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 Sois belle et tais toi ? [Sybille]

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Heather

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MessageSujet: Sois belle et tais toi ? [Sybille]   Mer 11 Mai - 18:55

Le château. Ce n'était pas non plus tous les jours qu'Heather s'y rendait. D'ailleurs, elle n'y était encore allé, sur les vingts longues années de sa vie, qu'une seule et unique fois. Avec son père, il y a quatre ans. Il faut dire que d'ordinaire, lorsque les nobles désiraient quelque chose, ils envoyaient leurs domestiques en chercher en ville. L'apothicaire n'y faisait pas exception, même s'il semblait bien que ses produits étaient appréciés. Surtout les baumes et crèmes pour la peau. La rendre plus blanche, plus douce, et autres... Après tout, pour les femmes, la beauté était si importante.
Mais la veille, une domestique qu'Heather connaissait bien était arrivé. Enfin, elle la connaissait bien. Disons qu'elle venait très régulièrement pour celle pour qui elle travaillait. Une lady, mais la jeune femme ne savait pas la quelle. Elle ne savait jamais à qui allait ses soins. De toute manière, à quoi un nom lui avancerait-il ? Pas grand chose, elle ne faisait pas parti de ce monde après tout. Elle avait pour elle quelque chose d'exceptionnel cependant ce soir là. Une lettre de sa patronne. Demandant un service à Heather.
Apparemment, cette fidèle cliente était bien embêtée par sa fille de par trop garçon manqué. Lady Vivaldi, puisque apparemment, c'était le nom de la demoiselle, ne prenait pas soin d'elle. Ce qui était problématique pour les intérêts de la famille. Enfin, ce n'était pas dit ainsi. C'était tourné d'une telle façon que la jeune femme ne pouvait refuser ceci. Un argument supplémentaire à celui de l'argent. La mère s'inquiétait en effet que sa fille ne trouve pas l'amour auprès d'un jeune noble si elle continuait ainsi. Et passer à côté de l'amour serait tellement dommage.
Bien sûr, Heather avait accepté. Même si les intentions (annoncées) avait été moins pures, elle n'aurait pas pu refuser l'argent de cette mission. Suffisamment pour vivre tranquillement une semaine complète. Bien plus que la simple vente de crèmes pourrait rapportée. La jeune femme arrivait déjà devant les portes du château. Elle avait marché vite. Car elle voulait retourner dans cet endroit, presque sacré pour elle. Là où vivaient les Princes. Ceux qui lui avaient fait ouvrir les yeux. Même s'ils ne le sauraient probablement jamais. Qu'importe, elle n'en avait vraiment rien à faire. Ce qu'elle adorait, c'était l'amour qu'ils se portaient les uns aux autres. Accélérant encore imperceptiblement le pas, elle arriva juste devant les gardes. A qui elle expliqua la raison de sa présence. Son manteau long claquait même dans ses pas décidés. Même si son cœur battait à cent à l'heure, elle montrait aux autres alentours une grande confiance en elle. Elle sortit de sous ce manteau la fameuse lettre, que le capitaine lu rapidement. Puis il vérifia le contenu de son panier, levant chaque fiole dans le faible soleil, ouvrant chaque petit coffret contenant du baume ou de la crème. Heureusement, elle n'en avait pas emmené beaucoup non plus.
Une fois qu'il fut vérifié qu'elle n'avait aucun objet dangereux pour la Cour, et surtout, pour les Princes, elle fut escortée jusque dans les appartements de la Cour. Au passage, elle salua quelques domestiques qu'elle connaissait, et surtout, observa, émerveillée, la décoration des lieux. On était évidemment à des lieux de son quotidien, dans sa petite maison puant les fleurs fanées et autres herbes à l'odeur parfois âcre, parfois doucereuse, mais toujours bien trop forte. Heather était bien contente d'avoir avec elle deux gardes. Jamais elle n'aurait pu autrement se retrouver dans ce dédale. A chaque fois qu'un noble passait, tous trois s'inclinaient. La jeune femme n'avait pas oublié les conseils de son oncle. Même si il avait médit des Princes, il avait toujours été de sage conseil.
Au bout de quelques temps, ils arrivèrent devant une porte. L'un des gardes frappa, et la domestique qui avait donné la lettre à Heather ouvrit. La reconnaissant, elle appela de suite sa maitresse.

« Heather, vous êtes là ! Vous pouvez disposez gardes. Venez Heather, venez, je vais vous présenter à ma fille ! »

L'apothicaire fit un petit semblant de révérence, avant de suivre la lady. Au centre de la pièce se tenait une jeune fille. La domestique lui souffla rapidement à l'oreille de ne pas l'appeler Lady Vivaldi, mais Mademoiselle. Comme elle avait plutôt l'habitude de brosser les gens dans le sens du poil, elle hocha de la tête, pour signifier à la jeune fille qu'elle avait compris, tandis que la mère de Lady Vivaldi la présentait.

« Ravie de faire votre connaissance, Mademoiselle. »

Elle laissa le soin à la mère d'expliquer la raison de sa présence. Car il paraissait évident à Heather que la jeune fille avait envie de tout, sauf d'être ici. Toutes deux avaient à peu près la même taille, et certainement qu'elles avaient presque le même âge aussi. Lady Vivaldi était manifestement jeune. Sa peau était très pale, aussi n'aurait-elle pas besoin de cette crème pour la blanchir, au contraire de sa mère. D'ailleurs, à la voir comme ça, tout de suite, Heather se demandait bien de quoi elle avait réellement besoin... Jusqu'à ce qu'elle remarque ceci. La jeune fille avait l'air d'avoir la peau un peu sèche. Bientôt, la mère de la jeune fille sortit, et la servante vaqua à ses activités. Heather s'approcha de la petite noble, et fit mine de prendre ses mains.

« Vous permettez ? »

Car bien sûr, elle n'irait pas toucher une noble sans son expresse autorisation.
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MessageSujet: Re: Sois belle et tais toi ? [Sybille]   Jeu 12 Mai - 17:34

    Notez. Pour la première fois depuis plusieurs semaines, je me regarde dans la glace. Mon reflet me renvoie mon air curieux à la perfection, preuve que le miroir est d'une qualité digne de la Cour. Je me penche légèrement pour scruter mon visage d'un peu plus près. Mon index suit le contour de mes yeux, la courbe de mon nez droit, à la recherche d'une bosse ou d'une imperfection particulière mais décidément... Je ne vois pas ce qu'il y a de si affreux chez moi. N'allez pas croire que je suis narcissique. Pas du tout. C'est juste que je ne me classe pas dans la catégorie « mochetés », voilà. L'estime de soi, c'est important, non ? Pourtant, ce matin, ma mère m'a annoncé qu'une demoiselle très qualifiée allait venir pour rectifier mon souci de négligence. Sur le coup ça m'a un peu vexé, je dois l'avouer. Ce n'est pas parce que je ne me pouponne pas pendant quatre heures, et que je laisse mes cheveux pousser à leur guise, que je suis débraillée ! Après, ça m'a un peu inquiété... J'avais l'impression d'être très bien, le regard de la plupart des nobles de la Cour sur moi me le prouvait. Jusqu'à aujourd'hui. Car peut-on vraiment faire confiance à ce genre de pervers ? Qu'en était-il vraiment ? D'où ma présence devant le fameux miroir. Et conclusion de l'inspection ? Absolument rien ne cloche. A mes yeux tout du moins, il n'y a pas de problème. Mon ventre est toujours aussi plat malgré le nombre de fêtes offrant un buffet auxquelles je participe (d'ailleurs, note pour plus tard : il faut que je me trouve une excuse pour ne pas aller au prochain bal, je n'en peux plus là). Ma peau reste dans cette même teinte pâle qui m'accompagne depuis ma naissance. Et mes hanches n'ont pas doublé de volume à mon insu.
    Trois coups frappés à la porte m'interrompirent, pile au moment où j'allais appeler la femme de chambre pour lui dire qu'il était parfaitement inutile que la dame aux produits de beauté en tout genre vienne ici. Trop tard. Raaaaah, la rage. Faisant mine de n'avoir rien entendu, je vais m'asseoir sur le divan au centre de ma chambre. Le dos droit, les deux mains repliées sur mes cuisses, le visage dégagée et le menton levé. Comme se doit d'être la parfaite lady que je suis censée représentée. Ah, quel métier fatiguant que celui de comédienne... Soudain, j’entends la voix de ma mère retentir de la pièce d'à côté jusqu'ici. L'air de rien, je tends l'oreille.

    « Heather, vous êtes là ! Vous pouvez disposez gardes. Venez Heather, venez, je vais vous présenter à ma fille ! »

    Heather, Heather, Heather. Je m'efforce de retenir ce nom. C'est toujours utile, d'avoir ce genre d'informations. Le bruit des pas de plusieurs personnes s'approchant se fait de plus en plus fort. D'un seul coup, je sens mon moral baisser. Je vais devoir passer un long moment, dans le meilleur des cas une petite heure, à m'extasier sur des produits de beauté dont je n'ai strictement rien à faire. Désespérant, vraiment. Quoi que... Si ma mère décidait de ne pas rester avec nous, je pourrais peut-être me montrer un peu moins douce, adorable et délicate ? De toute façon, la personne qui allait arriver sous peu ne faisait pas parti de la noblesse et je ne la reverrais sans doute jamais par la suite, donc ma réputation n'en souffrirait pas réellement... Soudain, la porte s'ouvrit et une femme blonde vêtue d'un long manteau pénétra dans l'appartement juste après Mère. Qui m'explique une nouvelle fois pourquoi Heather est là avant de sortir et de me laisser seule avec la jeune femme.

    « Ravie de faire votre connaissance, Mademoiselle. »

    Je hoche vaguement la tête, trop occupée à me réjouir de la situation. Cette soirée ne serait pas forcément si ennuyeuse que ça finalement. J'arriverais peut-être même à obtenir des nouvelles du bourg ! Je n'ai pas quitté le château depuis un bon moment, affreusement demandé par tout un tas de personnes soient disant importantes... Qui m'empêche de me rendre dans les catacombes ! J'ai bien essayé de sortir en douce de ma chambre la nuit, quelques fois. Mais je suis tellement fatiguée par toute l'agitation de la journée que je ne peux pas m'empêcher de m'effondrer sur mon lit et de m'endormir comme un loir. Vidal doit être furieux. Je ne sais même pas si j'arriverais à le regarder en face la prochaine fois... Demain, j'essayerais d'y aller. Oui, demain. Perdue dans mes pensées, je n'ai pas vu la demoiselle approcher et je sursaute légèrement en la voyant à une cinquantaine de centimètres de moi.

    « Vous permettez ? »

    Elle a l'air de vouloir me prendre les mains. Pourquoi donc ? Lentement, je me mets à observer mes doigts, mes ongles. Tout ceci m'a l'air en place. Mise à part la petite écorchure que je me suis faite à l'auriculaire en escaladant un mur, un mois plus tôt. Mais c'est tellement minuscule. Elle ne peut pas avoir remarqué ça, à moins d'être particulièrement observatrice. Bon. Je cède à la curiosité de savoir ce qu'elle m'a trouvé.

    « Oui, bien sûr. Vous croyez vraiment que l'on vous aurait demandé de venir si c'était uniquement pour me regarder bailler ? »

    Je pose mes mains en évidence devant moi, attendant qu'elle les saisisse. Mon regard se porte vers le panier installé près de la jeune fille. Dedans repose quelques flacons divers et variés. Des lotions étranges et des crèmes inutiles sûrement. Je n'ai encore jamais vu de produits tels que ceux-ci fonctionner. Je me demande d'ailleurs bien pourquoi ma mère en achète. Elle est parfois tellement futile et superficielle. Comme toutes les dames de la Cour en fait. C'est un des côtés que j'aime le moins chez elle. Je désigne du menton le récipient en osier avant de parler.

    « Vous en vendez beaucoup, de ça ? »

    La curiosité est un vilain défaut ? Tant pis. Je fais ce que je veux.

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Heather

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MessageSujet: Re: Sois belle et tais toi ? [Sybille]   Ven 13 Mai - 13:55

La jeune femme ôta ses gants, exceptionnellement. Si elle voulait vérifier la douceur de la peau de la petite noble, c'était tout de même mieux de pouvoir vraiment toucher cette peau. Alors qu'elle obtenait l'autorisation de Lady Vivaldi, elle prit les petites mains, et les leva dans la lumière. Son impression fut vite vérifiée. La jeune fille ne prenait pas soin de ses mains. Elles étaient rêches. Certes moins qu'un habitant du bourg, mais tout de même. Ce n'était pas les mêmes mains de celles d'autres nobles, dont la propre mère de la jeune fille, mais surtout de grosses bourgeoises. L'on dit que le travail manuel façonne les mains. Pour Heather, la petite noble faisait quelque chose de ses dix doigts. Peut être de la couture. Ce qui expliquerait aussi la petite écorchure sur son auriculaire, qu'elle venait de voir. De plus, ses ongles étaient plutôt courts. Elle stoppa un moment l'observation des mains, et suivit le regard de la jeune fille vers son panier.

« Oui, je vends un bon nombre de ces produits. La Cour regroupe la majorité de mes clients, si je peux m'exprimer ainsi. Mais ma clientèle compte aussi quelques bourgeoises. Il est normal pour une femme de le Haute Société de soigner son apparence. »

Elle alla justement chercher son panier. D'office, elle mit à part certains produits. Comme les crèmes censées blanchir la peau. Non, ce qu'elle cherchait, c'était juste une crème qui rendait la peau douce. Et pour le coup, celle ci pouvait se targuer d'être vraiment efficace. Heather elle même en mettait tous les matins. Ce pourquoi elle avait les mains très douces.

« Mademoiselle, pratiquez vous une activité manuelle ? De la couture par exemple. »

Les frottements avec les tissus rendaient les mains sèches. Si c'était bien le cas, Heather donnerait certainement à la petite noble la même crème qu'elle utilisait quotidiennement. Puis elle alla se saisir d'une mèche de cheveux de la jeune fille. De suite, elle remarqua qu'elle ne les soignait pas. Ils étaient secs. Elle devait les laver souvent, mais cela les abimaient. Ceux qui ne les lavaient pas assez avaient eux les cheveux gras. Une horreur. Le premier conseil de l'apothicaire avait toujours été dans ces cas là de se laver plus souvent. Enfin, ce n'était pas le cas de la lady.

« Vos mains et vos cheveux sont secs. Je peux vous donner une crème pour les mains, et un baume pour les cheveux. Ainsi, vos mains seront très douces, du moment que vous appliquez la crème tous les jours. Et si chaque matin vous utilisez le baume sur vos cheveux, ils devront briller, et seront bien plus faciles à coiffer. Ainsi, même si vous continuez à vous laver tous les jours, ou presque, ils ne deviendront pas fourchus. »

Elle effleura ensuite les lèvres de la jeune fille. Elles étaient un peu gercées. La jeune fille devait se rendre assez souvent dehors, et ce malgré le froid qui s'installe.

« Vous ne semblez pas craindre le froid, Mademoiselle. Vous allez souvent à l'extérieur de ces murs n'est ce pas ? »

Le corps dit toujours tellement plus sur nous que l'on peut s'y attendre. Heather affirmait beaucoup de choses, sans crainte. Elle ne se trompait que très rarement. Des femmes oisives, elle en avait vu. De toute évidence, Lady Vivaldi ne se contentait pas d'attendre que le temps passe dans un fauteuil. Et puis, son tempérament le lui disait aussi. La dernière fois qu'elle s'était rendu dans une riche famille pour venir voir une jeune fille, celle ci n'avait pipé mot. Elle s'était laissé faire, tel un automate. La petite lady, au contraire, lui parlait. Son ton n'avait pas laissé paraître du mépris, qui plus est. Sa mère avait été doucereuse. Mais elle avait un ton plus franc, sa voix n'était pas suave, ni voilée. Petit à petit, Heather commençait à se faire une idée du caractère bien trempé de la demoiselle. Et cela l'amusait.

« Je peux vous certifiez une chose, vous n'avez pas besoin de la plupart des soins que je prépare. Nombre de jeunes filles doivent vous envier votre beauté et votre fraicheur. Mis à part ces crèmes que je vous propose, je ne pense pas que vous ayez besoin de quelque chose. »

Elle alla chercher les deux pots sus nommés. Le premier était une boite de fer ronde, de la taille d'une petite galette, haute de trois centimètres. Le deuxième allait plus vers le tube, et était en verre. Elle prit le premier, l'ouvrit, et montra une crème blanche à la jeune fille. Elle en prit un peu sur ses doigts, et lui en montra la texture. La crème était assez épaisse, et sentait bon la violette, comme la noble put le remarquer alors que la jeune fille lui fit respirer cette crème en mettant ses doigts sous son nez.

« Ceci est la crème pour vos mains. D'ailleurs, vous pouvez aussi la mettre sur votre visage. Après tout, si vous sortez souvent dehors, le froid et le vent doivent vous mordre vos joues, et les abimer. »

Elle appliqua ensuite la crème sur les mains de la jeune noble, la faisant bien rentrer dans la peau, massant ces mains pendant une petit minute. Puis elle alla se saisir du tube, et fit glisser un peu de cette crème couleur ambre dans sa paume. Le soin était bien plus liquide. Sa couleur lui venait de l'huile qu'il contenait. Pas beaucoup, mais tout de même. Lui aussi sentait la violette. Après tout, l'apothicaire avait choisit de prendre ces produits parfumés, pensant que la violette irait bien à une jeune noble. Un parfum plus profond aurait alourdit la jeune fille, et cela aurait été bien dommage. Elle alla se placer derrière la noble, et lui appliqua ce soin, passant ses doigts dans les cheveux de la jeune fille, de haut en bas.

« Voilà, cella ci est pour vos cheveux. Désormais, ils sont beaucoup moins ternes. »

Elle revint face à la jeune fille. Avant de penser à une chose.

« Je peux aussi vous donner quelque chose pour vos lèvres. Mais je dois avouer que je n'ai pas l'impression que cela vous intéresse plus que cela... »

Qu'est ce que la lettre précisait, d'ailleurs, à ce sujet ? Ah oui... Faire tout pour convaincre la jeune lady de se pouponner un minimum chaque matin...

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MessageSujet: Re: Sois belle et tais toi ? [Sybille]   Mar 17 Mai - 19:38

    Je la regarde. Le menton levé et sans ciller, pour montrer que je ne suis pas une marionnette fragile comme les autres filles de nobles. Personne ne me dicte ma conduite. En clair : si sa réponse ne me satisfait pas, je le lui dirais. Les lèvres closes, je la laisse enlever ses gants et prendre mes mains pour les examiner à la lumière. Elle semble infiniment concentrée. Une phrase me traverse vaguement l'esprit.
    « On ne dérange pas un artisan qui travaille... »
    Bon, c'est peut-être vrai. Mais moi, je préfère quand on répond immédiatement à mes questions, travail ou non. Je m'apprête à relancer la discussion, une pointe d'agacement dissimulée dans ma gorge, mais la jeune femme baisse enfin les yeux vers moi, me coupant dans mon élan.

    « Oui, je vends un bon nombre de ces produits. La Cour regroupe la majorité de mes clients, si je peux m'exprimer ainsi. Mais ma clientèle compte aussi quelques bourgeoises. Il est normal pour une femme de le Haute Société de soigner son apparence. »

    Ah oui ? Je n'ai pourtant pas l'impression de faire spécialement attention à mon image. Alors je suis anormale ? Je ne crois pas. Je ne vois pas en quoi ne pas passer sa vie devant un miroir peut être un défaut. Enfin, chacun son point de vue. Heather fait quelques pas jusqu'au fameux panier, je la suit des yeux. Raaah, je me demande de plus en plus ce qu'elle a bien pu me trouver ! Perdue dans mes pensées, je comprend que la demoiselle me parle mais ne cherche pas à savoir précisément le sens des paroles. Un soupçon de curiosité vient se poser au creux de mon ventre, alors que je la vois écarter certains de ses produits. Que peut-il bien y avoir dans ses pots... Ça me donne terriblement envie d'en subtiliser un, pour savoir. Tentation, quand tu nous tiens. Mais il ne faut pas. Pas maintenant. Soudain, elle est à côté de moi, provoquant un léger tressautement de ma part. Elle est arrivée si vivement... Mais je n'ai pas eu peur, hein ? De toute façon, je suis invincible. Une mèche de mes cheveux s'écarte des autres, tenu par deux doigts minces. Puis une voix s'élève dans la salle. Cette fois, je me concentre pour savoir de quoi on me parle.

    « Vos mains et vos cheveux sont secs. Je peux vous donner une crème pour les mains, et un baume pour les cheveux. Ainsi, vos mains seront très douces, du moment que vous appliquez la crème tous les jours. Et si chaque matin vous utilisez le baume sur vos cheveux, ils devront briller, et seront bien plus faciles à coiffer. Ainsi, même si vous continuez à vous laver tous les jours, ou presque, ils ne deviendront pas fourchus. »

    Je sens mes yeux s'arrondirent de surprise. Mes cheveux et mes mains sont SECS ? Comment mais comment ?! Je n'ai jamais remarqué ça, moi ! Je tiens bon, mais là c'est un coup dur pour mon ego. Quoi que, mes mains, je peux comprendre. Je passe mon temps à voler et escalader des murs, il est donc normal qu'elles soient un peu abîmées. Dégoûtée, j'observe les pointes de ma chevelure noire. Un peu fourchues. Mince, c'est qu'elle a raison la bonne femme. L'index d'Heather effleure mes lèvres. Je suis un peu énervée par ses remarques un peu trop justes. J'hésite à la mordre. Je repense à ma mère et à la femme de chambre qui ne doivent pas être bien loin. Mes dents restent à leur place.

    « Vous ne semblez pas craindre le froid, Mademoiselle. Vous allez souvent à l'extérieur de ces murs n'est ce pas ? »

    Là, mes paupières se plissent. Que sait-elle sur moi, au juste ? M'a-t-elle déjà vu au dehors, à un moment où je n'aurais pas dû y être ? Impossible... Sur ce point là, je suis vraiment minutieuse. Enfin, peut-être que ce n'est que le fruit du hasard et qu'elle a dit ça comme on pourrait dire « bonjour » à un passant. Pour faire la conversation. Je me méfie un peu et me met à réfléchir vraiment. Si cette fille est du côté des Princes, j'ai intérêt à faire davantage attention à mes dires. De plus, avec son étrange capacité d'analyse, elle peut avoir vite fait de comprendre mon secret. Sauf si je me tais. Mais si j'arrête de parler d'un seul coup, elle risque de trouver ça bizarre et-.
    STOOOOOOP.
    Mon cerveau surchauffe. Je dois me calmer. Je suis une noble qui aime passer son temps en se baladant dans les jardins et en effectuant quelques travaux de couture de ci de là, rien de suspect là dedans. Voilà, je n'ai absolument rien à craindre. Mon masque d'assurance reprend le dessus sur mon petit moment de doute. Complètement déconnectée, j'ai une nouvelle fois omis les paroles de l'apothicaire et j'ai juste le temps de la voir approcher, une sorte de pot en fer et de tube en verre à la main. Elle me montre une crème laiteuse et me la passe sous le nez. Un parfum fleuri, doux, léger s'en échappe. De la violette, probablement. Pas sûre. Les plantes et autres, c'est pas vraiment mon truc.

    « Ceci est la crème pour vos mains. D'ailleurs, vous pouvez aussi la mettre sur votre visage. Après tout, si vous sortez souvent dehors, le froid et le vent doivent vous mordre vos joues, et les abîmer. »

    Incrédule, je la regarde alors qu'elle applique le produit sur mes mains. Jamais de ma vie je n'aurais pu penser qu'il existait une crème pour avoir des mains moins sèches. Et n'allez pas croire que je suis ignorante ! Mince alors. Je n'y ai jamais réfléchi, c'est tout.
    Lorsqu'elle eut terminé de masser le dos de mes mains, Heather fit glisser la lotion du tube en verre dans sa paume et passa ses doigts dans mes cheveux, tout doucement. La même fragrance que celle de la crème envahit mes narines. J'ai l'impression d'être une poupée, à laquelle ont fait incroyablement attention. C'est pas si désagréable. Mais bon... Je suis une Résistante avant tout. Et ce n'est pas ça qui va me faire apprécier mon statut de duchesse. Derrières les privilèges et la richesse des Nobles se cachent le théâtre morbide des meurtres et de la misère. Je ne peux pas l'oublier. Je ne l'oublierai pas. Mon regard s'était perdu dans le vague. La voix flûtée de la demoiselle me fait redescendre sur Terre.

    « Voilà, cella ci est pour vos cheveux. Désormais, ils sont beaucoup moins ternes. »

    J'ai envie d'aller voir ça dans le miroir, mais j'ai peur de passer pour une gamine prétentieuse. Alors je reste bien sagement assise sur le divan de velours. D'abord, depuis quand je m'intéresse à des choses pareilles ? Jamais. Non, non, non. Tout ça, c'est pas pour moi. La femme aux cheveux blonds revient face à moi, l'air de réfléchir.

    « Je peux aussi vous donner quelque chose pour vos lèvres. Mais je dois avouer que je n'ai pas l'impression que cela vous intéresse plus que cela... »

    Un petit sourire vient se poser sur lesdites lèvres. Décidément, elle est douée pour remarquer les détails. Ou alors c'est moi qui sait parfaitement dissimuler mes pensées. Les deux peut-être ? Je jette un bref regard sur l'horloge ancienne installée au fond de la pièce. Déjà quarante minutes se sont écoulées. Le temps file à une allure inimaginable. Il faut dire que l'invitée parle énormément... Enfin, c'est à mon tour maintenant.

    « On m'a demandé de rester ici toute la journée, afin d'être présente lors de votre venue. Mais, sans vouloir vous vexer, j'aurais préféré être ailleurs. Être cloîtrée dans une pièce pendant des heures n'est pas ce qui m'intéresse le plus. Vous comprenez ? »

    Carrément ironique pour le coup. Si j'avais voulu exprimer ma réelle pensée, ça aurait plutôt donné quelque chose du genre ça : « Nan mais là, si j'avais pu, je serais déjà loiiiin ! Qu'est-ce que vous croyez ? Hahaha ! J'en ai rien à faire de voir que mes cheveux brillent !». Alors, pourquoi ces tirades n'ont-elles pas franchi mes lèvres ? Peut-être parce que je commence à bien l'aimer, cette drôle de femme... Elle n'est pas envahissante. Elle pose les bonnes questions. Et elle a un esprit critique suffisamment développé pour ne pas passer pour une idiote. Bref, suffit les compliments ! Posément je me lève, puis vais observer les allers et venus des serviteurs du château. D'une voix un peu distraite, je reprend.

    « Dites moi. Vous venez souvent au château ou vous restez sans arrêt au Bourg ? Personnellement, j'ai l'impression que le Bourg a l'air nettement plus intéressant... Mais c'est peut-être à cause de cette manie des êtres humains, de désirer ce qu'ils n'ont pas. Qui sait. »

    L'expression mélancolique ne me va pas, je le sais. Mais je n'ai pas le temps de corriger ça. Rappelez vous. Les minutes passent si vites...
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MessageSujet: Re: Sois belle et tais toi ? [Sybille]   Mer 18 Mai - 22:08

Elle était amusante la petite noble. Mine de rien, elle se laissait faire, et pourtant, son visage paraissait un peu... boudeur. Tout du long qu'Heather avait fait grosso modo la promotion de ses produits, Lady Vivaldi était restée muette. A plusieurs moment, elle avait eu l'impression de viser vraiment juste. Sur les activités de la jeune fille. Enfin, il n'y avait pas de mal à aimer l'air frais. A aimer se promener dans les jardins. Hé, l'esprit de déduction de l'apothicaire était limité à trouver les éventuelles imperfections de l'apparence d'une personne. Déchiffrer les expressions, ça, elle ne savait absolument pas faire. De vagues suppositions sur des moues évidentes, tout au plus. Et encore, il lui arrivait de se tromper. Voilà bien pourquoi sa traque des ennemis des Princes était si peu efficace.
Par exemple, pouvait-elle se douter un seul instant que là, juste en face d'elle, se tenait une membre de la fameuse Résistance, qu'elle détestait ? Non, bien sûr que non. Lady Vivaldi était juste une petite noble, peut être un peu... sauvageonne, garçon manqué. Mais pas du tout une rebelle ! Pourquoi une noble irait se rebeller contre les Princes ? Déjà qu'elle ne comprenait pas pour les habitants du bourg... Oui, Heather restait imperméable face à la misère du monde.
Elle avait du attendre toute la journée ici ? Seigneur, qu'est ce qu'elle avait du s'ennuyer... Heather la plaindrait presque. Surtout que bon, elle avait bien préciser qu'elle ne serait là que l'après midi. Elle devait bien renouveler ses stocks. Chaque jour, elle fabriquait quelques uns des produits les plus demandés, ou ceux qui commençaient à manquer. Ou encore des commandes. En temps général, cela lui prenait bien la matinée. Et elle devait faire vite, certaines fleurs devaient être cueillies à l'aube, et utilisée encore très fraiches. Des fleurs fragiles. Qui ne supportaient pas la chaleur une fois sorties de terre, par exemple. Il y avait même certaines plantes qui ne pouvaient être cueillies que pendant quelques semaines durant l'an. Celles ci étaient immédiatement transformées. Le muguet en était un bon exemple. Chaque mois de mai, elle plaçait quelques brins dans un bocal remplis d'eau. A loisir, elle pouvait prendre de cette eau... mortelle.
Enfin, quoiqu'il en soit, Heather n'avait pu se libérer que l'après midi, confiant la boutique aux gosses du quartier, en qui elle avait totalement confiance. Et donc, la petite noble l'attendait depuis tout ce temps. Ils avaient vraiment du temps à perdre tout de même. Enfin, elle avait certainement du se rabattre sur des travaux de couture, mais apparemment, l'inactivité l'avait pesé, d'après ce qu'elle disait.

« Je suis navré, mais je n'ai pu me libérer que cette après midi. Je comprends parfaitement que vous avez pu vous ennuyer Mademoiselle. »

Elle lui sourit amicalement. Son côté grande sœur qui revenait. Alors que pourtant, elle ne devait vraiment pas être bien plus vieille qu'elle. Mais ce qui compte, c'est la responsabilité. Et puis, Heather vivait seule, subvenait elle même et à ses besoins, et à ceux de ses « frères » et de ses « sœurs ». Enfin, juste un peu pour eux. Elle ne croulait pas non plus sur l'or. Ce n'était rien de plus qu'une modeste artisan, qui avait réussi à se faire une belle place dans la ville. Avoir le monopole, ça aide, bien sûr.
La petite Lady lui demanda comment c'était dans le bourg. Bien sûr, elle n'y était probablement jamais allé. Enfin, c'était ce qu'elle pensait. Le contraire n'était même pas envisageable pour elle.

« L'on dit que l'herbe est toujours plus verte chez les voisins. Je ne viens que très peu au château, mais j'aimerais avoir l'occasion d'y aller un peu plus. C'est magnifique ici. Et puis... »

Non, elle ne devait pas le dire. Ce serait inconvenant après tout. Elle devait vite vite trouver un autre terrain, moins glissant. Sans laisser à la demoiselle le temps de répondre, elle enchaina.

« Souhaitez vous que je vous parle un peu du bourg ? Après tout, je vous ais fait perdre toute une journée, non ? »

Bon, ça lui permettrait surtout d'éviter que la jeune fille l'interroge sur ce qu'elle allait dire. De ça, elle pouvait très bien s'en passer. Elle tâcha rapidement de faire le tour de ce qu'elle pourrait dire. Elle même, en réalité, ne connaissait pas grand chose à la vie qui y était menée par le commun des mortels. Elle connaissant la sienne (encore heureux), les vagabondages des enfants qu'elle avait pris sous son aile, et le train de vie rutilant des plus riches. Bon, elle avait une bonne idée de la vie des autres artisans, des marchands, et de tous ceux qu'elle pouvait rencontrer ci et là, bien sûr... Enfin, rien de bien probant.

« Par quoi voulez vous que je commence ? »
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MessageSujet: Re: Sois belle et tais toi ? [Sybille]   Dim 22 Mai - 12:04

    Une grande sœur. Qu'est-ce donc ? Quelqu'un qui vous protège quand vous êtes en danger, qui vous engueule quand vous avez fait un truc qu'il ne fallait pas, quelqu'un qui vous aime, qui est gentil avec vous malgré tout, quelqu'un de formidable. Voilà à peu près tout ce que j'ai pu réunir comme information sur les grandes sœurs en lisant les livres de la bibliothèque. Pathétique n'est-ce pas ? Je ne vois pas en quoi partager ses parents avec quelqu'un d'autre peut être « formidable ». Vraiment pas. Et puis, je n'ai pas besoin d'une personne capable de conserver mes secrets. Je m'en occupe très bien toute seule, merci. C'est ce que je me suis toujours dit, pourtant... Quand je vois Heather me sourire de cette façon, je me sens étrange. Elle n'a pas l'air hypocrite, elle est juste terriblement étincelante de naturel. Un peu comme l'était Mary. Au souvenir de la jeune femme aux cheveux roux, mon cœur se serre. Je la revois, mince comme un fil, plus blanche que la neige, étendue inconsciente sur les pavés froids des catacombes et le visage couvert de son sang. Puis je vois les visages des membres de la famille royale, bien à l'abri dans leur palais doré, et une vague de haine brûlante monte en moi. Mes poings se serrent, je m'efforce de me calmer. Il ne faut pas. Je m'étais promis de ne plus penser à Eux avant de les avoir vengé... Il faut croire que l'apothicaire a une mauvaise influence sur moi. Elle réveille mes souvenirs, titille ma mémoire. Sans le faire exprès en plus. Agaçant. Je déteste perdre le contrôle comme ça. Cette impression d'impuissance me dégoûte. Je l'ai suffisamment ressenti, je n'en peux plus. Je n'en veux plus.
    Soudain, je remarque que le jeune femme est en train de parler.. Flûte. Depuis combien de temps babille-t-elle comme ça ? Une minute, une seconde, une heure ? J'ai perdu la notion du temps. Essayant de rattraper mon retard, je me concentre et capte la fin d'une de ses phrases.

    « …aimerais avoir l'occasion d'y aller un peu plus. C'est magnifique ici. Et puis... »

    Et puis quoi ? A mon grand étonnement, Heather ne termine pas sa tirade. Je deviens brutalement beaucoup plus attentive. Tiens, tiens. Aurait-elle quelque chose à cacher elle aussi ? Très intéressant. J'ai bien envie de gratter un peu plus ce sujet, histoire d'en savoir davantage. J'entrouvre les lèvres, prête à parler, mais elle me devance en poursuivant rapidement.

    « Souhaitez vous que je vous parle un peu du bourg ? Après tout, je vous ais fait perdre toute une journée, non ? »

    Complètement un autre sujet. Je pivote sur mes talons pour pouvoir observer mon interlocutrice. Maintenant, c'est sûr et certain, elle a un secret. Un petit quelque chose qu'elle ne veut pas dévoiler. Un petit quelque chose que je connaîtrais à la fin de la journée, quoi qu'il en coûte ! Lentement, je m'assieds sur le rebord de la fenêtre et pose ma joue contre la vitre froide. Vu de l'extérieur, j'ai sûrement l'air d'une jeune demoiselle ne sachant que répondre, mais au fond je cogite. Par quel moyen pourrais-je lui tirer les vers du nez... En devenant amie avec elle ? Ou en lui demandant tout simplement, avec un minimum de finesse ? Hum, je ne sais pas trop. La voix de l'apothicaire retentit une nouvelle fois dans la pièce, interrogative.

    « Par quoi voulez vous que je commence ? »

    Quelle excellente question ! Mon regard se perd vers le Bourg, où l'agitation du marché faisait ressembler les habitants à des dizaines de fourmis. Que puis-je vouloir savoir en premier ? Si je démarre de but en blanc par ce qui m'intéresse vraiment, soit le secret que Heather s'efforce de me cacher, je risque de la faire fuir sans avoir obtenu aucune réponse. Il faut d'abord que j'en sache plus sur elle. Une première question traverse mon esprit. Opinion politique. Peut-être que son secret vient de là, d'ailleurs. Je prend une expression distante, et prend la parole sur un ton légèrement distrait. Comme pour dire « je t'interroge mais en fait la réponse m'importe peu », quoi.

    « Hum... Le peuple a l'air heureux vu d'ici... Les Princes font vraiment un excellent travail. Vous ne trouvez pas ? »

    Horrible mensonge. Les mots m'ont presque écorché la bouche. Enfin, il faut bien ça si je veux pouvoir passer pour une jeune noble comme les autres, vénérant les Princes et leur régime stupide. Et puis, selon la réponse que la jeune demoiselle me donnera, je saurais à quoi m'en tenir. Si c'est une opposante, on pourra peut-être s'entendre et elle me sera même sans doute utile. J'ai vraiment, vraiment besoin d'informations sur ce que prévoit de faire la Résistance, ça devient urgent. Je préfère aller les chercher moi-même, mais vu mon emploi surchargé de ces derniers jours, je pense qu'une personne capable de me rapporter certains faits des catacombes peut me servir en cas de crise. Si c'est une fanatique des membres de la Cour royale, là je devrais faire plus attention, et une quelconque amitié sera à proscrire. Je ne peux pas me permettre de me rapprocher d'une jeune femme pouvant être dangereuse pour les plans de la Resistant Union. C'est hors de question et sans appel. Ce sont les règles.

    Alors... Amie ou ennemie ? Dis moi donc.
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MessageSujet: Re: Sois belle et tais toi ? [Sybille]   Mer 25 Mai - 17:55

L'apothicaire n'avait même pas remarqué le petit changement d'état de sa jeune cliente, tant il avait été éphémère. Pas très observatrice, elle ne la vit ni fermer ses poings, ni retenir un rictus. Non, pour cela, elle aurait du être moins centrée sur le château. Elle répondait à la jeune Lady, et se passionnait de sa réponse, étant à deux doigts de faire une gaffe. Bien sur, normalement, dire que l'on vénère les Princes (bien qu'elle ne l'aurait pas dit ainsi non plus) n'est pas une gaffe à proprement parler. Mais elle ne voulait pas que l'on pense qu'elle nourrissait d'autres sentiments à leur égard qu'une grande admiration. Et plusieurs fois, on lui avait fait remarqué que l'on aurait dit une amoureuse parlant de son Jules. Face à des roturiers, cela pouvait encore passé. Mais face à une noble ? Non, elle aurait trop honte. Ce pourquoi elle fit vite dévier le sujet sur quelque chose d'autre, à savoir la vie au bourg.
Mais c'était sans compter la curiosité de la petite noble qu'elle venait d'éveiller. Oh, la question aurait pu être anodine. Mais en ces temps troubler, elle était équivalente à « Quelle est votre opinion politique ? ». Avec ces satanés résistants dans la population, l'on devait se méfier de tout le monde. Des rumeurs circulaient même sur des traitres dans le château, peut être même dans les nobles. Bien sur, ce n'était que des rumeurs, fondés sur aucun fait réel. Mais tout de même. On ne faisait pas de fumée sans feu non ? De toute manière, si elle lui demandait ce qu'elle pensait des Princes, c'était que elle même avait une idée bien arrêtée non ?
Stop, elle devait arrêter là. Pas de paranoïa. Elle risquait quoi après tout ? Ce n'était pas une noble, dont la chance était infinitésimale qu'elle appartienne à la résistance qui allait la tuer ! Elle répondit donc assez naturellement, mais en faisant en sorte de garder une certaine réserve. Non pas à cause de toutes ses pensées qui venaient de crapahuter dans sa petite tête, mais de peur de finalement, encore, trop s'extasier sur les Princes.

« Nous ne sommes pas à plaindre, ça c'est sûr. Mais vous savez, pour nous, les changements de dirigeants importent peu. Je ne comprends pas la Résistance, qui prétends chercher une vie meilleure. Finalement, le seul changement notable dans nos vies, c'est le couvre-feu, que l'on doit à ces résistants. Et ils sont d'une violence... »

En fait, elle n'avait jamais rien vu de violent de la part de la Résistance. Mais des rumeurs circulaient, et celles là, elle n'avait aucun mal à les croire. Évidemment qu'ils étaient violents, ils voulaient renverser les Princes ! Ces beaux Princes, symboles de l'Amour. Elle rajouta rapidement.

« En tout cas, les Princes sont d'excellents dirigeants. L'économie se porte bien, et nous, les artisans, nous écoulons très bien nos marchandises. La nourriture ne manque pas, et nous pouvons l'acheter, et croyez moi, cela n'a pas toujours été vrai. Vraiment, le principal problème de ce Royaume, ce sont ces brigands qui osent vouloir renverser nos superbes Princes. Tout ça pour prendre le pouvoir, détruisant au passage notre société. »

Son opinion avait été finalement très claire là dessus. Elle haïssait la résistance, et à plus forte raison, leur chef. Celui là, si elle apprenait qui il était, elle ne lui donnait pas plus d'une journée à vivre.

« Enfin, je n'aime guère parler de politique. Y a-t-il autre chose qui vous ferait plaisir de connaître, Lady ? »

Heather attendit patiemment que la petite noble lui pose une autre question. En tout cas, ce sujet était clos, elle n'y reviendrait plus.
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MessageSujet: Re: Sois belle et tais toi ? [Sybille]   Mer 1 Juin - 16:10

    Je me souviens... De cet hiver désastreux.

    La fenêtre contre laquelle j'ai posé ma joue se fait de plus en plus froide. Glaciale même. Comme l'était le vent hivernal s'engouffrant dans les sous-sols de la ville et nous faisant claquer des dents. Nous serons pourtant bientôt en été, c'est étrange. Je laisse la sensation de morsure envahir ma peau, la transpercer, jusqu'à ce que je n'en puisse plus et que je me détache de la fenêtre. Les maisons du bourg, de l'autre côté du verre, deviennent floues maintenant que je ne suis plus assez proche pour les observer avec précision. Seules quelques tâches de couleurs me parviennent, preuves insuffisantes et restreintes de la vie menée hors du Château. Un frisson me parcourt le dos, sans raison apparente. D'un geste distrait, je prends une de mes mèches de cheveux entre mes doigts. Le produit que l'apothicaire a appliqué dessus un peu plus tôt fait encore effet et je sens une sorte d'huile me glisser dans la main. Son odeur de violette pénètre mes narines.

    Je me souviens... De cette horrible fragrance de mort.

    Je ne peux m'empêcher de faire la comparaison avec l’exécrable senteur qui accompagnait mes jours dans les catacombes. Celle dispersée dans ma chevelure est douce, délicate. Celle qui venait me rendre visite certain soir était insupportable, me crevait le cœur. Soudain, un goût acide de mépris envers moi-même se répand dans ma bouche. Je me suis laissé pouponner, j'ai accepté d'être menée à des fêtes et à des séances de discussions futiles. Alors que je sais parfaitement que des personnes meurent sans arrêt au Royaume, à quelques centaines de mètres de moi. Alors que j'ai juré de renverser le système des Princes, je me suis fais entraîner dedans. Je voulais démolir ce théâtre stupide. Je fais désormais partie de la mascarade. J'ai envie de vomir, ma vision devient trouble. Il faut que tout cela cesse. J'en ai assez de jouer à la poupée en attendant que le temps passe.

    « Nous ne sommes pas à plaindre, ça c'est sûr. Mais vous savez, pour nous, les changements de dirigeants importent peu. Je ne comprends pas la Résistance, qui prétends chercher une vie meilleure. Finalement, le seul changement notable dans nos vies, c'est le couvre-feu, que l'on doit à ces résistants. Et ils sont d'une violence... »

    Tiens, j'avais presque oublié la présence de Heather. Vivement, je tourne les talons pour fixer mon regard dans le sien. Ses paroles résonnent dans ma tête, se répétant, encore et encore. L'idée qui en ressort me stupéfie. Les Résistants sont violents. Peut-être bien. D'ailleurs, rien qu'après avoir entendu ces quelques mots, ma colère monte. Si même les habitants du bourg deviennent contre nous... ! Pourtant.

    Je me souviens... Des cris de douleur.

    Tout le monde, dans ma mémoire, semblait tellement triste là-bas. Les rats, la faim, la violence, les hurlements déchirants la nuit... Nous ne connaissions que ça, et n'avions qu'un seul espoir : que tout change, pour enfin avoir une vie meilleure. Je n'arrive pas à comprendre cette jeune demoiselle affirmant qu'ils ne sont pas à plaindre. On voit qu'elle n'a pas connu la plus grande misère. C'est impossible. Ou alors, c'est une fanatique du Royaume... Rapidement, une autre tirade déchire le silence de la pièce.

    « En tout cas, les Princes sont d'excellents dirigeants. L'économie se porte bien, et nous, les artisans, nous écoulons très bien nos marchandises. La nourriture ne manque pas, et nous pouvons l'acheter, et croyez moi, cela n'a pas toujours été vrai. Vraiment, le principal problème de ce Royaume, ce sont ces brigands qui osent vouloir renverser nos superbes Princes. Tout ça pour prendre le pouvoir, détruisant au passage notre société. »

    Mon visage se ferme légèrement. Voilà qui confirme mon hypothèse. Heather n'est donc pas du tout une alliée, ou même une grande sœur. C'est une ennemie. Je dois avouer que ça me fait un peu mal au cœur... De me dire que si un jour un combat fait réellement rage, elle sera dans l'autre camp. Elle n'a pas l'air méchante pourtant. Si ces fichus Princes n'existaient pas, tout irait pour le mieux. Si je n'avais pas sans arrêt ces images gravées dans mes pensées, j'aurais même pu ne pas tenir compte de son opinion politique. Malheureusement.

    Je me souviens... Du jour où tout est devenu différent.

    Le sang sur les pavés, je ne peux l'oublier. Il est avec moi, tous les jours, dans un coin de mon esprit. Accompagné de quelques corps sans vie. Appartenant aux personnes m'étant les plus chères. Je sens une vague de nostalgie m'étouffer la poitrine. Il ne faut plus que je pense à ça. Jamais. Au secours.

    « Enfin, je n'aime guère parler de politique. Y a-t-il autre chose qui vous ferait plaisir de connaître, Lady ? »

    La voix de mon interlocutrice devient faible, comme dans un rêve. J'ai l'impression de ne plus vraiment l'entendre. Je ne me supporte plus, il faut que je fasse quelque chose. Quoi qu'il en coûte. Je suis déconnectée de toute réalité, je sais seulement que je veux qu'on me laisse seule. Assez longtemps pour que je puisse me changer puis filer vers la Résistance sans problème et en toute discrétion. Ma tête se fait lourde. A pas lent, j'avance jusqu'à mon large lit et m'écroule dessus sans cérémonie, la tête vers le plafond. La vie se teinte d'une nuance grisâtre quasiment noire qui me déplaît. S'il pouvait exister une crème contre la déprime, je l'aurais prise volontiers. Le dos de ma main se pose sur mes yeux. Je ne veux plus voir ce sale monde. D'une voix faible, je prononce quelques mots vides de sens.

    « Je ne veux rien savoir. Désolée, mais je ne tiens plus debout. Pourriez-vous me laisser ? Ma mère ne dira rien. »

    Sur ce dernier point, je ne suis pas très sûre... Enfin, qu'importe. Je me sens seule, si seule. Mais je ne veux pas qu'on le remarque. Je ne veux pas être un poids. Je ne veux pas embarrasser avec mes états d'âme. Alors je demande toujours à ce qu'on me laisse, pour ne pas être « la personne en trop ». De toute façon, personne ne sait combler ma solitude. Personne. Ou plutôt, l'unique capable de le faire s'est envolé il y a de ça des années. Bon sang, il ne fallait plus que je pense à lui ! D'ailleurs, tout s'explique ainsi. Mon moral descendant brusquement, ma mauvaise humeur, ma colère.

    Je me souviens... Que je ne devais plus me souvenir.

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MessageSujet: Re: Sois belle et tais toi ? [Sybille]   Dim 12 Juin - 18:44

Elle avait fait quelque chose de mal ? Pourquoi… La petite noble ne parlait plus, elle semblait sonnée, perdue dans de terribles pensées. Pourtant, elle n’avait rien dit de particulier, enfin, il ne lui semblait pas. Pourquoi paraissait-elle d’un coup si distante ? Pourquoi, pourquoi, pourquoi… Les questions s’enchainaient dans la tête d’Heather, qui peinait à comprendre comment l’atmosphère si détendue du moment passé était d’un coup devenue si lourde… La politique seule ne pouvait en être la cause.
Lady Vivaldi ne semblait pas avoir apprécié sa remarque sur l’état du royaume, et sur la Résistance. Pourtant, elle ne devait pas voir grand-chose du monde extérieur à ce Château. Ce n’était pas comme si elle était l’une de ces miséreuses faisant la manche, voire volant les braves gens. Il y en avait toujours eu, et il y en aurait toujours. Là-dessus, elle n’était pas dupe Heather. Même si on les aidait, finalement, parfois, on dirait presque qu’ils voulaient rester ainsi, toute leur vie. De drôles de bonhommes. Accusant la société de tous les maux possibles, mais refusant de travailler pour elle, de s’intégrer, afin de pouvoir vivre dignement. Voilà comment Heather voyait les mendiants. Car un jour, elle avait demandé à l’un d’entre eux, en l’échange d’un repas bien chaud, d’aller porter un paquet à l’autre bout de la ville. Chose que faisaient aussi régulièrement les gosses de son quartier. Et bien, figurez vous qu’il avait refusé. Alors, depuis, elle n’avait plus jamais cherché à les aider. Qu’ils restent à leur misère, s’ils refusent la main qu’on leur tendait. Oui, pour manger, il fallait travailler. Et lorsque l’on veut, on peut.
La noble était ailleurs, et semblait vaciller. Elle congédia Heather. Sauf que celle-ci ne pouvait se résoudre à laisser une jeune fille ainsi. Elle semblait mal aller, et l’apothicaire voulait l’aider. Car elle le pouvait, au moins pour un temps. La jeune fille s’était écroulée sur son lit, sans même que Heather ne puisse l’aider à le rejoindre. Mais elle allait se rattraper. Après tout, il s’agissait de la fille d’une de ses meilleures clientes. Et s’il s’agissait là d’un effet secondaire de ses crèmes ? Après tout, certaines plantes les composants pouvaient être dangereuses à trop fortes doses. Et si la demoiselle était de nature fragile…
Non, elle ne pouvait décidément pas laisser une jeune noble ainsi, sans savoir la nature de son mal. Elle ne voulait pas être accusée d’avoir empoisonnée une Lady. Ce serait alors les cachots assurés, puis la mort. Et son nom serait à jamais tâché de l’ombre de cette résistance qu’elle haïssait tant. Impensable.

« Demoiselle, laissez moi vous aider si vous allez mal. »

Heather alla chercher son panier, puis s’agenouilla au chevet de la jeune fille mal en point. Elle avait avec elle, grâce à Dieu, quelques feuilles de tisanes aux effets bienfaiteurs, et même quelques pastilles à base de plantes, légèrement sucrées, qui pouvaient être efficace en cas de mal de crâne. Mais surtout, elle avait les antidotes aux plantes nocives qu’elle utilisait dans ses crèmes. Au cas où. L’on était jamais assez prudente.
Elle posa sa main sur le front de la noble. Il était chaud, mais pas fiévreux non plus. Elle n’avait pas de boutons. C’était déjà ça de gagner.

« Lady, avez-vous mal à la tête, ou à l’estomac. Pardonnez moi d’être si insistante, mais il arrive que quelques personnes souffrent des produits que leur procurent, aussi, je dois m’en assurer. »

Autant le dire clairement. Sinon, la noble risquait de ne pas apprécier qu’Heather s’accroche ainsi. Personne n’aimait être vu malade, souffrant, faible. Et encore plus les hautes gens.

« Et même si ce n’est de ma faute, ce dont je me réjouirais fortement, je peux vous aider, j’ai tout ce qu’il faut pour faire passer d’éventuelles douleurs. »

La jeune apothicaire fixait, inquiète, sa cliente. Mais pour l’instant, rien ne semblait indiquer une mauvaise réaction à ses crèmes. Enfin, prudence est mère de sûreté.
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MessageSujet: Re: Sois belle et tais toi ? [Sybille]   Jeu 4 Aoû - 22:13

    Ma tête me semble lourde, si lourde, tandis que je m'enfonce de plus en plus dans les profondeurs de mon oreiller. La vie est tellement compliquée. Il faut penser à tant de choses. Être polie devant la haute noblesse, bavasser sur des sujets stupides avec des demoiselles possédant un QI de mouche pour « plaire », aller à des fêtes relativement amusantes, ne pas perdre de vue cependant que mon véritable but est d'aider la Résistance, ne pas me rapprocher de n'importe qui donc, garder mon cœur clôt, ne pas chercher à apprécier qui que ce soit en particulier... Pourtant je suis humaine, et je n'arrive pas à laisser mes sentiments de côté, ne serait-ce qu'un peu. Je suis trop faible, trop fragile, c'est agaçant ! Je préférerais cent fois être dure, forte, impassible. Tout serait plus aisé alors, j'en suis sûre.

    Il faut que je me concentre. Que je ferme mon esprit au dehors. Que je cesse de penser à cette apothicaire qui me fait douter. Mes paupières s'abaissent, les minutes passent. J'ai l'impression d'entendre une voix tout près, mais elle entre si faiblement dans mes oreilles que je ne comprends pas ce qu'elle essaye de me dire. Des effluves de violette pénètrent dans mes narines, brouillent mon esprit, m'empêchent de réfléchir. J'ai l'impression d'être en plein milieu d'un épais brouillard. Tout autour de moi, le noir, rassurant, innocent, qui m'appelle. Je veux me blottir dans ce cocon obscur, ne plus jamais en ressortir. Oublier les problèmes, la misère, oublier ma vie. Ne plus m'appeler ni Sybille, ni Vivaldi. Être juste moi, ici, maintenant. Et attendre que le temps passe, indéfiniment. Je sombre.

    Plic. Plic. Plic. Il fait froid. Où suis-je ? Plic. Plic. Doucement, j'ouvre un œil. C'est relativement inutile, étant donné l'absence de luminosité de l'endroit. Plic. Plic. Je dois être allongée, je sens le sol dur sur ma joue. Il est gelé, c'est sûrement pour ça que j'ai froid. Plic. Plic. Plic. Un instant, je me demande quel est ce bruit, persistant, incessant. Juste avant qu'une énorme goutte d'eau s'écrase sur mon nez. D'accoooord. Plic. Plic. Bon. Qu'est-ce que je fais là ? En temps normal, je l'aurai su... Mais mon esprit est étonnamment engourdi, je n'arrive pas à faire fonctionner mon cerveau correctement. Plic. Plic. Lentement, je me relève. Puis une lumière aveuglante traverse la pièce. Argh, je tombe. Retour à la case départ. Enfin, au moins, il fait jour maintenant. Plic. Plic. Plic. Un éléphant rose à pois bleu traverse la grotte (oui, j'en suis à la conclusion que je suis dans une sorte de cave naturelle. C'est la seule chose dont je suis à peu près sûre...). Ah. Visiblement, je rêve. D'un certain point de vue, c'est rassurant... D'un autre un peu moins. Si ça se trouve, je suis complètement folle. Plic. Plic. J'aimerais bien que ce bruit stoppe aussi ! C'est énervant. Et ça me donne encore plus l'impression d'être tarée. Plic. Plic. Plic. Je tente une nouvelle fois de me relever. Pas moyen. Mes jambes restent clouées au sol. Plic. Plic. Je n'aime pas trop ça. Une petite fille arrive en trottinant face à moi. C'est étrange, elle me dit quelque chose... Plic. Plic. Ola. Révélation. C'est moi. Plus jeune. Bon sang, j'espère que c'est un rêve. Plic. Plic. L'enfant face à moi m'observe en souriant. Ou plutôt, JE m'observe en souriant. Terrifiant. Plic. Plic. D'un seul coup, la petite fille sort une clef de sa poche. Minuscule. Plic. Plic. Des initiales sont gravées dessus. La clef n'est donc pas à elle. Pas à moi. (Vraiment, c'est étrange.) Plic. Plic. Plic. Je l'ai... Volée ? Mes yeux s'écarquillent d'étonnement. Je viens de me rappeler. Plic. Plic. J'étais dans ma chambre, avec. Comment s'appelait-elle déjà ? Ah oui, Heather. Elle a mis du produit à la violette sur mes cheveux, après j'ai déraillé. Plic. Plic. J'ai commencé à douter, à ne plus savoir où j'en était... Pourtant la réponse est si simple ! Plic. Plic. J'aime voler. Je suis aller rejoindre la Résistance en partie pour ça. Pour arrêter de me prendre la tête et être moi il me suffit... Plic. Plic. Plic. Plic. De faire ce qu'il me plaît. Plic.

    Je me réveille en sursaut et me relève brusquement. Le jour décline. Argh, combien de temps ai-je dormi ? Doucement, j'observe ma chambre. Je cherche, je cherche... Ah, voilà. Assise sur une chaise près de la fenêtre, je reconnais la chevelure blonde de l'apothicaire. Pourquoi est-elle restée ? Aucune idée. Peut-être qu'elle a essayé de me réveiller, sans succès. En tout cas, ça tombe plutôt bien qu'elle soit toujours là. Avec son panier. Tout en me relevant totalement, j'arrange un peu ma robe et mes cheveux. L'odeur de violette a presque disparu. Je souris, puis je prends la parole d'une voix que je veux calme.

    « Désolée, j'ai dû m'endormir... Vous auriez dû vous en aller, ma mère vous aurait payé et vous n'auriez pas eu à patienter si longtemps. D'ailleurs, il fait froid ici, ne trouvez vous pas ? Je demanderai à ce qu'on allume la cheminée ce soir. »

    Lentement, soigneusement, je m'approche de la grande armoire en noyer qu'il y a au fond de ma chambre. Je tourne la clef, et la porte s'ouvre sur un méli-mélo incroyable de vêtements, de chaussures et d'accessoires de toutes les couleurs. Cadeaux divers et variés ou achats généreux de mes parents dans le but de me réconcilier avec ce qui concerne l'apparence. Mon apparence. La raison de la venue de cette femme d'ailleurs, je le sais bien, je ne suis pas idiote... Et puis ma mère parle trop fort lorsqu'il s'agit de moi. Dans la dernière conversation, j'étais qualifiée de « débraillée ». Sympathique. Prestement, je jette un coup d’œil dans le miroir incrusté dans la porte de la commode. C'est vrai que je pourrai faire un peu plus attention. Enfin. D'un geste ample, je tire une large couverture du fatras de mes affaires avant de claquer le battant de l'armoire. Je tourne ensuite sur mes talons, marche vivement vers l'apothicaire et lui jette le plaid dessus. Reste le panier en osier découvert. D'un air suffisant, comme si j'étais une noble comme les autres et pas celle que j'avais pu montrer auparavant, je lance une phrase soigneusement étudiée un peu plus tôt.

    « Il ne manquerait plus que vous attrapiez un rhume. Le château en recevrait une mauvaise réputation, à coup sûr. »

    Puis je m'assieds face à mon interlocutrice, dans le divan. Ni trop près, ni trop éloignée. Je joins mes mains sur mes cuisses, relève mon menton. Un corbeau noir passe devant la fenêtre, rapide, précis. Je pense vaguement à cet imbécile de la Résistance, me prenant pour une gamine et se faisant appeler par le même nom que cet oiseau du malheur. Le souvenir d'un de nos échanges épineux m'arrache un sourire légèrement narquois. Mon regard se fixe une seconde sur le panier en osier et sur toutes les fioles qu'il contient, puis se tourne vers le visage de la jeune fille. Sur le ton de la conversation, je lâche enfin ce qui se trouve être la première étape de mon futur vol.

    « Je me demandais, Heather... Vous fabriquez vous-même vos produits n'est-ce pas ? Je trouve ça admirable d'avoir la patience de faire ça toute seule ! »

    Un grand sourire, candide, comme celui d'une enfant. Ou d'une jeune fille ayant grandit dans une cage dorée, à l'abri de tout problème. Je veux paraître adorable. Distraction, distraction. Suivra-t-elle le tracé aérien de l'oiseau noir ? Je l'espère... Car il la mènera droit à sa perte, et à ma réussite. Amusant, n'est-il pas ? ♥

    Spoiler:
     
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MessageSujet: Re: Sois belle et tais toi ? [Sybille]   Mer 24 Aoû - 16:29

La petite noble s’était endormie, et Heather ne savait trop que faire. Elle avait profité du sommeil profond pour vérifié si elle n’avait pas de fièvre, ou voir si son ventre travaillait. De la fièvre, elle en avait bien un peu. Et l’apothicaire avait appliqué innocemment un petit baume sur son front, qui faisait baisser la température, et qui soulageait les maux de tête. Mais hélas, c’était tout ce qu’elle pouvait faire, et en attendant que la jeune fille se réveille, elle choisit de se poser sur un fauteuil non loin du lit de la demoiselle. Son panier à côté d’elle, elle sortit son ouvrage. Actuellement, elle brodait un mouchoir pour une de ses protégées, Wihelmina. Elle voulait représentée un brin de muguet dessus, elle était certaine que cela lui plairait.
Mais le jour ne tarda pas à décliner, et bientôt, elle dut arrêter. Elle ne voyait plus grand-chose dans l’obscurité naissante du château, malgré les torches qui brulaient. Elle fixa Lady Vivaldi, toujours endormie. Elle allait devoir prendre congé. Mais alors même qu’elle se disait ceci, la jeune demoiselle se réveilla. Elle avait l’air de bien aller. Le repos, c’était tout de même le meilleur remède contre les faiblesses passagères. Un grand sourire s’étala sur les joues de l’apothicaire. Elle était soulagée, bien sûr. Pour elle. Mais aussi, elle était purement et simplement heureuse que la petite noble aille de nouveau mieux. Sans autres arrières pensées. Pas pour elle, non, seulement pour le petit être se tenant devant elle.

« Mademoiselle, je ne pouvais m’en aller sans vous veiller. J’ai eu grande inquiétude pour vous. Mais comme vous semblez aller mieux, je… »

Elle n’eut pas le temps de prendre congé en une petite révérence. Car déjà, la jeune fille, qui venait de trouver une couverture dans son placard, jeta celle-ci sur elle. Oui, il faisait froid. Mais pour Heather, cela n’importait guère. Chez elle, il faisait bien plus froid qu’ici la nuit venue. Ou au petit matin, alors qu’elle cueille quelques herbes dans son petit jardin. Le froid, c’était l’affaire des roturiers, non pas des nobles. Un monde les séparait, et Heather n’était pas sotte au point de l’oublier.

« Merci, ma Lady »

Elle lui sourit une nouvelle fois. Après tout, la jeune fille avait été attentionnée à son égard, et cela lui faisait vraiment très plaisir.

« Mais, si je puis me permettre, vous devriez aussi vous couvrir. »

Elle s’était assise dans un divan, juste en face d’elle. Son regard se perd un instant, derrière la fenêtre. Mais Heather ne cherche pas à tourner la tête. Non, elle fixe la jeune fille. Se demandant ce que celle-ci attends d’elle. Après tout, elle n’avait pas l’air d’être enchantée par la venue de l’apothicaire quelques heures auparavant, et voilà qu’elle la retenait. Mais qu’à cela ne tienne, si elle ne parlait pas très bientôt, Heather prendrait congé. C’est évidemment à ce moment là que la jeune noble choisit de parler. Lui parlant de son métier.

« Oui, je confectionne tout cela moi-même. C’est mon oncle, paix à son âme, qui m’apprit tout. Depuis qu’il nous a quitté, je m’occupe seule de la boutique. Fort heureusement, les enfants du quartier m’apportent souvent un coup de main, en échange de quelques piécettes ou d’un repas chaud. Parfois la vie est dure, mais elle n’en reste pas moins agréable. »

Le sourire de la noble lui rappelait justement le sourire de quelques autres enfants, de ceux à qui elle offre une friandise. Un sourire innocent, le sourire de celui qui trouve une récompense. Une douceur. Un sourire emplit de joie.
Bien sur, elle avait omis de préciser quand son oncle, qu’elle avait longtemps cru être son père, était mort. Pour cause, cette date coïncidait avec l’ascension des Princes, étant donné qu’elle l’avait elle-même tué après qu’il en ait dit du mal. Elle ne désirait pas que quelque rapprochement pût être fait.
Et cependant nostalgique du temps où elle vivait avec lui, elle regarda un instant à travers la fenêtre, juste derrière elle. La nuit était tombée bien vite, et déjà, les étoiles illuminaient le ciel noir.

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MessageSujet: Re: Sois belle et tais toi ? [Sybille]   Sam 27 Aoû - 13:12

    Elle m'a remercié pour le plaid. Et elle m'a dit que je ferais mieux de me couvrir, moi aussi. J'ai failli lui lâcher qu'elle devrait s'occuper de ses affaires, au lieu de se préoccuper des miennes. Il ne fait pas si froid que ça. Je la fixe tout en attendant ma réponse., mais j'ai l'impression de sonner faux. Tout sentiment de bien être face à cette demoiselle s'est envolé, disparu au fur et à mesure que je m'enfonçais dans mon rêve, pour n'être plus qu'un ectoplasme à mon réveil. Elle est du côté des Princes, je le sais, je le sens. Je ne peux m'expliquer ce pressentiment. Peut-être est-elle simplement trop polie. En tous les cas, c'est une ennemie. Une adversaire que je devrais sans doute éliminer - moi ou quelqu'un d'autre d'ailleurs. Je préférerais ce quelqu'un d'autre en fait, mais bon -, dans un avenir plus ou moins lointain, si jamais elle devient dangereuse. Je suis redevenue froide, distante, comme j'aurais dû l'être depuis le début. Je me concentre sur les fioles dans le panier, sur mon objectif. La voix d'Heather retentit dans le silence sourd de la chambre.

    « Oui, je confectionne tout cela moi-même. C’est mon oncle, paix à son âme, qui m’apprit tout. Depuis qu’il nous a quitté, je m’occupe seule de la boutique. Fort heureusement, les enfants du quartier m’apportent souvent un coup de main, en échange de quelques piécettes ou d’un repas chaud. Parfois la vie est dure, mais elle n’en reste pas moins agréable. »

    Je la regarde toujours avec ce sourire candide qui me répugne, me demandant ce qu'elle veut dire par « une vie dure mais agréable ». Je ne vois pas en quoi la misère peut être quelque chose d'acceptable. Ou alors elle est une de ceux qui vivent à peu près correctement au bourg, c'est possible. Ça expliquerait sa bonne réputation au château, et le fait que ma mère est acceptée que ce soit elle qui m'aide à retrouver une « apparence convenable ». Oui, ça se tenait. Raison de plus pour qu'elle ne soit pas du même avis que moi sur le règne des deux Idiots.
    Enfin, l'instant que j'ai attendu arrive, me coupant dans toutes mes réflexions. Elle se tourne vers la fenêtre. Un vrai sourire se dessine sur mes lèvres. Heather a fini par suivre l'oiseau du malheur finalement. Tant mieux. Silencieusement, le plus naturellement possible, je m'approche d'elle en faisant mine de vouloir regarder par la fenêtre. Mes yeux se perdent quelques secondes au-delà de la vitre. Puis, d'un geste vif du pied, je fais tomber le plaid sur le panier. Un air horrifié prend place sur mon visage.

    « Oh, excusez-moi, je n'ai pas fais attention ! »

    Donnant l'impression d'une jeune fille embarrassée, je m'empresse de me baisser et de ramasser la couverture. Je la plie en deux. En quatre. En six.
    Une seconde.
    Je me relève et offre un nouveau joli sourire à l'apothicaire. Mes pas me guident vers l'armoire où je range le plaid. La porte droite reste ouverte. Celle où il y a le miroir. Sur le coup, je n'y fais pas attention, je me dis juste que c'est plus naturel de ne pas être parfaite et d'oublier de fermer un placard de temps en temps... Ensuite je me tourne à nouveau vers Heather, et je parle.

    « Bien, il se fait tard... Je pense qu'il vaudrait mieux que vous partiez maintenant. Vous pourrez toujours revenir de toute façon, ce sera avec plaisir. »

    De mon air poli, je l'aide à rassembler ses affaires, puis je l'accompagne jusqu'à la sortie des appartements de mes parents. J'ai toujours trouvé que tout était trop brillant dans le vestibule de l'entrée. Trop de dorures, trop de chandelles, trop de richesses. Je déteste cette impression. Pourtant, c'est avec affabilité que j'appelle un des serviteurs et que je lui demande de ramener l'apothicaire jusqu'à la grille du château. Puis, gentiment, je dis mes derniers mots à la jeune dame aux cheveux blonds. Elle paraît toute petite, perdue au milieu du couloir, avec son panier et son manteau.

    « Merci pour tout, Heather. Je pense que nous aurons l'occasion de nous revoir... Donc, je me contenterais d'un « à plus tard » ! »

    Elle s'en va. Je l'observa alors qu'elle marche en compagnie du garçon que j'ai hélé. J'ai comme un petit pincement au cœur, à l'idée que si j'avais été différente, et que si elle avait moins adoré les Princes, nous aurions pu être amies. Mais c'était comme ça. On ne change pas la nature des gens. Doucement, je retourne dans ma chambre et retourna vers mon armoire. J'en sors une grande cape, sombre, qui cache suffisamment bien mon visage pour que je ne soit pas reconnue. Mon regard croise le miroir. Je m'observe. Une minute passe. Puis deux. En soupirant, comprenant que je ne résisterais pas, je vais chercher ma brosse et m'occupe un peu de mes cheveux. Je peux vous dire que les voir coiffés me fait bizarre. En rougissant à demi de mon brusque élan de coquetterie (si on peut appeler se coiffer de la coquetterie...), je rabat ma capuche sur ma tête et sors furtivement, sans attirer l'attention de la moindre femme de chambre. Elles étaient toutes bien trop occupées à ranger l'appartement, comme à leur habitude. Rapidement, je traverse les couloirs du château. J'arrive jusqu'aux jardins. Passe les grilles. Direction les catacombes. Là-bas, je le jure, le premier qui se fiche de mes cheveux, je l'égorge. Si je n'ai pas été massacré par Vidal avant, à cause de mon inactivité... Hm.

    Dans ma manche, pèse une fiole. Du produit à la violette.

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