Même si ça ne change pas grand chose à d'habitude, je dois l'admettre. Je me trouvais, tout le temps, misérable. Il n'y avait qu'à voir où je vis. Il n'y avais qu'à me voir moi. Parfois, j'aurai aimé être quelqu'un d'autre. Dans ces moments là, plus que jamais. Quelqu'un comme mon frère. Ou peut-être un peu moins farouche. Même si le mot était assez faible pour cerner le personnage.
    En fait, je continuais par tous les moyens à cacher mon visage. J'en avais peut-être honte, mais j'aurai du plutôt cacher ma robe déchirée. Alors que je tentais vainement de le faire partir, afin d'être au calme, il remarqua l'état de ma robe, que j'avais acheté avec peine. Et voilà, encore une raison pour partir en courant. N'importe où du moment que je ne me sentais plus aussi idiote. J'avais envie de me lever, saisir mon panier et prendre mes jambes à mon coup, de dévaler les ruelles et de le laisser là. J'aurai du , sans doute. Mais je n'étais pas le genre de fille à faire ça. Des fois, à mon grand regret. Je commençais à me sentir vraiment mal, pour tout dire, ça n'allait pas. Pourquoi me m’étais-je toujours dans des états pas possibles ? C'était tout moi ça. Vraiment, tout moi. Et puis, je ne pouvais rien y faire. Je suis comme ça, on ne change plus les gens à 19 ans.


    - Est-ce ces tissus déchirés qui vous touche autant ?

    Je détournais le visage soigneusement. Là, mieux à l'abri du regard de cet homme.

    -J'ai...J'ai tellement économisé pour l'avoir que...

    Ma voix était tremblante, je le sentais du bout des lèvres. C'était le bouquet. Non seulement il allait me prendre pour une pauvresse, mais pour une folle. A attacher tellement d'importance et de force à un bout de tissu. Et à aimer les fleurs plutôt que les gens. Cette fois, je sentais même mes mains tremblées. Je serrais mes poings sur mes cuisses, fixant le panier en me mordant la lèvre au sang. Me faire tant de mal, et d'angoisse, à cause d'une seule personne, un inconnu. J'étais si bête. Si dépendante des autres. Je me détestais tant. Autant que les autres me détestaient.



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MessageSujet: Re: Déchirure à double tranchant [PV Evan][Terminé]   Lun 29 Aoû - 19:07

    Gênée ? C'est ce dont elle avait l'air.

    - Je...vais bien...laissez moi...s'il vous plaît...

    Non.
    La laisser en paix comme elle me le demandait ne m'aurait pas posé problème si seulement il avait s'agit d'un autre jour. En fait, je n'aurais même pas eu à me faire prier et l'aurait quittée sur-le-champ, oubliant même que je l'avais rencontrée. Mais non, il avait fallu que l'on tombe sur un de ces jours où je suis particulièrement entêté et où les souvenirs m'envahissent plus qu'à d'autres. Tellement d'ailleurs que la moindre ressemblance avec une personne chère à mon coeur m'émeu et que celles avec des personnes que je tuerais volontiers font monter ma fureur.
    Il avait fallu que l'on tombe sur un de ces jours-là... Malheureusement ? Heureusement ? Allait-on le savoir rapidement ? La question importait peut, le résultat serait le même dans tous les cas, que je la pose ou non. Alors cessons de se torturer avec ça et laissons aller les choses. Voilà qui me ressembler davantage, déjà. Laisser faire sans se presser... Naturellement, logiquement. C'était mon comportement habituel. Ce qui faisait de mes journées ce qu'elles étaient. Des journées particulières, toutes sans exceptions.

    Mon visage, disait-on, était agréable à regarder de par sa sérénité. Cependant, on me disait aussi que mon regard avait quelque chose de froid dans son bleu, quelque chose qui faisait croire que je ne voyais pas les gens autour de moi. Comme si tout me semblait inutile et sans intérêt. Comme si je me moquais du monde. Alors on me disait égoiste et sournois. Et même si ce n'était pas tout à fait faux, il fallait bien avouer que j'étais aussi très attentionné et aimant envers mes amis. Tout cela faisait que j'étais un personnage étrange et indescriptible. Du moins pas tout à fait justement. Il y avait toujours des nuances qui démentaient les adjectifs.

    - J'ai...J'ai tellement économisé pour l'avoir que...

    Oui. Cela ne me surprenait même pas à vrai dire. Et cela ne me repoussait pas non plus ni même ne me touchait plus que cela. C'était simplement dommage qu'un si beau corp ne puisse se vêtir des plus belles créations. Mais ce qui me touchait réellement résidait plus dans l'intonation de sa voix. Si ce n'était dans sa voix elle-même...

    Puis très spontanément, comme à l'habitude, je profitais qu'elle me tourne le dos à nouveau pour me pencher sur sa robe et palper le tissu de faible facture entre mes doigts. La déchirure n'était pas fantastique et il était facile de la raccommoder. Encore fallait-il avoir le bon fil et les outils adaptés. Cependant, n'importe quel couturier aurait demandé une bonne poignée de pièce pour le service. Dans le milieu, l'on ne perdait pas une occasion de se remplir la bourse.
    Je me relevais et la contournais pour enfin lui faire face. Découvrant une bonne fois pour toute son visage. Je n'aurais pas dû faire ça. J'en avais conscience maintenant, mais c'était trop tard. Les souvenirs... Elle avait la même expression qu'elle lorsqu'Antonin lui avait rendu sa robe à l'état de chiffon. Je m'en rappellerais toute ma vie, de cette expression. Et souvent je me dis que, lorsque je reviendrais la chercher, s'il est dans les parages, je lui ferais payer cet acte. Avec toute la violence dont je pourrais faire preuve.

    Je tendais ma main vers elle de manière à recevoir la sienne. Une invitation.

    - Evan Amos, couturier. Voudriez-vous m'accompagner à mon atelier ? Je voudrais vous offrir mes services.

    Qu'espérais-je après cela ? Qu'elle me saute dans les bras en criant mon prénom, les joues rosées et le sourire aux lèvres ? C'était lamentable. Mais cela me rappelait ma chère Méline. Quoi de pire que le passé ? Il vous détruit et vous fait faire des choses irrationnelles... J'étais ridicule.
    Nous verrons bien... Et puis cela me vaudrait peut-être un peu de bon temps.
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MessageSujet: Re: Déchirure à double tranchant [PV Evan][Terminé]   Lun 29 Aoû - 19:30

  • Avait-il eu tant envie de découvrir mon visage pour se planter ainsi en face de moi ? Et m'observer. Me voilà bien ! Ma mascarade venait de prendre fin tout simplement. Il m'avait vue, il m'avait regardée. J'avais sentie l'insistance de son regard sur mon visage. Tout ce que je ne supporte pas. J'aurai pu m'effondrer. J'aurai pu pleurer rien que pour ça. Pour tout dire, je sentais mes mains qui tremblaient. Je me tenais le poignet, pour cacher ces mouvements de tremblements. De simples spasmes musculaires, mais qui traduisent tout ce que j'aimerai oublier. Tout ce que j'aimerai de pas être. Pourquoi avait-il fallu qu'il me regarde ? Que faire maintenant ? Mais c'était trop tard, je me sentais jugée. Je me sentais inférieure. Je me sentais plus mal encore. C'était trop tard. Me voilà rabaissée. En tout cas, je le faisais seule. Maintenant, les mauvaises pensées me traversaient. Et s'il allait se moquer de moi ? S'il restait là uniquement pour me malmener ? Après tout, je n'en savais rien, c'était bien plausible non ? A mon plus grand désespoir d'ailleurs. Pire encore. Quand je m'étais tournée, pensant là échapper enfin à cet homme, et à ses auras masculines, ce fut un étonnement, mais je sentis qu'il avait pris en main le tissu de ma robe. J'avais été surprise, et je m'étais littéralement crispée. Que faisait-il donc ? Pourquoi ? Un frisson m'avait parcouru l'échine. Sans que je puisse le contenir.

    A ce moment là, j'avais été angoissée. Les pires scénarios avaient défilés dans ma tête. Certaines y auraient vu une forme de paranoïa. Moi je mettais cela sur le compte de l'appréhension à revivre mes mauvaises expériences passées. C'est vrai. Quand on traîne dans ce genre de quartier, toutes les rencontrent ne sont pas bonnes à prendre.

    - Evan Amos, couturier. Voudriez-vous m'accompagner à mon atelier ? Je voudrais vous offrir mes services.

    Quand il avait parlé à nouveau, je l'avais cette fois affronté de front. Le hasard de son métier face à la situation m'avait amusé. Mais cela ne se traduisait pas sur mon visage. Bêtement, j'avais oublié un instant qu'il avait vu mon visage. Maintenant, je le fixais de mes grands yeux émeraude, à cet air toujours naïf et curieux. J'étais sure, qu'il me trouverait affreuse. Les larmes séchées au coin des yeux. Un peu rougie par le chagrin et par la surprise. Je ne prenais pas le temps de l'observer. Je ne détaillai jamais un visage, ne supportant pas le contact visuel avec les autres. Ni physique d'ailleurs. Je me dépêchais ensuite de baisser le regard à nouveau. Fixant maintenant les pavés. Sales et épais, dans les rues de mon quartier dégradé. Il me semblait, qu'au moins, il n'était pas plus fortuné que moi, ou peu. C'était en tout cas une impression. On ne savait jamais après tout. Parfois, les apparences sont trompeuses. C'est une leçon que j'avais souvent apprise au cours de ma jeunesse. Et que je ne prenais plus à la légère désormais. Parfois, il fallait s'attendre à tout. Alors, je préférais ne pas tirer de conclusions trop hâtives quand à la situation de cet homme. J'aurai pu m'amuser à l'imaginer sous des conditions sociales diverses et variées, mais je n'en fit rien. D'habitude, j'observais les gens, et tentait de deviner ce qu'ils faisaient dans la vie, à quoi pouvait ressembler leur logement, comment ils vivaient en société. Cette fois, non. Lui, je ne l'avais pas juste aperçu de loin, le temps d'une minute. Il me parlait. Alors, je n'imaginais rien. Je vivais tout.

    J'avais vu qu'il m'avait tendu sa main. A vrai dire, j'avais toujours eu du mal, avec ce genre de choses. Sans savoir pourquoi. Comme si, le voyant ainsi, je ne méritais pas de lui tenir la main. Oui c'était sans doute ça. Comme si, par la faute du contact de sa main avec la mienne, il perdrait de sa présence et de son charme. En fait, comme si cela aurait été ma faute. J'ai toujours eu ce genre d'idées, étranges et décalées. Personne ne comprenait jamais pourquoi, mais il me semblait que je n'était pas un porte bonheur, que je n'apportai jamais rien de bon aux gens. Alors, j'étais allée récupérer mon panier, le tenant à deux mains, pour éviter de prendre la sienne. Je me demandais, si il avait compris la raison. Peut-être pas, n'importe qui aurait trouvait cela complétement tordu. Alors certainement pas. Et j'en avais honte pour lui expliquer. Aggraver mon image ? Surtout pas. J'étais déjà assez classifiée étrange comme ça. Même si lui ne le savait pas encore, passé 5 minutes à mes côtés, il ne tarderait pas à comprendre, quel genre de fille décalée et déplorable j'étais. Encore une personne qui saurait. Une de plus ou de moins, au fond, ce n'est pas si important. Quoique. Finalement, peut-être que si, puisque jusque là, j'avais tentais de le faire partir. Loin de ma vue. Loin de moi.

    - Je...ne peux pas...accepter...

    Certains disent qu'on a toujours le choix dans la vie. Manifestement, ils l'ont jamais été dans une situation aussi embarrassante.
    Manifestement, ils n'ont jamais été moi.
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MessageSujet: Re: Déchirure à double tranchant [PV Evan][Terminé]   Lun 29 Aoû - 22:26

    Je faisais bien une bonne tête de plus qu'elle et ainsi, je la regardais de haut sans vraiment m'en rendre compte. Peut-être était-ce cela qui l'avait fait tourner la tête. Elle était bien fuyante. Pourtant, je m'efforçais d'être doux et courtois. Mais quoi qu'il en fut, cela ne marchait pas. Elle évitait mon regard, embarrassée, peureuse. Et moi, comme un idiot, je ne comprenais pas. Enfin du moins, à cet instant précis, je ne comprenais pas. Alors je continuais donc sur ma lancée, lui proposant ma main comme un invitation jusqu'à mon médiocre mais tant aimé atelier. Mon refuge. Mon monde de créations.
    Main qu'elle s'efforça de refuser avec toute la délicatesse possible. Pourquoi ? Était-ce mon bras brûlé qui la répugnait tant ? Je n'avais jamais entendu dire pareille chose. Mais jamais n'est pas éternel. Il y a une première fois à tout, comme on dit. Et celle-ci, si je ne me trompais pas, risquait d'arriver. Pourquoi ne pensais-je qu'à mon bras ? Car il me semblait tout à fait impossible que mon physique en lui même l'écœura. J'avais toujours eu ce charme. L'on me susurrait souvent que mon expression indifférente et rêveuse associé à mon physique dite "mauvais garçon" faisait de moi un homme presque irrésistible. Et je le savais. Et j'en usais.
    Alors, croisant son regard pour la première fois, je ne pu retenir un sourire de contentement. Un sourire comme je n'en faisais pas des milles. Comme ceux que j'offrais à mes amis. Pas de ceux qui étaient destinés à ma clientèle, certainement pas. Non, ceux-ci n'étaient autre que commerciaux et ils leur étaient réservés. Exclusivement. Mais mon regard, lui, était d'une tristesse abominable. Et je m'en rendais bien compte. Je ne su pas si elle avait eu le temps de le remarquer. Mais peut-importait. Les traits de son visage, la nuance de sa peau, ses mouvements gracieux... Elle me faisait penser encore plus fort à Méline. Méline pour qui je travaillais chaque jours. Doucement, je portais ma main à mon pendentif et le portais à ma bouche. Seulement le temps d'une pensée. Puis je me rétablissait rapidement. Comme si rien ne m'avait effleuré. Pas même un songe.

    Cependant, malgré toute la jeune beauté que je trouvais en elle, je me gardais bien de le lui dire à nouveau. De peur de l'effrayer davantage. Car je comptais bien l'apprivoiser. Et lui offrir mon aide, cela allait de soit. Il n'y avait rien à faire contre cela. Elle serait forcée d'accepter.

    - Pourquoi refuser ? Cela serait ridicule. J'ai même idée à vous la perfectionner et la rajuster. C'est un cadeau bien moindre pour la belle demoiselle que vous êtes. Et je ne saurais vous laisser dans votre chagrin.


    Belle demoiselle... Voilà que je m'y remettais. J'étais réellement incorrigible. Et tant pis. Autant y aller, puisque j'avais commencé ainsi.

    - Mon bras vous touche peut-être à tel point que vous ne voulez pas avoir le moindre contact avec ma brûlure. Dans ce cas, je vous offre le second.


    Ce que je fis sans attendre, avec un sourire charmeur, la gratifiant d'un clin d'œil. En fait, j'étais plutôt mesquin dans mon genre. Ceci dit, mes intentions étaient bonnes et je ne tarderais pas à obtenir ce que je voulais d'elle : du bon temps, une personne avec qui parler, une jeune femme à habiller. C'était là mes seules perspectives.

    Le sourire, le clin d'œil, l'offre. Je me conduisais réellement comme avec ma jeune sœur perdue. Étais-je si désespéré pour agir ainsi ? Ou les souvenirs étaient tellement forts que je me voyais manipulé par ceux-ci ? C'était triste à dire, mais je me sentais presque désespéré. Pas par ses agissement ni par ses réactions. Non, rien de tout cela. Seulement parce que Méline me manquait, et que j'essayais de la substituer par une inconnue larmoyante qui n'avait pour seule ressemblance que l'âge et les traits fins.

    - Si vous n'avez pas confiance, vous n'aurez qu'à attendre devant ma porte et je prendrais le matériel nécessaire pour m'occuper de cette robe. Nous ferons cela dans la rue. Mais je dois avouer que cela me sera moins aisé.

    Mais l'avantage non négligeable, c'est que je pourrais fumer !

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MessageSujet: Re: Déchirure à double tranchant [PV Evan][Terminé]   Lun 29 Aoû - 22:55

  • - Pourquoi refuser ? Cela serait ridicule. J'ai même idée à vous la perfectionner et la rajuster. C'est un cadeau bien moindre pour la belle demoiselle que vous êtes. Et je ne saurais vous laisser dans votre chagrin.

    A vrai dire, je n'avais pas écouté ce qu'il disait vraiment. J'avais perçu ces compliments, que je n'aime pas. Et puis, quand il m'avait regardé, son air affligé. Triste. Moi, j'avais vu tant de fois des regards semblables dans les yeux de mon frère. Que je connaissais par cœur ceux qu'il le possédait aussi. Je le repérais habilement maintenant. Même si, cela ne m'enchantait pas. Me laissez dans mon chagrin ? Pourtant, j'avais perçu le sien également. Sans doute, devrais-je partir pour de bon. Ce genre de personnes me rend triste. Plus que je ne le suis déjà. Et puis, sans comprendre pourquoi, je trouvais quelque d'étrange dans cette manière qu'il a de me regarder, de sourire. Et même de parler. Je savais, en tout cas, je pensais pouvoir déterminer quoi. Il parlait mais je l'entendais plus. Je ne me concentrais plus sur aucun de ses faits et gestes. Aucun. Mon interprétation ne m'aurai jamais paru aussi juste, si il ne m'avait pas rappelé mon frère dans a manière d'être. Sa manière de me regarder. Comme si...Il ne me voyait pas moi. Je me demandais, si lui dire était une bonne chose. Cela aurait été tout à fait indiscret. Pourtant, l'idée qu'on ne parlait pas pour ce que j'étais, m'étais douloureuse. Alors j'hésitais. Hésiter, c'est encore la chose que je fais le mieux. Je soupirais doucement. Que faire ? Je ne savais pas. J'étais plutôt confuse avec tout ça. Tout ce que je pensais.

    - Mon bras vous touche peut-être à tel point que vous ne voulez pas avoir le moindre contact avec ma brûlure. Dans ce cas, je vous offre le second.

    Oui j'en avais presque oublié sa présence, et sa main tendue. Sa brulure ? Et dire que je ne l'avais même pas remarquée. Et lui croyait qu'elle me gênait. Alors que pas le moins du monde. Je ne suis pas de ces gens là, que la moindre cicatrice dérange. J'en avais vu, des brûlures. Et elles ne me faisaient pas peur. Et elles ne me dégoutaient pas. Je regrettais qu'il puisse le croire, et un instant, mes yeux reflétèrent ma pensée. Mais je me repris bien vite. Pour ne pas qu'il puisse lire à travers moi. Je n'aimais pas qu'on puisse trop bien me comprendre. Cela m’embêtait. Je risquai de m'attacher et de devenir trop bavarde, trop joyeuse. Comme je l'étais bien souvent avec les autres filles. Avec qui j'aime papoter de tout et n'importe quoi, en tout simplicité. Pour le plaisir. A vrai dire, je ne voulais pas lui répondre. J'étais trop tenté de lui dire ma vérité. Je serrai lance de mon panier en osier fortement. Sans doute, me ferait-elle des marque rouge dans la paume de la main. Mais ça ce n'était vraiment rien du tout. Je pensais à lui, celui qui manquait à ma vie. Il m'aurait conseillé de me taire, oui, même lui, me reprochait toujours beaucoup quand il était encore près de moi. Maintenant, ses reproches me manquaient. Si j'avais su à l'époque, je n'aurai pas été vexé à chacune de ses remarques. Mais il est bien trop tard à présent. La faute au temps. Qui passe. Qui me l'a enlevé. Mais moi, j'avais envie de parler.

    - Si vous n'avez pas confiance, vous n'aurez qu'à attendre devant ma porte et je prendrais le matériel nécessaire pour m'occuper de cette robe. Nous ferons cela dans la rue. Mais je dois avouer que cela me sera moins aisé.

    Je relevais le visage. Le regardant à nouveau. Je paraissais comme je l'étais. Intimidée. Je devais lui dire, parce que ça me pesait. Cela me rendait mal et triste, de savoir qu'on était gentil avec moi pour ça. Et pour rien d'autre. Comme toujours. On n'était pas tendre avec moi parce que c'était moi. Cette rencontre, je la regrettais déjà. Encore une qui ne me ferait que souffrir. Autant que j'y aurais cru. Je relâchais doucement la pression que j'avais mise sur le panier. Cette fois, je me devais de ne pas bafouiller, de tout dire très clairement. C'était important pour moi. Ensuite, je partirais, il le fallait. J'oublierais cette rencontre, comme j'oublie les autres. Et puis, il rencontrerait sans doute quelqu'un de plus intéressant. Ceux de ceux qui ont la chance d'être abordés pour eux-même. J'étais sure de tout. Mon frère m'avait appris à reconnaître ce genre de nostalgie chez les gens, à force d'en faire partie lui aussi.

    - Dites...Quand vous me parlez, vous regardez toujours derrière moi. Comme si vous vouliez voir quelqu'un d'autre à ma place...Mais je ne peux pas être la personne que vous tentez d’apercevoir. Alors ne vous forcez pas à être ainsi avec moi. C'est inutile, je vous assure. Pour vous comme pour moi, ça n'apporte rien de bon...Enfin...Je...j'ai encore du travail alors si vous voulez m'excusez.

    Ma voix était triste et las. Je l'avais sentie.
    Lui aussi ?
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MessageSujet: Re: Déchirure à double tranchant [PV Evan][Terminé]   Lun 29 Aoû - 23:21

    - Dites...Quand vous me parlez, vous regardez toujours derrière moi. Comme si vous vouliez voir quelqu'un d'autre à ma place...Mais je ne peux pas être la personne que vous tentez d’apercevoir. Alors ne vous forcez pas à être ainsi avec moi. C'est inutile, je vous assure. Pour vous comme pour moi, ça n'apporte rien de bon...Enfin...Je...j'ai encore du travail alors si vous voulez m'excusez.

    J'étais parti dans mes pensées, dans mes envies. Emporté dans ce que j'espérais sans prendre en compte le fait qu'elle pouvait se refuser à me suivre. En fait, ça ne m'étais même pas venu à l'esprit. Personne ne refusait jamais ma compagnie. Sauf les hommes. Certains. Mais en général, je ne les côtoyais pas. Seulement quelques riches clients et les hommes barbus de la taverne de ma rue.
    Alors l'idée même qu'elle puisse ne pas vouloir de moi me semblait absurde. Et pourtant... C'est bien ce qu'elle fit. En fait, je n'en était pas certain. Mais ce qui était sûre, c'est qu'elle avait comprit. Qu'elle avait décelé en moi ce que je ne voulais que difficilement admettre moi-même. Elle m'avait touché en plein cœur. Et pourtant, mon sourire persistait et je regardais loin devant moi sans une once d'amertume. Alors je décidais d'être honnête. Il n'y avait rien que je puisse faire d'autre mise à part l'enlever. Ce qui n'entrait pas dans mes options, même les plus farfelues. La forcer non. L'inciter oui.

    - Vous avez raison. Vos traits me font penser à ceux de ma petite sœur. Je l'ai perdue il y a quelques années maintenant et je ne peux que lui écrire chaque jours en lui promettant que je rentrerais le plus rapidement possible. Mais vous savez comme moi que cela m'est tout à fait impossible...


    Je marquais un temps, m'efforçant de ne pas la regarder pour ne pas la froisser plus qu'elle ne l'était déjà. C'était difficile. Mais au moins, elle savait que je m'adressais à elle et non à Méline, de cette manière. C'était une manière comme une autre d'être sincère.
    Je rejetais suffisamment loin derrière moi tout ce qui tenait de mon passé et de ce que j'espérais être mon futur, et me concentrais sur la personne que j'avais à mes côtés. Je me demandais quel était son prénom. Elle connaissait le mien, mais ne s'était malheureusement pas présentée. Ou peut être était-ce une chance en soit ? Je ne penserais plus que difficilement à elle si je ne connaissais pas son identité. Et je ne suis pas du genre à mettre la ville sans dessus dessous pour retrouver une personne quelconque. Même si elle n'était pas si insignifiante que cela.

    - Mais quand je vous ai aperçu, quand j'ai décidé de m'arrêter, je ne voyais pas votre visage, rappelez-vous. Alors je vous en pris, laissez-moi vous offrir un remède à ce chagrin. C'est bien la moindre des chose que je puisse faire. Voyons, ne me le refusez pas à nouveau. J'en serais profondément désolé.

    Et outré. Ou presque. Ah... Voilà enfin quelqu'un qui semblait pouvoir me résister, moi et ma séduction innée. C'était déplaisant. Bon dieu que c'était désagréable !
    Pour quelqu'un qui à l'habitude de conquérir toutes femmes, se voir sans importance n'est pas commun et ô combien déstabilisant.

    Acceptez. Acceptez. Acceptez...
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MessageSujet: Re: Déchirure à double tranchant [PV Evan][Terminé]   Lun 29 Aoû - 23:56

  • J'avais été clairvoyante.

    - Vous avez raison. Vos traits me font penser à ceux de ma petite sœur. Je l'ai perdue il y a quelques années maintenant et je ne peux que lui écrire chaque jours en lui promettant que je rentrerais le plus rapidement possible. Mais vous savez comme moi que cela m'est tout à fait impossible...

    Je le regardais vaguement un court instant. Court. J'avais donc eu raison. Encore une fois, et cela ne m'arrangeait pas. Si je n'aurai rien dit, j'aurai peut-être pu me bercer dans de douces et confortables illusions. Mais puisque ce n'était absolument pas mon genre, je n'en avais rien fait. Lui aussi avait donc perdu un être chère à ses yeux. C'était sans doute un point commun qui témoignait de notre tristesse. Moi j'avais encore mon frère, mais je ne l'avais plus lui. Avait-il quelqu'un puisse l'aimer dans sa vie, et qu'il aime en retour ? Je me demandais. Moi, cette personne, je ne la reverrai plus jamais. Et je ne pouvais plus rien changer à cela. A mon plus grand regret. Mais parfois, il vaut mieux laisser la vie comme le destin l'a décidé. C'est vrai, car on ne sait jamais, ce qu'elle nous réserve d'autre. Même si, parfois, sans l'être aimé, on ne sent plus vraiment le courage de l'affronter. Moi, j'avais mon frère qui me soutenait. Et que je soutenais. Mais lui, qui avait-il ? Sans doute encore de la famille, ou bien des amis ? Sans doute plus que moi. Moi, je n'avais que mon frère. Pour toujours, je n'aurai que lui au monde. Alors, je prendrais soin de lui et de notre lien précieux. Il était tout ce qu'il me restait.

    - Mais quand je vous ai aperçu, quand j'ai décidé de m'arrêter, je ne voyais pas votre visage, rappelez-vous. Alors je vous en pris, laissez-moi vous offrir un remède à ce chagrin. C'est bien la moindre des chose que je puisse faire. Voyons, ne me le refusez pas à nouveau. J'en serais profondément désolé.

    Un remède ? Je doute que celui puisse exister pour moi. Comme pour tout le monde. Souvent, on est tristes et on le reste longtemps. Ou bien ça passe, vite ou lentement, mais seul. A moins qu'une bonne âme insoupçonnée soit à l’origine de notre bonheur soudain. Moi, je ne savais pas trop quoi penser de ce genre de choses. A vrai dire, l'idée de rester avec l'idée ne me plaisait qu'à moitié. Maintenant, il y avait cette ambiance qui me gênait assez. C'était étrange comme sensation pour tout dire. Mais elle était bien là, à parfumé l'atmosphère. Et cette sensation était résistante en plus. Alors je laissais. Mais quelque part, j'aurai aimé le suivre quand même. Pour changer de mon quotidien. Tant pis. Autant me laisser tenter maintenant non ? Et puis, il ne pouvait rien m'arriver de terrible. Enfin, je crois que non. Je verrai bien de toute façon ! Autant prendre la vie comme elle vient. En souriant, je me dirigeais vers lui. Oublié le traditionnel, je suis désolé pour votre sœur. Pourquoi rester dans la tristesse ? Il faudrait changer un peu de registre. Alors c'est ce que je tentais de faire. En souriant sincèrement, je m’agrippai à son bras. Avec la brûlure bien entendu. Mon panier à la main.

    - Il est loin votre atelier ?

    Je regardais droit devant moi. La rue commençait à être animée. Seulement maintenant. Alors que je quittai l'endroit. Et bien, ce ne serait pas encore aujourd'hui que je gagnerai beaucoup. Mais tant pis, je trouverai bien quelque chose à faire pour gagner un peu d'argent. Je le devais. Pour une fois. Ramener quelque chose à la maison.
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MessageSujet: Re: Déchirure à double tranchant [PV Evan][Terminé]   Mar 30 Aoû - 11:00

    Enfin. Enfin dépassé toute cette étrangeté. Car c'était bien étrange que l'on ne m'accorde pas tout simplement parce que j'étais beau garçon. C'était une situation rare pour moi et il fallait dire que j'aurais du mal à m'en remettre. Ou peut-être pas. M'enfin. Nous verrons bien comment cela se passera avec une nouvelle courtisane.

    Quand elle accepta mon bras, le droit qui plus est, il fallait dire qu'en plus d'un soulagement intense _ mon charme n'était pas totalement nul _ une joie inexplicable me prit et je souriais de plus bel, à la manière d'un homme ayant gagné la femme qu'il chérissait depuis quelques temps. Ce qui était idiot. Alors immédiatement, je changeais cette expression de satisfaction par quelque chose qui me ressemblait plus. De la rêverie. Voilà qui était mieux.

    - Il est loin votre atelier ?

    - A quelques ruelles de là. Ne faites pas attention aux regards. Beaucoup me connaissent ici et ils seront certainement curieux. Comme à chaque fois...

    Les habitants des rues alentours à ma boutique me connaissaient bien en effet. J'avais souvent droit à des salutations plus ou moins brèves, de rapides commandes pour quelques réparations sur des manteaux ou bien des pantalons, sauf de la part des plus pauvres d'entre-eux desquels je n'obtenais jamais quoi que ce soit si ce n'était de petits rictus. Oui, car j'avais bien évolué professionnellement parlant, et certain avaient du mal à l'accepter. Au fil du temps, j'avais travaillé pour toutes les classes sociales imaginables, mendiants exclus. Alors à force de refuser certaines demandes car elles ne me rapportaient pas assez, j'avais fini par me mettre des gens à dos qui ne comprenaient pas mes agissements. Mais si je suis ici moi, c'est avant tout pour gagner ma vie et devenir plus populaire chaque jours. Pas de me faire des amis. Enfin... Cette dernière règle s'était un peu relâchée depuis que Kim avait accepté mon invitation pour le futur. Futur qui serait, je l'espère, plus proche que prévu.

    Tout en marchant, je pensais à bien des choses. Mais deux questions me revenaient souvent en tête. Alors que je salué d'un signe de tête une connaissance postée dans l'antre d'une boulangerie, je fini par dire doucement ce qui me tracassais. Peut-être n'aurais-je pas du.

    - Que faisiez vous avec ces fleurs dans une rue aussi mal fréquentée ?


    Je m'étais ravisé pour la seconde question qui se portait sur son identité. Je ne tenais pas à la faire fuir, pas maintenant. Alors une autre arrivait : Voudrait-elle bien entrer dans mon atelier ? N'exerçais-je pas trop de pression sur ses jeunes et frêles épaules pour qu'elle ne doute pas de mes bonnes intention ? Cela, il valait mieux que je le garde pour moi. Encore une fois. Décidément je n'étais pas à mon aise en sa compagnie. Trop peur de la froisser, de la gêner. Et d'habitude, je n'agis pas comme ça. En fait, je me moque un peu des sentiments que provoquerons mes interrogations et mes agissements. Du moins avec des inconnus. Même avec de belles inconnues. Généralement, je me souciais guère de tout cela. Je me contentais de ne pas trop être désagréable, mais sans jamais chercher aussi loin. Certains diraient de moi que je suis limité, s'ils m'entendaient. Mais heureusement pour moi, les pensées sont inviolables.




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MessageSujet: Re: Déchirure à double tranchant [PV Evan][Terminé]   Mar 30 Aoû - 11:40

  • Il n'y avait sans doute que moi, pour suivre un inconnu de cette façon.

    - A quelques ruelles de là. Ne faites pas attention aux regards. Beaucoup me connaissent ici et ils seront certainement curieux. Comme à chaque fois...


    J'hôchais la tête vaguement. Bizarrement, depuis qu'il m'avait parlé du pourquoi, de son regard fuyant, je me sentais mieux. Maintenant, je n'attendais plus rien, comme je n'attendais plus rien depuis des années, des autres personnes. Je tenais son bras, sans pour autant continuer de le regarder. A vrai dire, je ne le regardais plus. Une fois m'avait suffit. Ce n'est pas qu'il me déplaisait, ce n'était pas ça. Mais je n'aimais pas m'attarder sur l'aspect des autres. Parfois, on pensait que c'était parce que j'étais trop timide, oui. Parfois, on pensait que c'était parce que je me fichais du physique. Aussi. Et lui que pensait-il ? Je me demandais, j'étais toujours trop curieuse de toute façon. Moi aussi, je suis curieuse, alors sa remarque sur les autres, me fit rire, légèrement. De bon cœur, parce que je l'étais tant moi-même que ça ne me gênait même plus chez les autres, ce genre de choses. Vraiment plus du tout. En fait ça m'amusait.

    - Mais moi aussi vous savez, je suis assez curieuse alors...

    Mon rire était déjà parti. Mais un sourire s'était dessiné ensuite sur mes lèvres. L'angoisse passée, je redevenais sereine, plus moi-même. Bavarde, enjouée, spontanée ? Un peu de tout ça, même si avec les hommes, j'étais en général plus sur la défensive. En général. On trouve toujours une exception à tout. Même à la généralité. Moi, je l'avais trouvé il y a bien longtemps, mais c'était fini. Même si lui, n'était pas tendre avec moi, parfois, c'est vrai, il me faisait plus du mal que de bien. Mais tant pis, je l'avais aimé. Personne ne savait, personne ne saurait. Lui m'avait parlé de sa sœur. Mais je ne voulais pas parler de Gareth. Et puis, je n'avais pas à le faire. De plus, ce n'était pas moi qui avait eu ce regard fuyant. Non, et quand bien même. Je n'aurais rien dit. Son souvenir me déchire encore l'âme. Son souvenir me font mal, autant qu'il me le faisait lui-même. C'est ainsi, que même s'il n'est plus là, Gareth continuait de me faire souffrir. Encore et encore.

    Dois-je continuer à vivre dans sa mémoire, et continuer à me blessé constamment ? Il faut dire que je n'y avais jamais réfléchi. Je l'aimais encore quelque part, et peut-être que je l'aimerais toujours. Ces pensées qui ravivaient d'anciennes cicatrices me faisaient tourner la tête. J'avais du sembler absente un moment, à Mr. Amos. J'étais quelque peu perdue dans mes songes. Heureusement, je ne tardais pas à m'en sortir pour retourner à la réalité. Quand ce fut le cas, j'avais inconsciemment serré son bras plus fort. Je ne sais pas pourquoi. Mais je l'avais fait. Je nous laissais marcher dans les rues, bras dessus bras dessous. Ignorant les regards insistants de quelques-uns ou les sourires amusés d'autres. C'est vrai, au bras de cet homme, je devais sans doute faire un peu tâche. Certainement. Je dénotais. Comme souvent.

    - Que faisiez vous avec ces fleurs dans une rue aussi mal fréquentée ?

    Je n'orientais pas mon regard vers lui pour autant. Ne pas affronter son regard à nouveau. Une fois m'avait suffit. Je regardais le sol, les pavés qui défilaient sous nos pas. J'étais capable de fixer les pavés durant ma marche, sans relever les yeux, et me fasciner pour leurs formes. Là, c'était juste pour savoir où poser mes yeux. Rien de plus. Rien de courageux. Je soupirais discrètement, comme si j'avais redouté cette question, comme si, de toute façon, je redoutais toutes les question que l'on me posait. Cette fois, je devais répondre.

    - Heu...C'est que j'habite dans ce quartier, et je travaille dans la rue. Je vends des fleurs...

    A-t-on idée de dire que vendre des fleurs étaient un métier ? Pourtant oui, puisque c'était le mien. Mais sans doute trouvais-il cela ridicule. Évidement, cela me rabaissait toujours plus. Ce métier qui est des plus inutiles pour certains, mais toute ma vie pour moi. Et le quartier, endroit où je vis. Le pire de la ville. Où réside toute la vermine de basse classe, et plus bas que cela encore. Mais tant pis, c'était moi, c'était ma vie. Moi j'en avais seulement honte quand on s'en moquait. Je voulais juste détourner la conversation ou simplement pouvoir être moi. Mon côté incorrigible à raconter tout et n'importe quoi allait bientôt revenir. A mon grand désespoir.

    - Je...J'aime tant les fleurs ! Rester à leurs côtés toute la journée me ravit ! Elles sont si belles, leurs pétales si douces ! Je ne connais rien de plus beau dans le monde. Elles paraissent fragiles et faibles, mais pourtant, après des millions d'années, elles ont survécus à tout. En réalité, elles sont si fortes !

    Et voilà. Je m'en voulais déjà.
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MessageSujet: Re: Déchirure à double tranchant [PV Evan][Terminé]   Mar 30 Aoû - 12:32

    Curieuse ? Eh bien elle se gardait bien de me le montrer ! Voilà quelque chose à quoi je ne m'attendais pas. Mais finalement, à quoi étais-je censé m'attendre ? A rien. Je devrais prendre les choses comme les viennes et n'être surpris de rien. Elle pouvait avoir le pire des caractères comme le meilleur, être aussi étrange que l'étaient certaines ou totalement inintéressante. Je ne devrais être surpris de rien. Et pourtant. Elle m'avait déjà donné l'impression d'être une jeune femme très posée et méfiante. Mais les apparences sont parfois trompeuses et beaucoup dans ce royaume se donnaient un genre. Genre auquel ils n'appartenaient pas.

    Pendant un court instant, j'avais ressenti une pression plus intense à mon bras. Comme si elle s'était agrippée de peur de s'envoler ou de chuter. Je n'avais rien dit, mais n'en pensais pas moins. En fait, j'étais plutôt du genre à ne rien donner de mes impressions à moins qu'on ne me le demande bien entendu. Mais je gardais tout pour moi. Ainsi, elle ne saurait pas que je l'avais remarqué et que j'avais deviné qu'elle était pensive. Plus que pensive apparemment.

    - Heu...C'est que j'habite dans ce quartier, et je travaille dans la rue. Je vends des fleurs...


    Eh bien ? Serait-on gêné de sa profession ? Ne se sentait-elle pas médiocre à mes côtés ? Oui, c'est bien ce que j'avais ressenti. Elle se rabaissait toute seule. Suis-je si imposant ? Ais-je l'air de quelqu'un qui méprise autant les gens ? Bon, il faudrait s'accommoder à cette tendance. Ce n'était pas si rare, de toute façon. Et j'en connaissais suffisamment, de femmes, pour avoir répertorié pas mal de genre. Je n'étais donc pas déchanté pour autant.

    - Je...J'aime tant les fleurs ! Rester à leurs côtés toute la journée me ravit ! Elles sont si belles, leurs pétales si douces ! Je ne connais rien de plus beau dans le monde. Elles paraissent fragiles et faibles, mais pourtant, après des millions d'années, elles ont survécus à tout. En réalité, elles sont si fortes !

    Finalement, elle semblait l'aimer son métier. Enfin plus l'objet que la vente en elle-même. Soit. Elle vendait des fleurs dans la rue qu'elle habitait. Si je ne me trompais pas, elle ne devait pas faire fortune de ce côté. En plus de ne pas être aussi bondée de monde que ma grande rue, la plupart des personnes s'y trouvant n'avaient aucune envie d'acheter des fleurs ou n'avaient pas suffisamment d'argent pour le jeter ainsi par les fenêtres.
    Ce qui expliquait en parti le fait qu'elle ne croule pas sous l'argent et qu'elle ai se soit donné autant de mal pour se procurer cette robe.

    - Cela fait plaisir à entendre, quelqu'un qui aime sa profession autant que j'aime la mienne.


    Après quelques pas fait dans la bonne humeur, nous étions arrivé devant ma boutique et je m'arrêtais face à elle, cherchant les clefs dans ma poche gauche, sans me défaire du contact que nous entretenions. J'en sortait une un peu tordue, en cuivre, ornée d'un ruban bleu roi par lequel je la suspendait à un clou planté dans le mur d'entrée. C'était une façon comme une autre de la rangée. Un peu décalée, mais tout de même.

    - Nous y sommes, dis-je en poussant la porte après un léger déclic.

    J'ouvrais la porte en grand, l'invitant à passer devant moi. Une façon de savoir si oui ou non, elle me ferait assez confiance pour y entrer. Mon sourire séducteur ne serait sans doute pas pris en compte dans son choix, mais tant pis. Je n'y faisais plus attention, par habitude.


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MessageSujet: Re: Déchirure à double tranchant [PV Evan][Terminé]   Mar 30 Aoû - 13:00

  • Nous continuions de marcher vers une destination précise. Son atelier. Je m'étais souvent demandée à quoi pouvait ressembler un atelier, de couturier, mais aussi de manière général. Moi qui n'avait jamais mis les pieds dans ce genre d'endroit. Préférant la rue, par habitude et certainement aussi un peu par dépit. Je me confondais pas vraiment avec le reste du monde, je n'y voyais pas mon compte. On se moquait assez de moi là où j'étais né, alors pourquoi devenir la risée des autres, encore autre part. Partout où j'allais, je devrais me faire rabaisser ? Ce n'est pas l'idée qu'on aime à se faire de la vie. C'en est tout le contraire. Alors pour moi, pas question de changer mes habitudes. Je ne travaillais pas dans les quartiers riches ni bondés. Bizarrement, j'étais habitué à la misère. J'en faisais partie intégrante, et je ne le reniais pas. Bien au contraire. Même si la plupart des gens l'auraient fait volontiers.

    Quand je passais devant les autres, avec lui, je ne pouvais m'empêcher de penser que chaque personne que j’apercevais, aurait peut-être pu m'acheter une fleur. Je voyais subitement mes revenus de la journée tombés à zéro, même si, sans se voiler la face, je n'avais pas besoin de ne pas être présente sur le terrain, pour ne rien gagner. Mais j'aimais à le croire, alors cela m'affligeait quelque peu. Lui devait sans doute plutôt bien réussir à s'en sortir non ? En tout cas mieux que moi. Mais lui avait un talent, lui était doué. Et c'était la couture. Moi je n'avais rien pour moi. Rien du tout. Je faisais partie de ces gens banal, sans atout. Sans chance. Parfois, quand j'y pensais, quand j'étais confronté à ceux qui savaient faire quelque chose de bien, je m'en chagrinais. Je n'étais pas jalouse. Juste triste. De ne pas faire partie de ceux, qui pouvaient être capable de quelque chose.

    - Cela fait plaisir à entendre, quelqu'un qui aime sa profession autant que j'aime la mienne.

    Je souriais à peine. D'un éclat de joie faible, qui se meurt en une seconde. Oui j'aimais ma profession si on pouvait appeler ça une profession. Mais il n'y avait là rien de glorieux de toute façon. N'importe qui serait capable de se poser dans la rue, et d'y vendre des fleurs. Vendre ? Alors que je les offrais de bon cœur naïvement à la première personne qui croisait mon chemin ? Encore un défaut de plus sur ma liste. Encore un. Malgré tout, j'aimais descendre dans les ruelles le matin avec mon panier, et d'y voir tout ce dégradé de plante, de formes, de couleurs. C'était suffisant à m'égayer pour la journée. Voir pour la semaine. De toute façon, j'avais toujours l'air heureuse et un peu bête. Je m'y étais accommodé, sans pour autant l'accepter. Et puis, j'avais décidé de ne plus me méfier de cet homme, à l'instant où j'avais pris son bras. Et même un peu avant.

    Je ne doutais pas qu'il puisse aimer sa profession lui aussi. Sans doute était-ce un homme passionné et volontaire. C'était une impression qu'il me donnait. Et je ne doutais pas de voir cette même impression se confirmer. Mais plus nos pas nous rapprochaient de l'atelier plus j'étais curieuse, et cela devait se voir. Je sautillai presque maintenant, comme quand je suis excitée. Comme une envie de rejoindre quelqu'un, ou de découvrir de nouvelles choses. Et puis, je pressai légèrement le pas. Mais légèrement. Assez pour qu'il suive le rythme sans comprendre que je l’accélérais. Subtilement donc. Pour ne pas montrer que j'avais de plus en plus envie de découvrir son univers, son endroit de merveilles et de créations. Décidément, quelle excitation que tout cela. Finalement, cette rencontre avait du bon !

    - Nous y sommes,

    Je ne l'avais pas regardé, lorsqu'il m'avait fait signe de passer devant lui. Je ne l'avais pas regardé, depuis notre premier regard confondu. De toute façon, je savais à quoi il ressemblait, et je ne m’embarrassais pas de coups d’œils ou de ce genre de choses. J'avais eu ma dose tout à l'heure. Je ne comptais pas recommencer. J'entrais naturellement, comme si je connaissais bien l'endroit. Comme si je le connaissais bien lui. Gracieusement, comme je l'étais toujours. Un des rare compliment qu'on m'avait fait sur mon comportement. J'entrais donc, et à peine eu-je franchi le seuil, que mes yeux s’illuminèrent de milles feux. Et voilà, mon malheureux côté expansif allait reprendre ses droits sur moi. Misère. Tout ce que je ne voulais pas. Je joignais mes mains devant moi, eu un applaudissement discret. Rien que de voir les tissus, m'éblouissait déjà. J'en perdais mes mots. Et comme une gamine, me mit à presque courir, un peu partout, en dévorant des yeux ce qui se dressait devant moi. Un monde différent et magique.

    -Oh ! C'est...C'est...mieux que le Pays des Merveilles d'Alice ! C'est réel ! Et j'y suis ! Mais si c'est le conte, vous seriez le Morse.


    Le Morse. Dans Alice, l'être atteint par la perte d'un être chère. Toujours lointain et passif. Toujours rêveur à le retrouver.
    J'avais parlé pour moi. Un Pays des Merveilles.

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MessageSujet: Re: Déchirure à double tranchant [PV Evan][Terminé]   Mar 30 Aoû - 14:14

    A la voir comme ça, se précipiter à l'intérieur, les yeux pétillants, je me suis senti bien. Étrangement bien. A la voir, on aurait dit que ça avait toujours été son rêve le plus chère que de rentrer dans un atelier de couturier. Mais ne nous leurrons pas non plus. Je n'avais pas accompli quelconque exploit en l'emmenant ici. Mais tout de même... Je me sentais heureux pour elle qui semblait si émerveillée. Il fallait dire aussi que mon atelier était un peu spécial. On aurait plus dit une malle à costume géante plutôt qu'un lieu de travail. Je n'étais pas particulièrement organisé ce qui donnait à la pièce un charme particulier. Et une faible odeur de rhum flottait dans l'air à cause de ma manie de boire en travaillant. Ce qui me valait nombreuses piqures aux mains lorsque j'additionnais l'alcool avec la rapidité.

    Je m'amusais à la voir tourner autour de mes créations, de mes tissus, de mes outils. Mais la plus belle chose dans mon atelier était de loin mon fauteuil. Et ce que je préférais le plus, après mes robes. Voilà un bien dont j'aurais du mal à me séparer. Et pourtant, il vaut une petite fortune. D'ailleurs, bien souvent je me suis questionner sur son abandon. Pourquoi l'avoir oublié dans l'arrière boutique où je stockais maintes et maintes choses ? Alors je m'imaginais des histoires fantasques toutes aussi improbables les unes que les autres et je me plaisais à dire qu'improbable n'est pas impossible.

    -Oh ! C'est...C'est...mieux que le Pays des Merveilles d'Alice ! C'est réel ! Et j'y suis ! Mais si c'est le conte, vous seriez le Morse.


    Le Morse... Pourquoi avait-il fallu qu'elle me compare avec ? Bien... Au moins, elle avait visé juste en ne me nommant pas Chapelier fou. J'aurais au moins fait une heureuse ce jour-ci. Mais plus je la voyais bouger, si ce n'était danser, dans mon atelier, plus le souvenir de Méline me revenait. Et je m'efforçais avec peine de le chasser pour laisser une chance à cette jeune femme de me montrer qui elle était réellement et pas à qui elle ressemblait. Je ne voulais pas y voir ma sœur. D'ailleurs, je ne savais pas à quoi elle ressemblait maintenant. Sans doute avait elle son âge, voir un peu plus jeune. Et je doutais que sa grâce se soit envolée avec les années. Soit.
    Je me retournais et cherchais le tiroir qui renfermait mes bobines de fils. J'en avais tant, des tiroirs, que je ne savais jamais où je mettais les choses. Alors, tête en l'air comme j'étais, je ne prenais même pas la peine de les mémoriser ni même de les ranger correctement. Quand je fus tombé enfin sur le bon, je choisis quelques teintes qui me semblaient correspondre à sa robe et entrepris de les comparer au tissus. Une fois le fil choisi, je tirais une aiguille accroché à mon pan de chemise et commençais mon travail, accroupi sans classe particulière, sans boire non plus.

    - Ne bougez plus comme vous le faite ou bien je risque de vous piquer...


    Une bonne dizaine de minutes en tout pour raccommoder sa robe de manière à ce que la cicatrice soit totalement invisible. J'étais satisfait. Mais pas entièrement... Mais bon, pour l'instant je m'y étais fait.
    Alors je m'approchais de ce qui semblait être un panneau où reposait de longues étoffes nacrées déclinant du vert au bleu et les lui ôtait, présentant un vieux miroir abîmé par le temps et un peu poussiéreux.

    - Regardez et dites moi ce que vous en pensez.


    Je me reculais un peu pour m'assoir dans mon fauteuil magenta serti de pierres diverses, comme un roi dans son royaume, un sourire aux lèvres dans une expression étrange qui n'appartenait qu'à moi.
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MessageSujet: Re: Déchirure à double tranchant [PV Evan][Terminé]   Mar 30 Aoû - 14:44

  • Enfin ! J'avais eu la chance de voir à quoi ressemblait un atelier de couture ! C'était vraiment un instant dont je me souviendrais toujours. Je ne crois pas avoir connu plus belle chose. A ce moment là, c'est comme si j'avais tout oublié le monde de l'extérieur. Comme si il n'y avait jamais que eu cet endroit. Juste ça. Et l'idée m'enchantait à vrai dire. Cet endroit trouvait à mes yeux, l'imagine d'un monde parfait. Je m'amusais vraiment, à analyser soigneusement chaque outil, chaque recoin de la pièce. Comme je le faisais rarement pourtant. Finalement, je ne regrettais pas de l'avoir suivi jusqu'ici. Le hasard que j'avais cru fatal, n'était en fait, rien de tout ça. Non, ça avait été un hasard enchanteur. Et puis, c'est aussi grâce au fait que je lui rappelais sa sœur, sans doute. Sinon, je ne pense pas qu'il se serait attardé sur une personne aussi insignifiante que moi. Non, je ne pensais pas. En fait j'en était sur. C'était évident. Puisque lui, avait tant de charme et tant de présence. Alors que moi, on m’effaçait facilement pour une autre. On m'oubliait.

    Il fallait que je me calme. Même si je n'arrivais pas à cesser de virevolter un peu partout. A vrai dire, je ne voulais même plus arrêter. J'avais tellement envie de continuer à aller d'un bout à l'autre de l'atelier, comme une abeille s'en allant butiner une fleur après l'autre. Mais le moment du raccommodage s'en était venu, je devais donc me calmer. J'avais toujours été du genre jovial, mouvementée, fraîche. Une fois que j'avais confiance en la personne. Confiance en l'homme. Lui, ne semblait pas comme Gareth. Semblait. Et comme je le savais si bien, les apparences sont trompeuses. Pourtant, cette fois, j'avais envie de lui faire confiance, sans rien penser. Laissant les choses se passer, ne pas tirer de conclusions hâtives. Je n'aime pas juger les gens. Et je n'aime pas qu'ils me jugent. Je n'en faisais donc rien, et je trouvais ça normal.

    - Ne bougez plus comme vous le faite ou bien je risque de vous piquer...

    Le moment du travail était donc arrivé. Ne pas bouger, c'était chose compliquée pour moi. Et j'étais gênée, qu'il soit ainsi accroupie, face à mes jambes. J'avais honte pour tout dire, mais la gêne était plus forte. Je n'arrivais pas à m'empêcher de rougir bêtement. Je devais avoir une tête pas possible. Je tentais bien de me raisonner, c'était son travail de toute façon, oui, il se fichait de moi, il cousait juste. J'avais beau me le répéter, ma tête tournait pourtant. Je prenais alors soin de détourner les yeux, et mes mains virent naturellement se poser sur mes joues rouges. Je tentais désespérément de les cacher. Maintenant, sans doute avais-je l'air encore plus stupide qu'avant. Mais je n'y pouvais rien, je n'arrivais pas à me contrôler. J'avais honte d'être gênée ainsi. Tout comme une jeune vierge effarouchée. Quand bien même ce fut le cas...Mais bon, sur le moment, je redoutais qu'il ne pensa cela de moi, à me masquer ainsi de ma rougeur naissante et bien apparente. Peut-être aurais-je du le laisser me voir dans cet état ? L'idée me déplaisait et de toute façon, il avait du s'en douter à l'instant où j'avais monté mes mains à mon visage. Pourtant, je n'arrivai pas à réprimer un petit sourire. Doux et amusé par ma bêtise. J'aurai même pu en rire, tellement je me sentais bête. C'était tout moi.

    - Regardez et dites moi ce que vous en pensez.

    Alors qu'il avait fini sa besogne, il s'était installé dans un fauteuil, qui n'était pas vraiment de mon goût. Mais je m'amusais de voir la manière dont il se tenait assis là. On aurait pu croire à un maître de manoir, dans un roman gothique. Cette pensée m'arracha un sourire frais. Puis, me concentrant sur le travail accompli, je tournais sur moi-même, en tenant les deux côtés du bas de ma robe. Cette fois, il avait vu mes jambes, mais je n'y avais pas pensé. Après un tour, je me tournais vers lui, ayant pris soin d'étudier rapidement son travail. Je ne doutais pas de son talent. J'étais si heureuse, qu'il ne fut doute, que mes yeux devaient briller de joie. Sans réfléchir, je trottinai vers lui et lui sauta au cou. Un grand sourire enchanté et sincère. Comme si j'avais vu une fée.

    - C'est merveilleux ! Vous êtes une fée n'est-ce pas ?

    Trop tard. Je venais de m’apercevoir de mon geste. Je lâchai subitement son cou. Si cela aurait une femme, j'aurai été à l'aise et sans regrets. Une forme de complicité naturelle. Mais pas là. Pas avec un homme. Je m'en voulais, et en même temps, pas vraiment. C'était tout à fait mon genre. Je décidai de ne pas m'excuser. Cela aurai été m'excuser d'être moi même. Toujours aussi souriante, je me remis à tourner, heureuse comme jamais. Pour une des premières fois, je me trouvais bien, avec cette robe raccommodée. Le cœur léger, je m'en allais vers mon panier, prendre la plus belle fleur, lui poser derrière l'oreille pour le remercier. Une fois le geste accompli, je recommençais à tourner. Heureuse. Si heureuse. Comme une enfant. Comme la jeune fille que j'étais.
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MessageSujet: Re: Déchirure à double tranchant [PV Evan][Terminé]   Mar 30 Aoû - 18:25

    Sa façon de tourner, de se regarder. Tout cela me faisais un bien fou. Comme une brise fraiche. C'était fichtrement agréable. Tellement que je mourrais d'envie de lui demander de continuer à bouger ainsi. Elle était gracieuse et plutôt agréable à regarder dans ses mouvements ou non. Son corps, bien qu'il ne soit pas plus que ça embelli par sa robe, possédait des courbes douces et fines comme je les aimais. Cela changer des nobles bien charnues, des vielles trop voutée et des enfants trop maigres. Il était peu commun de tomber sur pareille courbes et je savais les repérer. En règle générale. Car sa tenue ne la mettait pas franchement en valeur à cause de sa taille trop ample, de ses tissus trop simples et de son ruban trop grossier. Je ne me rêvais que d'une chose : l'habiller. Jouer à la poupée avec elle m'aurait bien plu. Lui confectionner une robe encore davantage. Mais elle n'en avait malheureusement pas les moyens. Une des miennes, même la plus simple, coûtais au moins le triple du prix de celle qu'elle s'était achetée avec tant de mal.

    Alors peut-être que je pourrais lui offrir... ? Le prendrait-elle bien ? Était-ce tout à fait correct de ma part ? Je ne pensais pas, à ce moment, que ce fut la meilleur idée que j'avais eu depuis. Mais un jour peut-être m'y risquerais-je ? Il fallait voir. Puis j'étais assez fortuné pour me le permettre.

    Mais voilà maintenant que son rire fit résonner le mien. Plus grave, masculin. Voilà qu'elle se jetait dans mes bras, m'enfonçant un peu plus dans mon fauteuil douillet. Et que faire si ce n'était rire encore et toujours ? J'étais trop surpris pour être mal à l'aise et lui montrer quelconque gêne aurait été déplacé de ma part. Alors au lieu de la repousser, je la laissais faire sans cesser de rire, amusé par cette spontanéités.

    - C'est merveilleux ! Vous êtes une fée n'est-ce pas ?


    - Peut-être bien ! Je suis heureux que cela vous plaise.


    Un sourire de plus. Mon rire était éteint mais pas ma bonne humeur. J'avais tellement envie de lui faire une tenue... Ou qu'elle en essaye une des miennes... Seulement, en essayer une en sachant que jamais elle ne pourrait s'en offrir une pareille était malsain. Cela n'aurait pour effet que de la déprimer si ce n'était de la rabaisser encore.

    Mon regard se portait alors sur la vitrine. Une dame d'un certain âge s'y attardait, essayant de voir à travers elle pour deviner si oui ou non elle était ouverte. Pourquoi ne poussait-elle pas la poignée ? Allez-dont le lui demander. Mais je n'avais aucune envie que l'on me dérange aujourd'hui. Et donc, je ne recevrais aucun client, qui que cela puisse être. C'était hors de question, pas tant qu'elle serait là... Mais elle... qui ? Il fallait bien qu'elle se révèle un jour ou l'autre. C'était inévitable. Alors tant qu'à faire...

    - Puis-je connaitre votre nom, mademoiselle ?


    L'indiscrétion n'était d'habitude pas l'un de mes défauts. D'habitude.
    Je me précipitais vers la vitrine et rabattais les rideaux sous le nez de la femme qui tentait de m'épier puis allumait quelques bougies éparpillée un peu partout dans la boutique. L'on n'y voyait pas très distinctement, mais suffisamment pour ne pas tomber en s'entravant dans une robe et pour tenir une discussion.
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MessageSujet: Re: Déchirure à double tranchant [PV Evan][Terminé]   Mar 30 Aoû - 21:07

  • Son rire me paraissait beau. Grave, comme celui de Gareth. Comme celui d'un homme, tout simplement. Je l'avais écouté, et il avait monté en écho avec le mien. C'était étrange, comme nos deux vois à l'unisson s'accordaient dans la pièce, et s’effondraient sur les murs, avant de retentir de plus belle. Cela me faisait penser aux chorales. Où les chœurs se rejoignent pour ne former plus qu'une seule et même voix, une note. Une fusion parfaite, une harmonie total. J'avais toujours trouvé ce genre de choses plutôt agréables. Mais même les plus douées des chorales, n'auraient pas été plus belles et, n'auraient pas apporté plus de joie, que le rire de Mr.Amos et le mien, réunis. Lui qui avait toujours l'air triste et ailleurs. Je l'avais entendu rire, et grâce moi. J'avais été capable de quelque chose. Et ça, ça me paraissait grand. Vraiment, quel bonheur de l'entendre lui aussi. J'ai toujours aimé voir les autres heureux, rire, sourire. C'est vrai, c'est quelque chose qui me parlait. Alors, rien ne pouvait être plus beau que ce moment.

    - Peut-être bien ! Je suis heureux que cela vous plaise.

    Oui, cela me plaisait et bien plus encore. Finalement, j'avais bien fait de ne pas m'excuser, car il avait rit, et n'avait pas sembler choqué. En tout cas, si il l'avait été, il ne me l'avait pas montré. Et je l'en aurai remercier. Et si en fin, il avait été vraiment surpris ? Si il m'avait trouvé tout à fait déplacée ? L'idée me rendait un peu mal, mais tant pis. Je préférais ne rien croire, si c'était pour mal le faire. Encore mieux à penser que mon comportement l'avait amusé. Oui, qu'il me trouve particulière. Mais en bien, pour changer un peu. Je ne sais pas pourquoi, mais subitement j'en oubliais mon angoisses des débuts.Me revoilà totalement moi. Quelle joie de pouvoir sourire sincèrement, sans éviter son regard maintenant. Sans n'oser le regarder. Lui que je trouvais fort charmant. C'est vrai. Certainement, avait-il quelqu'un qui partage sa vie. Et puis, il était si doué. Quelque part, la question me titillait, dans mon instinct curieux. Mais avec lui, je le retenais.Je ne voulais pas lui paraître trop étrange-même si à mon avis, c'était raté-, ni trop démonstrative-là encore sans doute étais-ce chose faite-, sans savoir pourquoi. Comme si son opinion à lui m'importait plus que celle des autres. Je ne savais pas, et je décidais de pas m'attarder sur le songe en question. J'étais au Paradis ici. Avec une fée. Une fée des Aiguilles.

    - Puis-je connaitre votre nom, mademoiselle ?

    Quand il m'avait posé cette question, il était allé précipitamment fermer boutique, si on peut dire ainsi. Alors qu'une dame était collée devant la vitrine. Je ne savais pas pourquoi il avait fermé devant son nez. Peut-être essayait-il de l'éviter ? Peu être une connaissance qu'il n'appréciait que moyennement ? Ou bien tout simplement, était-fermé. Je le regardais, avec un once de curiosité. J'aimais bien m'imaginer des scénarios, des possibilités au pourquoi du comment. Parfois, c'était trop amusant, même tout le temps. C'était un de ces loisir stupide qui me faisait bien rire. Pouvoir penser à n'importe quelle idée saugrenue, c'était divertissant. Le plus dur était ne pas s'y fier ensuite. Car l'imagination, n'est pas étroite avec la réalité. Et ça tout monde le savait bien. En tout cas, moi je le savais.

    Je m'étais arrêté quand il m'avait demandé. En fait, c'était vrai, et évident, il n'aurai pas pu tenir très longtemps encore sans me demander. Et puis c'était tout à fait légitime en même temps. Puisque je connaissais son nom. Et, après m'avoir aidé comme il l'avait fait, il aurait pu me demander n'importe quoi je lui aurais répondu. Avec plaisir et reconnaissance. D'ailleurs, je remarquais qu'il avait gardé la fleur à l'oreille, et cela me fit grandement sourire. Peut-être l'avait-il juste oublié ? C'était amusant, car elle lui donnait une touche féminine qui ne faisait que le ravir encore plus. Vraiment, j'avais bien choisis la fleur qui lui correspondait. De plus, elle voulait dire quelque chose de particulier. Ah, le langage des fleurs. La plus belle langue sur Terre, il n'en fait aucun doute0

    - Oui. Opale.

    Une pierre précieuse. Pourtant, j'étais loin d'être de telle valeur.
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MessageSujet: Re: Déchirure à double tranchant [PV Evan][Terminé]   Mar 30 Aoû - 22:14

    - Oui. Opale.

    Opale... C'était beau. Raffiné. Très délicat. Maintenant je n'aurais su l'appeler autrement, comme si cela était évident. Cependant, qu'elle se soit prénommée Rose ou encore Violette ne m'aurait pas intrigué outre mesure. Cela m'aurait parut presque logique. Mais plus maintenant. Opale était vraiment un des plus doux prénom que j'avais entendu depuis. Et il lui allait parfaitement.
    Mais Opale... N'était-ce pas cette pierre à la mauvaise réputation ? Mais c'était aussi une très belle pierre. Je l'avais souvent vue d'un blanc vitreux aux reflets multiples, les rayons du soleil ne faisant qu'augmenter son opalescence sur le cou de dames plus ou moins âgées. Mais il était vrai que très rarement je l'avais vue en possession de jeunes demoiselles. Peut-être était elle trop chère pour la plus riche d'entre elle ? Je n'en savais rien et honnêtement, ce n'était pas un de mes sujets de conversation préféré.

    - Eh bien. C'est ravissant ! Honneur à ceux qui l'ont choisi pour vous.


    Je passais négligemment ma mains dans mes cheveux à la manière d'un peigne. C'était là une habitude. La plupart du temps lorsque j'étais fatigué ou trop gêner pour oser faire autre chose. Mais ce qui me perturbais cette fois, c'était que je ne ressentais pas la moindre once de fatigue et encore moins de gêne. Peut-être était-ce simplement parce que cette manie c'était tant amplifiée que je le faisais maintenant sans raison particulière voir parfois sans même m'en rendre compte ? Était-ce devenu un tic que j'avais pris à force d'usage ? Oui, certainement, cela devait être ça.

    Au moment ou mes doigts s'emmêlèrent dans mes cheveux d'un blond tirant vers le châtain, quelque chose à la texture étrange me frôla. J'en sorti alors une fleur aux pétales fines et nacrées. Blanche. Je ne connaissais pas très bien leur nom en général. Mais je ne me rappelait pas l'avoir mise derrière mon oreille à aucun moment. Peut-être, dans mon euphorie, Opale me l'avait-elle glissée ? Cela ne faisait aucun doute. Ce qui, une fois de plus, m'arracha un léger rire.

    - Qu'est-ce que c'est ?


    Je portais la fleur sous mon nez et la sentais sans trop de retenu, avec la délicatesse qu'il fallait, ni plus ni moins de cérémonie. Un parfum agréable, délicieux. Le même à quelques nuances près que celui d'Opale. Les fleurs étaient de si bonnes compagnie pour qu'elle en soit entourée en permanence de telle façon qu'elle en ai même prit leur parfum ? C'était étrange mais pas tout à fait impossible.
    Je la tournais entre mes doigts, regardant inlassablement ses voluptueuses pétales.

    Mes connaissances en la matière s'arrêtaient aux banalités. Je savais que l'on offrait communément des roses aux personnes aimées, qu'il y avait des marguerites dans les jardins et quelques tulipes, mais je n'avais pas été plus loin dans ma curiosité. Ce qui m'aurait bien été utile aujourd'hui. Quel dommage de ne pas pouvoir jouer avec cette connaissance en présence d'une demoiselle si charmante.

    Charmante...


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MessageSujet: Re: Déchirure à double tranchant [PV Evan][Terminé]   Mar 30 Aoû - 22:33

  • - Eh bien. C'est ravissant ! Honneur à ceux qui l'ont choisi pour vous.

    Je décrochais un léger sourire. En terme de prénom, mes parents avaient toujours eu des goûts plutôt originaux. Même pour mon frère. Cela m'amusait plutôt chez eux. A vrai dire, ils n'aimaient pas tout ce qui est banal. Le trop vu, le connais par cœur, sans doute, voulaient-ils que leurs enfants aient un prénom des plus ravissants, des plus originaux, et qu'ils nous considéraient comme tels. J'aimais son prénom à lui aussi. Mais je me gardait bien de lui dire. A vrai dire, je n'osais pas prononcer son prénom. Si je me serais adressée directement à lui, j'aurai énoncé son nom de famille, précédé d'un respectueux "monsieur", car il était évident, qu'il était plus âgé que moi. Certainement pas de beaucoup, mais quand même. Ou bien faisait-il plus que vieux qu'il ne l'était ? Possible. Moi, on me jugeait souvent plus jeune d'un ou deux ans. Cela ne me faisait ni chaud ni froid. Je suis à l'âge avec mon âge. Et puis, je ne suis pas encore adulte ,loin de là. Même si dans l'âge, j'en approche, je trouve cela ennuyeux comme notion. Grandir, devenir adulte. Comme cela doit être d'un ennui. D'être grand.

    - Qu'est-ce que c'est ?

    Je souriais, avec un petit rire content qui s'échappait de ma gorge. Finalement, il l'avait bien oublié en fin de compte. Il avait laissé la fleur là, sans s'en rendre compte. Je revenais vers lui. Et me penchais légèrement en avant, comme on le fait aux enfants quant on s'adresse à eux pour leur expliquer quelque chose. Cette attitude, je n'avais pas attention, en l'ayant. Je m'étais penchée, puisqu'il sur son fauteuil, il était un peu plus bas. Et même, oubliant la vue sur mon décolleté. Si je m'en étais aperçue à ce moment là, j'aurais sans doute rougis comme ce n'était pas permis. Quand à cette question, j'étais plutôt ravie qu'il me la pose. Peut-être par politesse, mais je ne pensais pas. Sinon, il n'aurait pas demandé, il l'aurait regardé, et m'aurait dit un merci, ou m'aurait donné un beau sourire. Comme il savait si bien le faire.

    Toujours le sourire aux lèvres, je posais mon index fin sur ses lèvres, pour le faire taire. Par amusement du geste en lui même et pour lui expliquer de vive voix, comme j'aimais à le faire quand il s'agissait de questions de ce genre. Et puis, j'eus à son égard, un clin d’œil enjoué et malicieux. J'étais enfin comme je l'étais vraiment avec quelqu'un. En tout cas, une fois que j'avais confiance. Je retrouvais bien là mon comportement étrange et atypique, qui me façonnait. Doucement, je me penchais encore un peu, et avec un petit sourire pétillant en coin, avoua, ce qu'était cette fleur Blanche que je lui avais posée derrière l'oreille.

    - C'est une Mauve Blanche. Cela signifie "Souffrance Silencieuse".

    Je m'éloignais, retirant mon index de sur ses lèvres. Ma peau était douce, et ses lèvres un peu sèches. Ce fut un contact original, que j'avais bien aimé. Oui c'est vrai, mon doigt n'avait frôlé qu'une seconde ses lèvres, et pourtant, j'avais apprécié, durant ce moment, le contact. Je ne savais pas pourquoi je pensais à ça. Mais j'y pensais.

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MessageSujet: Re: Déchirure à double tranchant [PV Evan][Terminé]   Mer 31 Aoû - 11:57

    Pourquoi est-ce qu'elle faisait ça ? Pour mimer ses dires ? Ou bien voulait-elle réellement que je me taise ? A moins que cela ne soit simplement pour obtenir un quelconque contact avec moi. Aussi proche, je pouvais encore mieux sentir son parfum qui me plaisait tant. J'aurais pu rester là des heures, simplement pour la voir d'aussi près et pour avoir cette odeur sous le nez. Elle était dans une position... comment dire... osée. Finalement très déplacée. Mais s'en rendait-elle seulement compte ? Je n'en étais pas certain et préférais ne pas me risquais à lui faire la remarque. La vue n'était pas non plus déplaisante, mais là encore, je ne m'y attardais pas. Ce n'était pas mon genre, me rincer l'œil ainsi dans le décolleté d'une jeune femme. Alors je fixais simplement ses yeux pétillants au vert agréable, en souriant comme toujours et retenant quelques frissons à son contact. Frissons... D'où me venaient-ils ? J'avais là-dessus ma petite idée...

    - C'est une Mauve Blanche. Cela signifie "Souffrance Silencieuse".


    Cette fleur, force de l'avoir regardée ainsi tourner avant qu'Opale ne se penche sur moi, me faisais vaguement penser à une robe que j'avais faite aillant la même configuration. En cinq parties, les bribes de tissus partaient de la taille pour fondre sur les jambes jusqu'à mi-mollet de manière à ce qu'elle évoque une fleur retournée. Cela avait été une de mes création préférée et je l'avais faite pour le simple plaisir, sans avoir l'intention de la vendre. Il m'arrivait parfois de créer des tenues sans but particulier. Elles étaient taillées pour des corps parfaits aux courbes harmonieuses et le plus souvent d'une très grande valeur. Valeur qui dépendait du temps que j'avais mis pour les confectionner, des matériaux utilisés et de leur originalité. Celle-ci comptais un certain montant, pesant lourd dans une bourse, même pour celle d'un noble bien payé.

    - Cela me rappel une robe que j'ai faite il y à quelques temps. J'ai refusé de la vendre à plusieurs reprises car leur silhouette n'était pas approprié à l'objet et que je refusais de la détruire pour élargir le corset. J'ai perdu quelques clientes de cette façon, mais tant pis. Que diriez vous de la passer, Opale ?


    J'avais dit cela sans détourné mon regard un instant du sien, sans même trop réfléchir à ce que je lui disais. Je doutais même du fait que la robe lui convienne à cause de sa taille un peu trop fine. Mais peu importait, je serrerais un peu plus le corset que prévus. Et puis, qui sait ? Il était tout à fait possible qu'aucun corps de la sorte ne se représente pour y entrer. Alors autant prendre cette occasion comme une chance. Aussi, j'avais penser à lui en faire revêtir une depuis qu'elle avait pénétré dans mon atelier, alors tant qu'à faire...

    Cependant, je repensais à la signification de cette fleur qu'elle m'avait posée derrière l'oreille et dont elle m'avait soufflé le nom. Souffrance Silencieuse. Pourquoi ? L'avait-elle fait exprès ? Ou était-ce le fruit du hasard ? Car vraiment, cela ressemblait fort bien à mon état d'esprit général... Sauf aujourd'hui... Sauf aujourd'hui où j'étais en la présence d'une jeune femme fort charmante... En la présence de cette Opale.
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MessageSujet: Re: Déchirure à double tranchant [PV Evan][Terminé]   Mer 31 Aoû - 12:39

  • Plus je l'observais et plus je me disais que, j'avais bien trouvé la fleur qui lui correspondait. Je souriais toujours, maintenant éloignée. Mes yeux continuaient de dévorer les alentours d'un simple regard. Il me faudrait quitter l’atelier, et quelque part, cela me chagrinait quelque peu déjà. Sans doute n'aurais-je jamais le loisir d'y revenir. Alors, partir, me donnait une sensation étrange, de déception je crois. Oui c'est cela, comme de la déception. Quitter cet endroit magique, ce serait difficile et pesant. Quitter le rêve pour la réalité, n'est jamais plaisant de toute manière. Alors, c'était certain, ce moment, je ne le portais pas dans mon cœur. Mais toute chose un fin, et finalement, je préférais ne pas y penser. Après tout, nous venions à peine de nous parler vraiment. Lui à peine de connaître mon nom. Qu'il avait aimé. Comme beaucoup de monde avant lui. Mais bizarrement, venant de sa part, le compliment m'avait paru de loin, la fois la plus agréable à l'entendre. C'est si étrange, que je n'en reviens toujours pas moi même. Me voilà avec une fée des aiguilles.

    J'avais envie de le regarder de façon plus appuyée. D'habitude, cela ne m'arrivait jamais, au grand jamais. Je m'étonnais moi-même, mais j'avais l'envie de détailler son visage. Ses traits, son sourire, ses yeux, ses lèvres-que j'avais eu la chance de pouvoir frôler seulement-. Je ne comprenais pas pourquoi, cela ne me ressemblait pas vraiment. Quoique. Je ne pouvais pas mettre ça sur le compte de la curiosité, car je savais que ce n'était pas ça. Mais alors quoi ? Finalement, je ne pouvais pas répondre à cette question. J'en avais envie et c'est tout. Encore le regarder. Sans toutefois croiser son regard. Juste le regarder encore un peu. En un soupire léger, je relevais les yeux vers lui, vers cet homme. Ce couturier hasardeux et rêveur, qui se nommait donc Evan. Quel beau prénom décidément. Et comme il lui allait bien ! Me voilà en train de le fixer. Heureusement, pas longtemps. Juste assez pour graver ses traits dans ma mémoire visuelle imparable. Comme une photographie. Voilà son visage en tête. Impossible de l'oublier désormais. Et je n'y comptais pas.

    - Cela me rappel une robe que j'ai faite il y à quelques temps. J'ai refusé de la vendre à plusieurs reprises car leur silhouette n'était pas approprié à l'objet et que je refusais de la détruire pour élargir le corset. J'ai perdu quelques clientes de cette façon, mais tant pis. Que diriez vous de la passer, Opale ?

    J'avais été plutôt étonnée. Et immédiatement, dans ma tête, se dressa une liste des bonnes raisons pour refuser. En même temps, ce serait sans doute la seule occasion que j'aurai de pouvoir essayer de telles merveilles. Mais à quoi bon ? De toute manière, je n'irais pas bien là dedans. J'étais persuadée, que c'est encore les vêtements de mauvaise facture, qui m'allaient le mieux. Jamais je n'aurai osait penser à porter une seule fois ce genre de robe. C'était trop pour moi. Je n'en étais pas digne, je le savais bien. Alors je me demandais pourquoi avait-il eu cette idée, subitement. C'est vrai, la question me titillait l'esprit. Mais je ne pouvais pas lui demander. Je redoutais une réponse vague, ou trop blasée. cela m'aurait fait du mal, autant que j'en avais eu au début de notre rencontre. Autant que j'en ai dans ma vie.

    Mes pas me guidèrent jusqu'à lui. Je tenais les deux côtés de ma robe au niveau des cuisses. Toucher son tissu me réconfortait dans la plupart des cas, et me donnait une indescriptible bouffée de joie, sans même que je ne sache pourquoi. Cela me rendait presque aussi joyeuse qu'à sentir et distribuer des fleurs. Presque. Devant lui, je penchais la tête que le côté. Cet air que l'on prends, quand on se pose une question, quand on est en proie à une interrogation et qu'on essaye pas de le cacher. Je clignais des yeux, toujours cet air étonné. Mes yeux émeraudes le dévisageant discrètement, puis regardant derrière lui. Pour ne pas avoir à affronter ce regard, que maintenant je connaissais si bien. Oui, si bien, et qui m'avait tant de fois troublé et rendue songeuse. Un regard d'homme rêveur. Son regard.

    - Passer une de vos robes ? Mais ! Je me dois de refuser. Ce serait fantastique bien sûr, mais vous savez, je crains de ne pas convenir à vos créations. Elles sont plus précieuses que je ne le suis moi-même, et je pense de pas en être digne. Vraiment, ce serait de gâcher un si beau travail, que de me le faire essayer...

    Je me mordais la lèvre inférieure. J'avais toujours été sincère. De toute façon. Et je ne voulais pas qu'il se donne tant de peine pour moi, qui ne saurait jamais mettre une création en valeur. Surtout, que, comme tout les vêtements exposés ici, elle devait être époustouflante. Mais je regrettais un peu, je dois l'avouer, de ne pas être plus gonflée. Quelqu'un d'autre ne se serait sûrement pas inquiété autant de pouvoir souillé l’œuvre de tissu, en la passant. Mais moi si. Je ne méritais pas un tel honneur, je n'avais rien fait pour, et aussi, j'étais certaine de pas être assez bien de toute façon. J'avais perdu mon sourire, mais c'est tout. Intact la joie du bonheur de passer ces quelques instants avec un homme aussi talentueux et mystérieux que lui. Mystérieux ? Oui, mais certainement moins, que moi à ses yeux.
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MessageSujet: Re: Déchirure à double tranchant [PV Evan][Terminé]   Mer 31 Aoû - 16:47

    Je la regardais avec beaucoup d'insistance. Une manière pour moi d'appuyer mes propos, de montrer mon envie.

    - Passer une de vos robes ? Mais ! Je me dois de refuser. Ce serait fantastique bien sûr, mais vous savez, je crains de ne pas convenir à vos créations. Elles sont plus précieuses que je ne le suis moi-même, et je pense ne pas en être digne. Vraiment, ce serait de gâcher un si beau travail, que de me le faire essayer...

    J'étais abasourdi. Tant qu'il me fallut un certain temps pour comprendre ce qu'elle me disait.
    Toutes, absolument toutes les femmes à qui j'avais proposé d'essayer une de mes créations aussi peu réussie soit elle, toutes avaient accepté sans se faire prier. C'était bien la seule fois, la première, où j'avais eu un refus. Un refus... En était-ce bien un, finalement ? Je n'en était pas certain. Elle ne semblait pas plus ennuyée que cela de ma proposition. Simplement... Il lui manquait quelque chose. L'estime de sois. Elle se dévalorisait complètement. Mais n'était-ce pas là mon travail d'une certaine manière, de redonner un peu confiance à ce genre de personne ? Mais si je me trompais sur son compte ? Elle le prendrait mal, sans aucun doute. Ou presque. Je ne la connaissais pas suffisamment pour en dire plus, et pourtant, j'en avais désespérément envie. Envie de la connaitre. Envie de la voir dans une de mes robes.
    Alors je soutenais mon regard.

    - Cette robe n'aura certainement plus l'occasion de tomber sur un corps aussi harmonieux et bien fait que le vôtre. Et je refuse catégoriquement qu'une autre personne que vous la porte. Vous êtes en droit de refuser, mais cela serait bien dommage, au contraire, de la laisser faner dans un coin pendant trop d'années. Et puis il faut dire que je meurs d'envie de vous y voir...

    Cette phrase, on aurait très bien pu s'en passer. Surtout moi. Cela allait surement la rendre mal à l'aise plus qu'autre chose et cela n'était ni bon pour moi, ni pour elle, ni pour la robe.
    Je remarquais ce qui pouvait bien être une manie chez elle. Se mordre la lèvre inférieur de la sorte pouvait être considéré comme de l'embarras. Etait-elle réellement gênée par son apparence ? Ou n'était-ce là qu'un prétexte trouvé au hasard pour éviter de se dévêtir ?

    Je me relevais, donnant de l'importance à mes dires, insistant davantage. Mais toujours très légèrement, pour ne pas l'intimider plus qu'elle ne l'avait été. Pour ne pas ruiner toute la confiance qu'elle m'avait donnée.
    Et je me mettais à chercher dans l'atelier sans lui laisser le temps de me répondre. J'ôtais de mon chemin quelques mannequins de tissus, quelques étoffes, quelques rouleaux de tissus, des baleines, pour enfin tomber sur une robe splendide. Son tissus d'un blanc nacré portait quelques reflets rosés, donnant aux pétales qui la composait un aspect naturel éblouissant. Le fin corset qui la formait était presque invisible, seulement repérable par son ruban vert pastel très discret. Il n'y avait ni manche ni bretelles, ce qui incluait le fait que celle qui la porterait devrait avoir une belle peau sans défaut et bien teintée.
    Tous ces attraits, j'étais à présent persuadé qu'Opale les avait.
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MessageSujet: Re: Déchirure à double tranchant [PV Evan][Terminé]   Mer 31 Aoû - 17:17

  • - Cette robe n'aura certainement plus l'occasion de tomber sur un corps aussi harmonieux et bien fait que le vôtre. Et je refuse catégoriquement qu'une autre personne que vous la porte. Vous êtes en droit de refuser, mais cela serait bien dommage, au contraire, de la laisser faner dans un coin pendant trop d'années. Et puis il faut dire que je meurs d'envie de vous y voir...

    Il était allé chercher la robe. Sa création. Je m'étais penchée quelque peu pour voir à quoi elle ressemblait. Il fouillait pour la retrouver, et cela titillait mes instincts curieux. J'étais amusée de voir qu'il tenait à ce que je la porte au moins une fois. Je ne sais pas si il l'avait remarqué, mais ses paroles m'avait fait rougir instantanément. J'avais baissé les yeux, comme je savais si bien le faire. Et m'était tortillée les doigts, de façon à calmer ma timidité. La calmer peut-être, mais en tout cas ça ne m'aidait absolument pas à la cacher en tout cas. Je trottinai derrière lui, avançant pour mieux voir où il s'en allait chercher sa robe. J'essayais tant bien que mal d'être discrète, et pour se faire, je marchais sur la pointe des pieds. Je ne sais pas si Evan l'avait remarqué. Mais j'étais pieds nu, depuis qu'il m'avait abordé dans la rue. Il ne m'avait en tout cas pas fait la remarque et tant mieux pour moi. J'en aurais été encore plus mal de devoir en plus lui expliquer pourquoi je n'étais pas chaussée en cette belle journée de travail. Il faut dire qu'à force, même moi j'avais oublié ce détail. Mais j'aimais bien marcher pieds nus, de toute façon, alors ce n'était pas dérangeant pour moi.

    Maintenant, j'étais tout à fait derrière lui. Il cherchait encore. Je me mordis la lèvre, mâchouillant la peau à défaut d'avoir une pétale pour le faire. C'est vrai, mordiller les pétales était aussi de ces manies étrange que l'on m'accordait souvent. Moi même, je ne sais pas pourquoi je fais ça. En fait, c'est devenu une habitude. Certainement avais-je commencé par ennui ? Oui sans doute avait-ce été cela. Mais maintenant, c'était une petite habitude, comme ça, rien de méchant. J'aimais bien, ça me déstressait aussi. Il faut dire, que ça avait le don de me calmer, d'être près de la nature, où d'un de ses bienfaits. Et encore plus près des fleurs. Le couturier s'était retourné, alors que moi, j'étais si occupée à me perdre dans mes florales pensées. Le voilà devant moi, avec son œuvre à la main. Une robe ? Plus que cela encore.

    - Mon Dieu ! Mais ! Elle...Elle est sublime ! Non merveilleuse ! Non attendez ! Elle est...Elle est...si...Je ne trouve même plus les mots ! Et ce tissu ! Comme il est soyeux et comme il est doux ! Oui, exactement comme le velour des pétales ! Ce n'est pas une robe ! C'est la plus belle des fleurs !

    Je regardais avec stupéfaction et admiration ce tissu. Cette robe. Je n'avais pas trouvé les mots, qui me semblaient vraiment juste. Mais pour moi, elle était comme je l'avais dit. Et l'idée de porter une telle merveille, me plongeait à la fois dans un bonheur sans nom, et à la fois dans une incompréhension complète. Je ne comprenais pas pourquoi, il pensait, que c'était à moi de l'essayer. Ni pourquoi, il voulait me voir dedans. Sans doute parce que c'était sa robe, et qu'il souhaitait la voir prendre vie sur un corps de jeune fille. Rien d'autre. Tout simplement. Je ne sais pas comment mon compliment lui avait paru, mais c'était le plus beau que je faisais, et que je pouvais lui faire. Sans doute, de sens ombreuses et riches clientes, avaient-il eu le droit à des mots largement plus dosés, corrects, et pas aussi simplets. Et s'il le prendrait mal alors ? Je verrai bien. Mon compliment me faisait quelque peu honte. Et pourtant, ce fut le plus que je donnais. Et que je n'avais jamais donné. Sauf maintenant. Et pour lui, pour cette robe. Cette merveille.

    Mon visage était-il toujours aussi rouge ? A vrai dire je n'en savais rien. Il ne devait pas faire attention à lui de toute façon. Je ne sais pas. Quelque part, je me posais la question. Je souriais, à la manière des enfants, quand on leur annonce quelque chose, qu'ils attendaient depuis longtemps. Quelque chose de magique, qui suffit à illuminer tout leur être. Et bien à ce moment là je me sentais comme eux. Émerveillée et enfantine. Je ne pouvais plus détacher mes yeux de cette création. Comme j'aurai aimé pouvoir être aussi doué que lui. Moi aussi, être utile, et savoir faire quelque chose. J'aurai aimé. Mais je ne sais pas. Alors je me contente d'en rêver. Que moi aussi, j'aurai peut-être pu, avoir un talent particulier. Un talent, que je n'ai pas. Et que je n'aurai jamais.

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Déchirure à double tranchant [PV Evan][Terminé]

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