{ Dirty Prince }


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 Izaiah { Quand le sang formera une corolle sur tes lèvres, je partirai }

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AuteurMessage
Izaiah

{ "My words, The berretta, The sound of my vendetta" ♪ }

Messages : 58
Localisation : Dissimulé.
Âge du personnage : 24 ans
Fiche du personnage : L'Antre de la Bête

RPs : Sinistre Commande - Anastasia (Abandonné)

Tire la chevillette, la bobinette cherra - Primo (En cours)



Cupboard
Autres détails:
Profession ou titre: Tueur à gages
MessageSujet: Izaiah { Quand le sang formera une corolle sur tes lèvres, je partirai }   Mer 12 Mai - 1:16

/
Pour la première fois, j'avais gouté à la vengeance ;
c'était comme un vin aromatisé;
en l'avalant, il était chaud, sentait le terroir,
mais laissait un arrière-goût métallique, corrosif,
donnant la sensation d'un empoisonnement.
[Charlotte Brontë}




I ° Who are you?

    Nom: Swieta Katarzyna
    {Nom venant de l'histoire personnelle de son père, originaire du Royaume de Pologne. Celui-ci fut abandonné quand il n'était encore qu'un bébé d'environ un ou deux ans pendant l'hiver d'une année malheureuse où il avait fait particulièrement froid, où les récoltes avaient été désastreuses et où, une cause entrainant une conséquence, la famine sévissait avec violence et disloquait les familles. On suppose qu'alors l'un des parents, une nuit de neige, prit le fils inutile qu'ils étaient tenus de nourrir et l'emporta au-dehors, le laissant le plus loin possible de leur maison, au pied d'une statue de Sainte Catherine perdue au milieu des champs immaculé et, à la terre dure comme la pierre. Quelques temps après (comment savoir si les événements suivants se déroulèrent le lendemain ou plusieurs jours après ces faits?), une tzigane de passage, dont le clan traversait le pays, nommée Dehlia Nadibakni, s'approcha de l'intriguant paquet de tissu aux pieds de la Sainte, découvrit l'orphelin et le ramena à son campement, où elle insista auprès de son mari, Mihael, pour le garder. Ce dernier accepta et le plaça aux cotés de sa propre fille, Santana, dans le berceau que contenait l'exiguë roulotte. En hommage à son pays et à la sainte qui avait veillé sur lui, repoussant sa mort, il lui donna le patronyme de ''Swieta Katarzyna'', ''Sainte Catherine'' en polonais, puis, au regard du hasard qui l'avait gardé en vie, il lui attribua le prénom d'Azarel, signifiant ''Dieu à aidé'' en hébreu. Plus tard, l'enfant abandonné, devenu adulte, choisit de prendre ''Mihaita'', un dérivé de Mihael, en deuxième prénom pour marquer sa gratitude envers l'homme qui le recueillit, le nomma et lui permis de prendre pour épouse sa propre fille.}

    Prénoms: Izaiah, Lehel
    {Le premier lui a été décerné par son père, le deuxième par sa mère, en grande partie pour les sonorités qui leur étaient agréables.
    >> Izaiah signifie ''Le Salut de Dieu'' ou ''Le Seigneur m'aide'' en hébreu. Lehel est un prénom d'origine hongroise qui se réfère aux vents, aux souffles, à la respiration. }


    Surnoms: Il ne s'en est pas attribué lui-même, laissant le milieu qu'il fréquente l'appeler comme bon lui semble. Pourtant, s'il est connu sous plusieurs pseudonymes, la plupart de ceux qui ont entendu parler de lui se réfèrent à lui en tant que ''L'Homme''. L'Homme, qui détient la capacité à passer inaperçu quelles que soient les circonstances, aussi discret qu'un corbeau. L'Homme, qui peut débarrasser des individus gênants sans se préoccuper de la morale ou de la religion. L'Homme à l'état zéro, celui qui détient le pouvoir suprême, celui de tuer sans faire preuve de culpabilité.

    Orientation sexuelle: Hétérosexuel
    { Le jeune homme évite d'entretenir des relations suivies avec qui que ce soit, et préfère, lorsque cela est possible, une satisfaction passagère à un attachement suivi qui finit par le mettre dans l'embarras. Ne restant pas assez longtemps avec ses partenaires pour leur porter une affection sincère, leur cachant ses activités et la vie qu'il mène, l'éloignement qui règne entre lui et ses amantes n'a, jusqu'ici, mené ses histoires qu'à de cuisants échecs. }

    Fonction: Tueur à gages
    {Depuis que sa famille s'est faite massacrée, il a pris le temps d'apprendre à manier les armes à feu, passant maitre dans leur maniement, dans la précision de ses tirs et dans la rapidité d'exécution. Mettant à profit ce savoir-faire, il est devenu petit à petit assassin professionnel en réussissant à se faire un nom dans le milieu de la pègre et des hors-la-loi. Ses services sont depuis régulièrement sollicités, ses prix se modifiant suivant le rang du commanditaire, celui de la victime, les risques encourus et la difficulté à mener à bien la demande.}

    Age: 23 ans
    Date de naissance: 31 mai


    Lieu de naissance: Inconnu.
    {Sa mère elle-même a oublié où elle l'avait mis au monde, le clan bougeant continuellement de place. Elle est cependant persuadée de se souvenir que ''ce jour-là, il y avait du soleil, mais je n'avais jamais entendu le vent souffler aussi fort de toute ma vie''. }

    Origines: Tziganes
    {On pourrait citer les origines polonaises de son père, mais les gitans possèdent le sang de tellement de nationalités différentes qu'il serait superflu de les nommer une par une.}

    Signe caractéristique: Aucun.
    {Son but est de ne pas en posséder, afin de pouvoir tuer en silence et sans bavures. Ses yeux dorés, qui pourraient constituer sa seule particularité, sont cachés en permanence sous un chapeau sombre à larges bords lorsqu'il sort. Habillé de noir des pieds à la tête, hormis ses chemises blanches qu'il cache sous son manteau, il se fond dans la masse à la perfection et tue sans sourciller, ne laissant rien paraître qui puisse éveiller des soupçons.}

    Manie, habitudes: Il garde toujours dans sa poche le ruban bleu défraichi qui était le préféré de sa sœur, et le sort continuellement pour l'enrouler autour de ses doigts, le caresser, ou simplement jouer avec. Autrement, il fume quand l'envie lui en prend, et ce depuis maintenant six ans.

    Groupe: Oponent
    {N'étant pas spécialement opposé au régime imposé par les deux princes, il les déteste cependant comme il déteste l'ensemble de la noblesse, et ne refuserait pas l'opportunité de se débarrasser d'eux. De plus, il n'apprécie pas d'avoir été coincé dans cette ville par un simple concours de circonstances. Dépêché à cette époque pour abattre un bourgeois qui y résidait, le coup d'état l'a surpris et l'a obligé à s'y installer contre son gré}




    Toujours ensemble, ta main toujours assez proche pour être prise ;
    comme j'ai besoin de ta présence, comme je suis abandonnée sans elle,
    depuis que je te connais! Ta présence est, crois-moi, le seul rêve que je rêve,
    il n'en est pas d'autre.
    [Franz Kafka]



II ° RP

    La main de l'enfant effleura la sienne pendant qu'il saisissait discrètement la carte qu'elle avait glissé au creux de la paume. Sa peau était chaude, douce, et il savait que s'il en approchait ses lèvres, elle aurait la senteur de terre et de mimosa qu'il lui connaissait, rehaussée de celle, plus forte, des pommes qu'il avait volées puis posées dans son tablier. Il ne la regarda pas, se contentant de ramener le précieux morceau de papier sous la table avant de le glisser dans son jeu. Une chance que les types qui faisaient cercle autour de lui soient, en plus d'être irrémédiablement stupides, ivres comme des porcs. Assis sur une des chaises crasseuses qui peuplaient l'auberge minable dans laquelle il s'était arrêté dans l'espoir de gagner quelques bricoles, la fièvre, le désir de remporter la partie uniquement pour le plaisir qui en découlerait s'était emparée de lui, annihilant les raisons matérialistes qui l'avaient poussé à prendre place dans cet endroit. Se trémoussant sur sa chaise, ses yeux fixés sur son jeu d'un air concentré, il remit son col en place et, ce faisant, échangea une carte contre une deuxième, plus avantageuse. Sa tache accomplie, il se pencha en avant, les coudes sur la table, son regard évitant volontairement celui, désapprobateur et inquiet, de sa petite sœur qui attendait dans son dos le résultat de ses investigations. Inquisiteur, il étala son jeu sur la table, survola celui de ses camarades. Ses lèvres s'étirèrent en un sourire inhabituel pour un gamin de sept ans. Il avait gagné.
    Ignorant les bougonnements menaçants des clients qui le considéraient avec une expression mauvaise, il abandonna les cartes sur la surface de bois et s'empara du violon constituant la mise d'un geste rapide. Attrapant le poignet osseux de sa sœur avec une force qui la fit grimacer, il s'efforça d'avancer d'un pas mesuré jusqu'à la porte, le volume des murmures menaçants augmentant peu à peu derrière lui, risquant d'éclater avant qu'ils ne soient en sécurité. Un gitan n'attirait pas la sympathie des gens des villes. Et un gitan qui gagnait était haï. Très tôt, il avait appris de la bouche de sa mère toutes les inepties que l'on racontait sur les tziganes, et elle avait alors conclu en lui disant de se méfier de ce qu'il pouvait dire ou faire lorsqu'il se trouvait en position d'infériorité. Depuis, à chaque fois qu'il sortait, elle l'observait du coin de l'œil quand il passait la porte, lui rappelant en silence ce qu'elle lui avait confié ce jour-là. En insistant davantage s'il sortait avec sa cadette, car il avait à ce moment-là une double responsabilité qu'elle ne se priait pas de lui rappelait avec douceur. Ce qui était le cas aujourd'hui. Ils laissèrent en arrière la bourgade morose près de laquelle leur campement s'était arrêté pour une poignée de semaines, et le jeune garçon fit signe à la fillette de s'arrêter, s'asseyant en tailleur dans l'herbe mouillée qui tacha le fond de son pantalon. La petite, plus consciencieuse, se contenta de se pencher vers lui avec une mine contrariée, ses bras appuyés contre ses genoux, pendant que son frère caressait l'étui de l'objet qu'il venait d'acquérir, l'air visiblement intéressé par la valeur de ses gains. Elle mettait dans son attitude de réserve un reproche, la marque de ce qui chiffonnait la conscience et la candeur de ses cinq années d'existence.
    Le garçon se tourna vers elle et la dévisagea d'un air entendu, offrant son visage au ciel. Il était de taille chétive pour son âge, et son visage semblait refléter cette caractéristique. Fin, exigu, au menton pointu et aux joues souples, il affichait un aspect menu et léger, mangé par des boucles noires flottant autour de son visage, entrant à l'occasion dans sa bouche, voyageant sur ses joues et recouvrant son front d'une frange épaisse qui lui retombait entre les yeux. Ces derniers étaient constitués de pupilles dorées, d'un jaune iridescent qui se détachait avec éclat depuis la masse de sa chevelure sombre en désordre. Son torse étroit était compressé dans une chemise en piteux état dont une des manches était déchirée jusqu'au coude. On avait tenté de la réparer avec un fil de laine blanc, mais la couture voyante courrait sur son bras comme si elle se moquait de lui, visible et décharnée, à moitié détruite, en attente d'un nouvel assaut qu'elle se ferait un plaisir de réduire à néant. Le vêtement sortait à moitié du pantalon de toile qui tombait sur des bottines usagées, trop grandes, aux lacets défaits trempant dans la poussière et la rosée. Enfin, il répondit au reproche implicite qui lui était directement adressé.
    « D'accord, j'ai triché. Mais tu m'as aidé. »
    La fillette sursauta puis, contrariée, croisa les bras dans son dos et regarda ailleurs, retranchant sous ses dents des paroles incompréhensibles. Izaiah reporta son attention sur l'instrument, et il sentit sa sœur se glisser à son coté pour l'observer avec lui. Evangelina était aussi brune que lui, mais ses cheveux descendaient dans le bas de son dos en ondulant avec fermeté, et ses mèches sculptées dévoilaient de minces reflets roux sous la lumière tombante du soir. Elle apparaissait minuscule à coté de la taille de l'arbre, gracile à l'extrême, mignonne comme seuls les enfants savent l'être, affichant encore la beauté de l'innocence. Ses yeux noisette se révélaient translucides, se fondant avec simplicité dans sa peau crème et soyeuse comme la robe de satin d'une poupée. Elle était aérienne, volante, légère, plume dans un vent tournoyant. Ses mains étaient des coquillages, ses ongles étaient de nacre. Timide et réservée, elle avait toujours dans la bouche un arrière-goût apeuré qui se figeait sur son être comme une hostilité permanente. Silencieuse la plupart du temps, on la croyait souvent muette. Elle était juste fragile. Un rien la touchait, un rien l'attristait, un rien la faisait éclater en sanglots. Mais elle avait cependant cette vigueur propre aux gens qui savent ce qu'ils veulent, la fougue de ceux qui sont nés pour aimer et les extrémités qui se manifestent devant la douleur ainsi que la joie. Sa mère disait avec fierté qu'elle aurait la passion et l'orgueil des séductrices. Pour l'instant, elle était juste une gamine qui se réfugiait vers Izaiah au problème le plus futile. Et celui-ci la laissait faire, lui vouant une tendresse démesurée et lui accordant une protection de tous les instants. Elle divulguait la beauté d'un bourgeon paresseux, qui peine à éclore. Elle n'était qu'Evangelina, curieuse et calme, peureuse et délicate. Et elle s'accroupit en relevant sa jupe vieux rose, en tenant son corsage de l'autre main.
    Izaiah sortit le violon de sa boite, le posa sur ses genoux et passa son index sur une corde, délivrant dans l'air somnolent un son grinçant. Puis un autre. Il sourit, moqueur. C'était un instrument de mauvaise qualité, mais il pourrait en tirer un bon prix. Quelle chance d'avoir gagné cela en jouant une

    simple partie de cartes n'aurait pas dû l'énerver autant. Il saisit son poignet de sa main droite pour s'empêcher de trembler de rage. Contre son gré, la colère remontait le long de son échine, hérissait les vertèbres qui pointaient sous son épiderme, et se faufilait dans chaque parcelle de son ossature, rendant douloureux chaque mouvement et blanchissant ses articulations. Il n'aurait pas dû perdre son calme, il le savait. Sa mère lui répétait une dizaine de fois par jour qu'il était trop impulsif. Qu'il s'énervait pour des motifs futiles. Seulement, il n'arrivait pas à contrôler son mauvais caractère, et qu'il en ait conscience, comme à présent, n'empêchait pas qu'il fût incapable de reprendre son calme. Son cœur battait à ses tempes. Il croyait l'entendre percer ses oreilles. Sa respiration résonnait autour de lui, il croyait l'entendre voltiger avec le vent. Ses doigts glissaient sur la surface des cartes, et il croyait en entendre le glissement crisser sous ses ongles, crisser sous sa pulpe, s'incruster dans ses paumes. Il releva la tête, la nuque droite et rigide. Sa sœur posa sur son avant-bras sa petite main froide, mais il la sentit à peine. En face de lui, telles des sphinx humanisés, deux enfants identiques se tenaient dans des positions identiques, dans des vêtements identiques, affichant une expression identique. Deux parfaits reflets qui le regardaient de leurs yeux en amande aux pupilles vairons, aux couleurs inversées pour chacune d'elles. Chez celle de droite, prénommée Lala, l'œil gauche était bleu, l'œil droit était brun. Chez celle de gauche, Luludja, l'œil droit était bleu, l'œil gauche était brun. Elles possédaient une crinière blonde et bouclée qui descendaient sur leurs épaules en une danse aérienne, dessinant les courbes de leur taille avec une sensualité étrangère à leur jeunesse. Leur taille était fine, leurs mains délicates, et elles avaient héritées de la peau mate et tannée des gitans, qui contrastait avec cette chevelure empreinte de noblesse, si rare dans leur communauté de tziganes. Assises en tailleur, leur robe recouvrant leurs genoux, elles fixaient leur adversaire avec un mélange de maturité et de calme que leur âge -elles avaient à peine atteint leur huitième année- rendait inquiétant. Elles mettaient en permanence les adultes mal à l'aise, effrayaient parfois les enfants par leur capacité à faire les mêmes mouvements en même temps, à prononcer leurs phrases à l'unisson ou à les compléter mutuellement, l'une finissant celle de l'autre comme si elles n'étaient qu'une entité unique, dispersée en deux corps éparses par une erreur funeste. Pourtant, cette caractéristique se manifestait rarement, car elles parlaient très peu, se faisant comprendre d'un regard ou d'un geste de la main, préférant l'action à la discussion. Souvent elles restaient enfermées dans le monde qu'elles s'étaient conçues, inventant leur propre langue qu'elles composaient avec des croisements de doigts, des gestes infimes qui passaient presque inaperçus, y incorporant une quantité restreinte de mots dont la signification resterait éternellement inconnue à ceux qui les n'étaient pas initiés à leur langue. Elles détestaient se séparer, au point qu'on aurait pu dire qu'elles en souffraient, regrettant à chaque minute de rupture cette présence réconfortante dont elles ne pouvaient se passer. Et puis quand, assis près de l'une d'elle, on la voyait se lever, les yeux brillants, un mince sourire contenu sinon sur ses lèvres, du moins dans l'aura de sa physionomie, on pouvait en déduire qu'elle avait deviné la présence de sa moitié qui revenait vers elle. Elle ne se trompait jamais. Quelques instants plus tard, on voyait surgir une ombre dorée attrapant pudiquement le poignet de l'autre pour l'emmener à l'abri des regards, là où elles se racontaient dans leur idiome inconnu ce qu'elles n'avaient pu vivre ensemble. Toujours elles erraient, enveloppées par la nuit, une et toutes à la fois, enfermées dans le cocon de leurs songes, repoussant la réalité qui laissait des marques rouges sur leur corps juvénile. Si les parois des roulottes étaient épaisses, à travers cet obstacle filtrait aisément les coups sourds rebondissant sur la chair, et les cris étouffés sortant de gosiers aplatis contre le sol. Enhardi par la boisson, excité par les injonctions de sa femme paniquée, le père frappait sans relâche les corps cassants des membres des sa famille. De ses filles dont on savait qu'elles n'étaient pas les siennes. De cette femme qui avait aimé un autre que lui, mettant à mal son orgueil. Ce n'était un secret pour personne au campement. Simplement, il y avait un arrangement tacite pour ne jamais en parler, et tous le respectaient. Cet homme qui passait sa journée à boire et vivait sur leur dos ne leur inspirait que mépris, et tous préférait l'

    Éviter qu'il ne devienne violent sous le coup de l'énervement n'est pas facile. Izaiah est trop agressif, trop rancunier, trop fier, aussi. D'une fierté qui supprime tout, son âme, sa réflexion, ses sentiments. Il préférerait sans doute mourir plutôt que d'avouer qu'il est aussi faible que les autres, et qu'il n'y aura pas de traitement de faveur pour lui . Les gens disent qu'il est orgueilleux, mais je ne crois pas que ce soit véridique C'est juste cette fierté enragée qui l'empêche d'être vraiment lui devant la foule, qui le pousse à la bravade et au défi. Sans être courageux, il est téméraire au point de provoquer en permanence ceux qui se dressent devant lui, ceux qui ont davantage de pouvoir, ceux qui pourraient l'éliminer d'un claquement de doigts s'ils mettaient la main sur lui. Il vole parfois pour prouver qu'il peut le faire, et non par nécessité. Il triche pour montrer qu'il peut être plus malin que les autres, et non pour en retirer un gain quelconque. Sa vie est fondée là-dessus. Il a besoin des autres pour exister. Il est mauvais perdant parce que s'il ne gagne pas, il a l'impression de perdre une sorte de crédibilité auprès de ceux qu'il fréquente. Et pour la conserver, il ferait n'importe quoi. Son honneur est plus important que sa vie, et peut-être que nous, aussi. Il déteste être humilié. Et quand il me lance ces regards en coin, comme maintenant, je sais que c'est parce qu'il jauge mon expression, qu'il vérifie que je ne me moque pas. Moi, je ne me moquerai jamais de lui, mais il regarde tout de même. Soudain, il jette les cartes au centre du cercle que nous formons, se lève d'un geste brusque, accuse les jumelles d'avoir triché et s'en va d'un pas rapide jusqu'à disparaître de notre champ de vision. Je fixe un moment l'endroit où il a disparu, puis me retourne vers les jumelles. Silencieuses et pragmatiques, elles ramassent sans broncher le jeu qui jonche à présent le sol. En commençant la partie, elles devaient s'attendre à la réaction d'Izaiah. Nous nous fréquentons beaucoup, mon frère, elles et moi, et je suppose qu'elles ont depuis longtemps cerné sa personnalité, car elles sont très intelligentes. Mon frère l'est aussi, dans la mesure où il sait se débrouiller avec ce qu'il a pour arriver à quelque chose. Je me lève et monte les marches de la roulotte où nous habitons avec difficulté. Je suis petite, et les arches sont hautes. Il n'y a personne à l'intérieur. Ma mère a dû partir en ville, courir les rues à la recherche de quelqu'un qui voudrait se faire lire la bonne aventure en échange d'une poignée de pièces, et mon père y est sans doute aussi pour chercher un travail provisoire, ou pour accompagner une danseuse de sa guitare pendant que des passants, distraits, passent à coté d'eux en les écoutant d'une oreille. Je ne comprend pas pourquoi si peu de personnes s'arrêtent devant nos spectacles. Je les trouve pourtant beau,x bercés par les entrelacs de musique sauvage et gracieuse, pendant que certains de nos hommes et de nos femmes tournent en cadence, sautent, bougent, évoluent sur ce son qui paraît les emmener loin dans des paradis artificiels, si magnifiques. C'est sûrement parce que les gens se croient trop importants pour se permettre de rêver, et c'est bien dommage.
    Dans un coin de la pièce sombre, au milieu d'étoffes de couleur dont ma mère prévoit de me faire une nouvelle robe, repose le violon qu'Izaiah a gagné il y a quatre ans dans cette auberge miteuse où il m'avait forcé à aller. Je ne me souviens pas vraiment de ce qui s'y était passé. J'étais petite. Juste de l'odeur caressante et rance qui régnait à l'intérieur. Je m'avance et saisit l'étui de l'instrument avant de ressortir et de contourner la roulotte. Comme je le pensais, mon frère est assis derrière, dans l'herbe qui lui monte presque jusqu'à la poitrine, assis en tailleur, les mains sur ses chevilles. Sans un mot, je m'installe à son coté. Il ne dit rien, mais il devine que c'est moi. Je l'ai vu à son mouvement d'épaule lorsque je me suis penchée. Je le pousse légèrement afin qu'il cesse de m'ignorer, comme à chaque fois qu'il fait la mauvaise tête. Lentement, il se tourne vers moi, les sourcils froncés, avec un faux air interrogateur. Il sait que je suis venue le chercher, mais il fait semblant de l'ignorer. J'ouvre devant lui l'étui et en sors le violon que je fourre entre ses bras. Il râle. Dit qu'il n'a pas que ça à faire, de divertir une morveuse, que je ferai mieux de dégager. Je le laisse dire, et il cale finalement l'instrument contre son cou, s'empare de l'archet. Il a appris à en jouer. Il joue encore faux parfois, mais j'aime bien l'écouter quand même. Dans ces moments-là, il est angélique. Son visage se détend, il ferme les yeux, il sourit, ses mèches retombent sur son front alors qu'il abandonne ses airs prétentieux. Ces moments-là, ce sont les nôtres, et personne d'autre n'a le droit de les connaitre. Plus encore, ce sont les miens, ceux où mon frère est entièrement à moi, celui où je le retrouve à travers sa musique envoûtante et maladroite. Il passe l'archet sur les cordes, une fois, et le morceau se répercute sous


    le ciel obscur, marquant le début de la nuit, la troupe faisait cercle autour du feu qui répandait ses flammes dans l'atmosphère. Tranquilles, celles-ci léchaient la terre avec précision, enroulant leurs langues de feu sur les branches qui s'étalaient en leur centre. En dehors de la lumière qu'elles prodiguaient, le paysage n'était que ténèbres. Izaiah y planta ses pupilles dorées en espérant apercevoir les alentours. Rien. Il se reconcentra sur le cercle. A sa gauche, ses parents, Azarel et Santana, se tenaient par la taille sans pudeur, comme deux adolescents amoureux fraichement déclarés. La première avait posé sa tête sur l'épaule de son époux, ses mèches couleur charbon s'entremêlant dans les plis de son gilet, ses doigts cherchant les siens, et les yeux, qu'elle avait d'un vert piquant, posés sur un point invisible devant elle. Azarel, quand à lui, soutenait sa femme avec une retenue masculine qui parachevait le charme de sa stature. Sa mâchoire carrée, crispée comme à son habitude, conférait une insatiable virilité à la chevelure d'un blond cendré qui tombait sur ses épaules en boucles lisses et ordonnées. Il avait des yeux sable comme le pelage d'un chat siamois, des mains de charpentier, un cou élégant, et les relents d'un parfum de roses passées exhalait son être, étonnant les habitants des villes qui s'approchaient assez de lui pour sentir cette habile combinaison entre son aura d'aristocrate et la grossièreté qu'il inspirait. Leur couple résistait aux années, malgré les fréquents écarts de l'un et de l'autre, qui débouchaient sur de violentes disputes les écartant plusieurs jours l'un de l'autre, avant de les rapprocher avec une ferveur identique à auparavant. Ils oscillaient entre la passion et la haine suivant les envies, mais auraient été incapables de vivre l'un sans l'autre, bien qu'ils affirmassent le contraire. Ils vivaient dans une incompréhension totale l'un de l'autre, et s'y complaisaient. Leur histoire était une suite de déchirements qui rythmait la vie de leurs enfants, trimballés entre les deux. Restés au stade de l'amour bourgeonnant, ils vivaient en famille comme ils auraient vécu en jeune couple, déclenchant les piaillements interloqués de certaines mères qui ne souhaitaient pas voir leurs rejetons prendre ce chemin de luxure. Après une de leurs sempiternelles disputes, ils partaient chacun de leur coté se réfugier dans la bourgade le plus proche à deux endroits différents, se livraient là-bas à toutes les crasses possibles dans le dos de leur conjoint, puis revenaient, plein de culpabilité, se jeter dans les bras de l'autre en commençant ce qu'Izaiah considérait comme ''des semaines de purgation'', pendant lesquelles ils ne se quittaient plus d'une semelle. Plus que l'amour, c'était la possessivité et la jalousie qui les liaient plus surement que ne l'aurait fait une chaine de fer. Santana était une danseuse hors pair, et elle initiait avec tendresse Evangelina à son art, espérant qu'elle deviendrait une enfant talentueuse et attirante, parachevant son joli minois et lui assurant sinon un mariage respectable, du moins une digne subsistance. Au contraire, Azarel, qui jouait exclusivement de la guitare, n'avait pas cherché à en apprendre le maniement à ses enfants. Il préférait, pendant son temps libre, s'isoler dans un coin tranquille, en dehors de l'agitation quotidienne qui agitait le campement, et rester pendant des heures immobiles, à réfléchir et à gratter quelquefois les cordes. C'était un solitaire, un amoureux du calme et de la sérénité, bien qu'il fasse preuve dans ses amours du même tempérament emporté que sa femme. Pour cela, il était brusque, entier, jaloux. Izaiah avait hérité des caractéristiques impétueuses de ses parents, alors qu'Evangelina avait plutôt opté pour la tranquillité de son père, ce qui la faisait paraître froide aux personnes qui ne la connaissaient que trop peu.
    En face d'Izaiah se tenait la patriarche de leur groupe, si vieille qu'on avait oublié son véritable nom pour ne plus que l'appeler ''Grand-mère''. On disait qu'elle avait enterré ses propres enfants, et que ses petits-enfants atteignaient eux aussi l'âge de partir. Elle était devenue l'ancêtre de la communauté entière. Ce que l'on savait d'elle n'était que des ragots dans lesquels on ne savait délimiter la part de vérité et la part de mensonge. Elle avait été mariée il y avait de cela cinquante ans, avant que son mari ne la quitte pour une jeune paysanne et n'exprime le désir de prendre ménage avec celle-ci et sa femme actuelle. Elle avait refusé l'humiliation de partager le toit de la maitresse de son mari, et avait continué le voyage avec sa troupe, maudissant cet homme à l'aide des rudiments de sorcellerie qu'elle connaissait. On racontait qu'il était mort deux semaines après s'être installé dans une mignonne ferme au-delà de la frontière de l'Empire Austro-hongrois, à la suite d'une maladie mystérieuse qui contamina ensuite son amante, la faisant elle aussi passer de vie à trépas trois jours après. L'ancêtre connaissait par cœur les légendes et les histoires d'une foule de comtés avoisinants ou lointains, savait prédire le temps qu'il ferait le lendemain, et était imparable quand à se mettre au courant des racontars du coin et du campement, se délectant de ces histoires personnelles. Cela faisait sa journée. Car c'était une insatiable commère, revêche et acariâtre, qui semblait avoir perdu confiance en la vie, et qui faisait regretter en permanence à son entourage d'être né -ou de ne pas la tuer- à l'aide des mille et une crasses et récriminations qu'elle adressait chaque jour à qui voulait l'entendre, cherchant une victime dès les premières lueurs du jour, victime qu'elle ne lâcherait pas de la journée. Izaiah en avait déjà fait les frais, et depuis il l'évitait comme la peste. Les seuls moments où la vieille femme se montrait d'agréable compagnie, c'était lors des soirées autour de ce feu qui les protégeait du froid, où elle les régalait d'histoires effrayantes ou mystiques, toute heureuse d'être le centre de l'attention. En dépit de ses défauts, elle avait un sens inné du récit, qui lui attirait l'affection générale malgré son ignoble caractère. On la sentait un peu sorcière, capable de lire dans l'avenir et de convoquer les esprits. Elle n'avait à aucun moment démenti cette rumeur, et il n'était pas impossible que cela fût vrai.
    A sa droite se tenait Nàrcisz, le chef de leur troupe, affublé d'une moustache si épaisse qu'on ne pouvait que deviner sa lèvre supérieure sous cet amas joufflu, entouré par sa mine sèche et les bras forts, le visage agréable sous sa pilosité. C'était une brute, mais il avait les qualités décision et d'action qui lui valaient le respect du campement. Des deux cotés s'alignaient les membres de leur communauté, réunis comme presque tous les soirs. Izaiah les connaissait chacun par leur prénom. Fane, dont on racontait qu'il avait fendu le crâne d'un loup à mains nues, une nuit d'hiver, Andreï, qui avait la réputation de converser avec les oiseaux, Asie, que l'on appelait ainsi en raison de ses yeux bridés et qui hypnotisait les hommes rien qu'en ouvrant ses éventails multicolores, Kirieh, avec ses grosses mains calleuses, que l'on avait recueilli alors qu'il travaillait dans un cirque en tant que jongleur, Chimène, qui savait lire les présages dans la fumée, Serafino, qui connaissait des jurons improbables en quinze langues différentes, Luben, que l'on soupçonnait de se livrer à des sacrifices humains en l'honneur d'une déesse barbare, Sigfrid, qui se vantait de faire plus de deux mètres, Suzana, qui savait faire des tours de magie sans qu'on ne parvienne à découvrir l'astuce, Zoran, Djidjo, Luminita, Eléonore, Menyhért, ... La voix de la grand-mère le berçait par-dessus les crépitements du feu. On entendait les notes légères d'une guitare qui jouait deux ou trois notes. Bientôt, une fois la légende arrivée à son terme, on se lèverait, on empoignerait divers instruments, lui saisirait son violon et le tintement de leurs bracelets, les froissements de leurs pieds sur la terre se mêleraient à la musique. Il sentait la chaleur du

    feu sur son visage. Empêtré dans une couverture, il entendait des cris venant de l'extérieur. Il balaya la pièce du regard. Ni son père ni sa mère n'étaient là. Evangelina s'était réveillée, dardant ses yeux inquiets sur lui, ses mèches brunes luisant dans le noir. Une lumière angoissante, trop forte pour être naturelle, filtrait sous la porte de bois. Aurore? Crépuscule? Quelle était cette lueur? A moitié endormi, il enfonça ses poings dans ses yeux pour émerger, secouer sa conscience embrumée par les résidus du sommeil. Ses orbites compressées sous la pression, il voyait de petits points colorés danser devant lui. Quand il les rouvrit à la hâte, il s'aperçut que la porte était ouverte. Evangelina, une main sur le chambranle, semblait irradier dans le rougeoiement qui évoluait devant elle, sa robe de nuit immaculée prenant sous sa coupe des teintes d'enfer et de peur. Le feu. Par le mince espace que lui révélait l'encadrement, il pouvait discerner les flammes dévorantes qui mangeaient les roulottes avec voracité, poursuivant les habitants et plissant les brins d'herbe qui n'arrivaient nullement à contrer son pouvoir destructeur. Dans le désordre des hurlements, des sifflements, des claquements, dans la gigantesque cacophonie qui régnait, les squelettes décharnés des habitations s'écroulaient peu à peu. Soudain, il se rendit compte qu'il était resté immobile plusieurs minutes. Sa sœur avait disparu. Sentant la panique paralyser ses sens, il s'obligea à reprendre calmement son souffle avant de partir à sa recherche. Il suffisait de la retrouver et de l'éloigner du brasier. Elle l'écouterait, s'il utilisait sur elle son autorité fraternelle, ainsi qu'il le faisait souvent lorsqu'elle ne daignait pas écouter ses consignes. Après tout, elle n'était qu'une gamine, mais le plus souvent elle se montrait raisonnable... Tout irait bien. Ses parents devaient être en train d'aider à éteindre le feu, ils ne tarderaient pas à revenir également. Tout irait bien. Toussant légèrement à cause de la fumée, il entreprit de descendre les marches, sa visibilité entravée par sa nuque baissée vers ses pieds, et trébucha sur un obstacle mou. Il s'étala par terre, ses genoux et ses paumes heurtant le sol avec violence tandis qu'il lâchait un de ces jurons interminables et particulièrement grossiers qui lui valaient les reproches outrés des adultes. Prêt à passer son indignation sur l'objet responsable de sa chute, il se redressa et, accroupi, se retourna. La phrase qu'il se préparait à prononcer mourut sur ses lèvres à l'instant où il vit qu'il avait buté contre un corps. Il reconnut la tignasse brune de sa mère, ses vêtements d'un bleu roi, ses bras lisses et bronzés. Blême, il tourna le visage à droite et à gauche, cherchant une explication à la tragédie qui se nouait devant lui, une solution, une aide, quelqu'un. Quelqu'un qui aurait dépensé cinq minutes de sa vie pour le rassurer. Il aurait donné beaucoup pour cela. Se faisant, il embrassa dans un éclair la scène qui se jouait à l'intérieur du gigantesque drame épique qu'était devenu leur campement. Des hommes à cheval cavalaient dans n'importe quel sens, portant des torches à bout de bras, d'autres couraient les armes à la main pendant que détalaient devant eux les gens qu'il connaissait si bien, qu'il fréquentait depuis sa naissance. Certains, les pères, les fils, les frères, avaient saisi leurs fusils et leurs pistolets et tentaient de défendre leur entourage empêtré dans leurs chemises de nuit, un manteau passé à la hâte par-dessus. Il aperçut Asie, indomptable et rebelle, un fusil à la main et une expression furieuse peinte sur son beau visage. Mais dépassé par le nombre, il semblait à Izaiah qu'ils s'affaissaient les uns après les autres sans espoir de salut. Le garçon, choqué, ne parvenait pas à joindre les deux bouts pour former un raisonnement cohérent. Il ne comprenait pas. Que se passait-il? Pourquoi ces hommes attaquaient-ils son clan? Qu'avaient-ils fait? Pourquoi... Pourquoi sa mère gisait-elle à leur entrée? Étouffant un sanglot compulsif, il posa sa main sur la poitrine de sa mère où il ne sentit nul battement, mais qui laissa sur sa paume une large trainée rouge et sanglante. Puis il renouvela son geste en la disposant sur sa bouche sans en sentir le souffle sur ses doigts. Et sans qu'il puisse se retenir, il fondit en larmes devant le cadavre de Santana. Une foule de sentiments contradictoires déferlaient dans son cerveau sans qu'il puisse les retenir, et il restait là, agenouillé vers un corps sans vie, hoquetant, reniflant, les larmes sillonnant ses joues. Il cria en sentant une poigne solide se refermer au niveau de son coude, et commença à se débattre jusqu'à ce qu'il entende la voix profonde de son père résonner à ses oreilles, le calmant instantanément. Celui-ci le tira derrière lui sans ménagements, jetant des coups d'œil inquiets aux alentours, et balança son fils sous une roulotte à moitié renversée en lui ordonnant de ne pas bouger d'ici. Izaiah hocha la tête, les yeux hagards. Il n'était pas sûr d'avoir seulement compris ce qu'il lui avait demandé. Mais sans prendre le temps de s'en assurer, Azarel fit demi-tour pour partir à la recherche de sa fille et défendre les siens, déchiré par la mort de son épouse. De sa cachette, Izaiah, le souffle court, visualisait l'ensemble de la bataille. Il vit un homme de haute taille brailler des ordres à d'autres. Le visage offert au ciel, ses habits transparaissaient à la lueur du bucher, affichant sa richesse. Monté sur un cheval alezan, il s'agitait sans cesse. Un corps tomba devant la caravane, Izaiah recula précipitamment. Depuis un moment déjà, son corps était déconnecté de son esprit, l'empêchant de réagir en conséquence. Il avait peur. Le sang traça une rigole qui coula sur ses pieds. Il percevait les bruits d'une bataille, les gémissements des agonisants, les cris d'une fillette. La chaleur du feu recouvrait tout de son linceul orangé. Les coups de feu le faisaient sursauter. Il n'avait pas douze ans, et pour la première fois de son existence, il connaissait la peur dans son horreur la plus pure. Recroquevillé sur lui-même, il pria pour revenir en arrière, pour que le feu s'éteigne et qu'il ne soit plus qu'un

    Souvenir qui ne s'effacerait jamais de sa mémoire. Les relents de chair brulée, la poussière voltigeant dans l'air, la terre boueuse qui s'accrochait à la semelle de ses chaussures. Les flammes qui continuaient à s'acharner sur deux ou trois édifices branlants, prêts à rendre bientôt l'âme dans un dernier soupir, suivant elles aussi la destinée des habitants de l'ancien campement. Il regarda un fil de fumée monter vers le ciel tel un crochet de brume. Il faisait encore noir. Deux heures à peine devaient être passées depuis le début du cauchemar. Peut-être trois. Ou Quatre. Seulement une? Il ne savait pas. L'heure ne lui importait guère, il avait perdu la notion du temps. Debout devant l'orifice qui lui avait servi de cachette, il attendait, immobile et tremblant, la bouche légèrement entrouverte. Il passa sur un corps calciné, l'épousant des yeux, sur les herbes jaunes arrachées par les sabots des chevaux, sur le bois en miettes d'une roue brûlée, et enfouit son visage dans ses mains. Il savait ce qu'il avait à faire, mais il n'en avait pas envie. Cela le répugnait. Il lui semblait que bouger une jambe serait un effort équivalent à se couper lui-même un bras, en plus douloureux. Mais il était un homme, et les hommes font ce qu'ils doivent faire. Ainsi sa mère lui avait-elle parlé le jour où il avait fêté ses dix ans. A l'aube du commencement de la deuxième décennie de son existence, Santana lui avait résumé toutes les obligations auxquelles un véritable adulte doit se conformer. Il avait écouté jusqu'au bout. Et il s'était promis d'observer ces règles à la lettre. Parmi celles-ci, aucune ne s'appliquait directement à la situation qu'il était en train de vivre, mais son éducation, bien plus que l'instinct, lui dictait sa conduite. Il écarta ses doigts et fixa la terre carbonisée comme une peau brulée à travers ces étroits interstices, son souffle saccadé venant buter sur ses paumes abimées. Offrir une sépulture à ceux qui l'avait accompagné jusqu'à cette nuit.
    Retenant son souffle, il s'approcha d'un membre noirci qui dépassait d'un tas d'objets disparates. Il vit, entre autres, une charrette mal en point, plusieurs ustensiles de cuisines et une pile de vêtements froissés, déchirés, troués par le feu. A chaque pas, son cœur battait en cadence avec son pied touchant le sol. Enfin, il s'arrêta à une dizaine de centimètres de l'extrémité du macchabée, avança son bras et toucha l'épiderme noirci, fragilisé. Une substance visqueuse adhéra à sa main. Il déglutit, puis fit tourner son poignet autour de la cheville, et un bout d'une chose visqueuse et rêche se détacha, restant dans sa main. Bouche bée, il le contempla un instant, hésitant sur sa nature. Vêtement ou peau charbonneuse? Sans avoir le temps de chercher à répondre à cette question, il eut un haut-le-corps qui le plia en deux. Une bile verdâtre partit de son gosier pour aller s'écraser sur la terre, à ses pieds, y creusant une mince cavité. Il resta courbé, les bras croisé sur son ventre, sa respiration saccadée soulevant son torse par à-coups spasmodiques. Ce n'était pas possible. Il essuya les larmes qui commençaient à se former aux coins de ses paupières. Puis il se remit à la tache, tira un grand coup sur le cadavre sans le regarder, l'entendit tomber à terre, partit en chercher un autre qu'il apercevait, le dégagea, le tira vers le premier, repartit en chercher un troisième affalé dans la boue, le traita de la même façon que les deux autres, alla en trouver un quatrième. Au bout de six, il perdit définitivement le compte. Il ne se rappelait pas à quel moment il avait décidé de voir leurs visages pour connaître leur identité, ni combien de fois il s'était courbé pour vomir, assailli par l'horreur de ses découvertes et l'odeur suffocante de chair brulée. Il ne se souvenait quand il avait pris une pelle, ni où il l'avait dégotté, pour creuser une fosse démesurée pour y ensevelir la foule de dépouilles qu'il avait amassé. Dans le fouillis de ses actes, il avait découvert sur une charogne méconnaissable les boucles d'oreille en or de son père. Sans un mot, sans une larme, il les avait décroché de la pulpe qui les entourait et les avait fourrées dans sa poche. Puis il avait continué à pelleter des kilos de terre. Quand il lissa la surface de cette tombe improvisée, la nuit tombait. Il ne l'avait pas vue arriver. Laissant tomber la pelle qui percuta le terrain avec un bruit retentissant, ses jambes se mirent naturellement en mouvement vers l'emplacement qui avait été celui de la roulotte familiale, qu'il partageait encore hier avec ses parents et sa sœur. Cela aurait aussi bien pu être il y avait cent ans. Alors qu'il se tenait devant ce qui n'était plus à présent qu'un rectangle de bois noirci, il perçut, avec un certain détachement, un gémissement à droite de ses pieds. Dans un état second, il se plia en deux pour se trouver nez-à-nez avec un homme inconnu qui devait avoir rampé pendant des heures pour s'extirper de l'amas de bois. Son nez cassé saignait abondamment, sa chemise et sa peau étaient noircis à certains endroits. Tout un pan de son crane était dépourvu de cheveux et s'ouvrait sur une plaie béante qui devait l'aveugler à moitié. Izaiah l'agrippa par ce qui restait de sa chevelure, ses genoux se pliant pour se mettre à une hauteur identique à celle de l'homme, dont le torse seul dépassait de sous les décombres.
    « Qui es-tu? »
    La voix de l'enfant n'était qu'un murmure menaçant. Ses pupilles brillaient d'un éclat cruel, imperméables à la réalité. Sans attendre la réponse de l'homme, il sortit de sa poche droite un mince couteau qu'il fit jouer sur la pomme d'Adam de l'autre d'un air absent. Les pupilles de l'autre entamaient un ballet d'allées et venues tandis qu'il respirait difficilement. Puis, tout à coup, il sembla qu'un déclic se faisait chez l'autre. Crachant un mélange de salive et de sang à la figure d'Izaiah, il déversa sur lui une bordée d'injures dans un torrent de postillons. Lui dit que sa bande de sales manouches n'avait eu que ce qu'elle méritait, que les adorateurs du Malin, les utilisateurs de sa magie noire ne méritaient que de brûler en Enfer, qu'il était fier de lui et ses camarades, qui avaient chassé par le feu les mauvais esprits, qu'il était heureux d'avoir été l'instrument du Seigneur dans l'annihilation des impies. Izaiah passa un doigt sur sa lame, et trancha doucement la gorge de l'autre, dont les malédictions se transformèrent en gargouillis, puis s'éteignirent. Il se releva et contempla la vallée paisible devant lui, et plus loin la ville et ses remparts menaçants. Se détournant, il enjamba ensuite le corps de sa victime à laquelle il n'accorda pas un regard, et commença à farfouiller dans les débris dans l'espoir de trouver des objets rescapés qui pourraient lui être utiles. Ravalant un cri grossier lorsqu'une planche s'abattit sur sa cuisse, sa main vint accrocher un étui en bois abimé, raillé de tous cotés. Fébrile, il le dégagea et l'ouvrit à la va-vite. Devant lui, le vernis du violon, intact sous des copeaux de bois, renvoya vers le ciel un mince rayon de

    Soleil. Le soleil est devant je le vois il est devant je dois l'atteindre je veux courir je n'y arrive pas mes jambes mes jambes sont lourdes alors je marche la lumière est toujours là c'est peut-être le soleil le sang coule de ma gorge j'ai froid j'ai froid le métal dans ma gorge est froid le sang coule sur mes

    Vêtements étaient tachés de sang. Le chien du pistolet avait claqué lorsque l'arme s'était déchargé sur l'homme qui gisait à présent par terre, la main rétractée dans l'ultime espoir qu'il avait eu d'attraper son arme à lui avant que l'assassin n'ait tiré. Sans un bruit, Izaiah fit demi-tour et sortit par la porte de derrière, contournant la foule des noctambules alertés par le coup de feu qui se pressaient déjà devant la porte de la maison. Ses pas crissaient sur les pavés mêlés de gravillons. En trois ans, il avait appris à manier plusieurs sortes d'armes, s'était fondu dans la société de l'ombre et travaillait activement à s'y faire un nom en exécutant avec aisance les missions qu'on lui confiait. Il s'agissait cependant moins d'amasser de l'argent que de s'entrainer à tuer sans échouer. Du haut de ses quinze ans passés, il projetait de tuer le responsable du massacre comme il l'avait fait de ses sous-fifres. Et quand il aurait tiré, il le regarderait s'éteindre en riant. Oui, il le regarderait et

    Il rirait presque si la situation ne l'irritait pas autant. Depuis deux heures, une jeune femme -elle pouvait aussi bien être marquise que bourgeoise, pour ce qu'il en savait- s'entêtait à lui imposer sa compagnie. Grommelant intérieurement, il sourit à son interlocutrice et lâcha un rire forcé quand il vit qu'elle venait de lâcher une phrase qu'elle pensait hautement spirituelle. Izaiah voguait à présent vers sa dix-septième année. Durant les deux dernières années, il s'était appliqué à se renseigner sur le meneur des meurtriers, l'homme à la capuche, et n'avait pas tardé à découvrir son identité. Il s'agissait de Joseph Shelley, un de ces nobles qui établissaient leurs quartiers d'hiver en ville. De tous, il était un des plus riches et n'avait qu'à lever une main pour que le monde se plie à son bon vouloir. Cela fait, il avait infiltré ses relations en se payant un précepteur pour lui apprendre ce qu'il enseignait aux enfants nobles, s'était tenu au courant de ce qui était à la mode, avait commencé par s'attirer les grâces des moins estimés, et enfin s'était hissé jusqu'à M. Shelley. Il faisait à présent parti de son entourage proche, était invité à toutes ses réceptions sans exception aucune. Pour se faciliter la tache, il éclaircissait son visage mate avec de la poudre, s'habillait comme tous ces gens autour de lui, disciplinait sa chevelure en désordre. Il avait enregistré les simagrées dont ne se passaient pas les grands, copiait leurs gestes élégants, se cachait derrière une façade de raffinement qu'il n'avait jamais connu. Il jouait la comédie en offrant à la société un visage souriant et affable, détaché et amusé. Il aurait voulu les déchiqueter. En attendant il les séduisait pour mieux les enfoncer dans le mensonge, son mensonge, et précipiter Shelley dans un gouffre encore plus profond que le sien. Et là, de son petit gouffre moins profond à lui, il lui sourirait et il se moquerait, il ferait retentir ses ricanements dans ses oreilles sans interruption, jusqu'à ce qu'il en devienne fou. Alors peut-être qu'il avalerait la terre pour s'étouffer avec, et il pourrait se délecter de ses efforts inutiles. Il entendait son rire se répercuter sur les parois de sa déchéance. Il y entrainerait Shelley avec un délice sans nom.
    Devant lui, les lèvres de la jeune femme remuaient sans qu'il entende un seul son des paroles qu'elle prononçait. Il était loin, trop loin pour elle. Il savait où frapper. Ses recherches avaient porté leurs fruits. Il avait rassemblé méthodiquement, avec un soin hystérique, toutes les informations qu'il avait pu trouver, en ressortant au bout d'un certain temps de réflexion plusieurs conclusions. Shelley possédait trois choses auxquelles il tenait plus que tout: sa réputation, sa richesse, sa famille. Il chérissait particulièrement son fils, à qui il vouait une affection sans limites. Il suffisait de les détruire une par une, ces choses auxquelles il tenait tant. Il n'avait pas espéré que lui manger le cœur se révélerait si aisé. Il se voyait enfoncer ses coudes dans ses entrailles, ses doigts dans

    La cendre de sa cigarette tomba en volutes sur la route. Devant lui se dressait l'imposante demeure des Shelley, aux ornements si raffinés, aux fenêtres sculptées, au jardin entretenu chaque jour par une armada de jardiniers. Il vit Shelley sortir par la porte d'entrée, descendant les marches avec aisance avant de s'engouffrer dans une calèche, son fils à ses cotés. Izaiah écrasa le mégot sur la semelle de sa chaussure. Parfait. Tout se déroulait ainsi qu'il l'avait prévu. Comme tous les vendredi, le père conduisait le fils à une soirée mondaine, bien que le petit n'ait encore qu'une dizaine d'années, pour le former à sa succession. D'habitude, le tzigane s'y rendait aussi. Mais ce soir, il ferait une exception. Jetant le débris par terre, il contourna la maison, entra par la porte de la cuisine, salua les cuisinières qui lui rendirent chaleureusement son salut, en bon ami qu'il était, et déboucha dans le vestibule. Là, seul, il décrocha une torche, sortit de sous l'escalier un bidon d'huile qu'il avait caché lors de sa dernière venue. Il en aspergea le sol, l'escalier, en mit dans le couloir de l'étage, en répandit sur les portes, ne se déparant pas de son expression tranquille. Puis il alluma une première allumette et la jeta dans le liquide, qui s'enflamma aussitôt. Le feu se répandit sur le chemin d'huile, et bientôt la demeure était en flammes. Nonchalant, il redescendit et se plaça au milieu de l'entrée, à l'endroit où la maisonnée affolée allait débouler sous peu dans l'espoir de fuir le brasier. Lentement, il chargea son arme, mit ses balles à portée de main, prêt à accomplir le premier acte de ce pourquoi il avait vécu pendant ces dernières années. Il dénombra les visages effrayés qui accouraient vers lui. Il fit exploser le premier. Le second suivit quelques secondes après. Puis le troisième. Et le quatrième. Plus qu'une reconstitution du massacre de sa communauté, il avait l'impression de retrouver l'enterrement sommaire qu'il avait accordé à ses morts, le jour d'après, où il avait cessé de compter les cadavres qu'il empilait. Combien en avait-il eu, à présent. Peut-être dix, ou vingt. Peut-être cinquante. Le feu se faisait de plus en plus fort, il en sentait l'intensité sur sa peau. Le marbre craquait sous ses pieds. Du sang avait éclaboussé son costume. Celui d'une fille de Shelley, celui d'un majordome, peu importe. Dans leur mort, ils devenaient égaux. Devant Izaiah, aucune importance. Shelley y perdrait la demeure où il avait vécu depuis sa naissance, son personnel et la plus grande partie de sa famille. Ce n'était que le début de sa déchéance.
    Enfin, le vide se fit autour de lui. Il restait le seul debout, au milieu d'une fleur de macchabées, drapés dans leurs habits du soir, dans leurs robes de soie fripées. Les paumes irritées d'avoir autant tiré, transpirant dans la chaleur étouffante, il resta là pendant plus d'une minute, désorienté, sortant d'une transe meurtrière. Il sursauta quand il crut entendre un gémissement. C'était idiot, il avait bloqué les portes, tous les occupants étaient forcés de se diriger vers celle-ci. Aucun être ne devait plus être en vie. Suivant l'origine du bruit, son regard doré coula vers le haut de l'escalier, vers une silhouette d'un blanc éclatant dans la fumée. Son instinct superstitieux crut d'abord à un fantôme, avant que la raison ne reprenne ses droits. D'un geste vif, il rechargea son pistolet et visa la tête de la fille qui gisait là, le visage tourné vers la première marche. Au moment de tirer, elle releva la tête et Izaiah aperçut, entre ses mèches de cheveux blancs qui lui mangeait le visage, deux yeux noisettes semblables à ceux qu'il se rappelait être ceux d'Evangelina. L'atmosphère devenait de moins en moins vivable. Cependant, il s'élança vers l'adolescente qui le fixait avec une expression déterminée. On lisait dans ses iris la décision de ne pas mourir, la volonté de se trainer au-dehors malgré la probabilité qu'elle n'y parviendrait pas. Izaiah s'agenouilla à coté d'elle, l'observant un moment. Elle était maigre, ses vêtements immaculés, mais sa peau était brune. Il releva un pan de sa tignasse décolorée et emmêlée au niveau de l'oreille, découvrant une tache de naissance d'un brun très léger surmonté d'une cicatrice linéaire qui la fendait en son centre. Sans hésiter, il la prit dans ses bras et sortit en emportant sa petite sœur perdue, laissant derrière lui un monceau de charognes qui commençaient à se faire dévorer par le feu, leur refusant une dernière demeure aux cotés de leurs ancêtres. La scène n'avait pas du durer plus d'une dizaine de minutes. Dans un coin, il vit un pan de la robe d'une Evangelina adolescente battre au


Dernière édition par Izaiah le Mer 12 Mai - 21:02, édité 7 fois
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Izaiah

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MessageSujet: Re: Izaiah { Quand le sang formera une corolle sur tes lèvres, je partirai }   Mer 12 Mai - 1:28

    Vent ne cessait de souffler. Assis sur un mur, Izaiah regardait les ruines d'un entrepôt détruit par ses soins il y avait environ six mois. Le jeune homme avait à présent dix-huit ans. Bien que restant assez élancé, il avait pris une bonne poignée de centimètres, et sa silhouette s'était remplumée. Un genou replié contre sa poitrine, il alluma une cigarette pour mieux réfléchir, se détendant quand il inspira la première bouffée. Ce n'était pas tellement le tabac qui le relaxait, plutôt le geste répétitif d'allumer une cigarette qui lui donnait un repère dans une existence où les marques manquaient cruellement. Moins depuis qu'il avait récupéré Evangelina de l'endroit où elle était enfermée. Il avait calculé: l'enfant qu'il avait connue si petite avait à présent seize ans. Elle était devenue définitivement muette, mais il pouvait sans peine deviner ce qui lui était arrivé. Un homme avait du la trouver à son goût ce soir-là, la ramenant chez lui pour qu'elle lui serve de distraction. Elle avait ensuite du tourner, pendant les années où ils avaient été séparés, entre les invités enchantés de son physique exotique, dormant avec les servantes, abordés par les domestiques quand les maitres étaient absents. Elle avait dû servir de catin à un nombre incalculable de gens. Des femmes, des hommes. Il ne pouvait s'empêcher d'imaginer ce qu'elle avait subie, loin, dans cette demeure qu'il avait brulé de ses mains, ballotée chaque soir dans un lit différent. Un jour, un de ses amants s'était sans doute énervé contre elle. Ou peut-être qu'il était de mauvaise humeur et avait voulu se défouler sur quelque chose. Peut-être encore, dans un sursaut de pudeur, avait-elle tenté de le repousser. Toujours était-il qu'elle ne pouvait plus marcher. Elle s'était brisée telle la poupée sombre qu'elle était. Izaiah devait s'occuper d'elle comme un nourrisson. Le matin, il la levait, la portait jusqu'à la table pour qu'elle puisse manger. Quand elle avait fini il s'arrangeait pour qu'elle puisse prendre un bain. Parfois elle faisait preuve d'une immobilité de statue, parfois elle jouait avec l'eau, y trempant ses mains et projetant des gouttes en l'air. Il restait avec elle pendant le temps qu'il durait, inquiet à l'idée qu'elle pourrait glisser, que sa tête pourrait s'enfoncer sous l'eau et qu'elle meure sans pouvoir remonter, privée d'oxygène. Il avait encore plus peur de cette éventualité depuis que cela signifiait la perdre une deuxième fois. La première avait été trop brusque, il ne s'était pas rendu compte de la blessure qu'il avait cautérisé, endormi en se donnant un but à atteindre. Il n'avait pas voulu y penser. Maintenant qu'elle était devant lui, rien n'était capable de détourner de lui cette pensée. Il l'emmenait avec lui chaque fois qu'il le pouvait, répugnant à la laisser seule. C'était lui qui l'habillait, qui choisissait ses vêtements. La première fois, il avait hésité pendant une heure sur le trottoir faisant face à la boutique avant de se décider à entrer. Il en était ressorti deux heures plus tard, chargé de paquets ornés de rubans bariolés. Il avait découvert qu'il prenait plaisir à habiller sa sœur. Il s'était débarrassé de la robe blanche qui lui donnait l'apparence d'un spectre et l'avait remplacée par une multitude de parures aux couleurs bigarrées qui lui allaient beaucoup mieux. Le soir, juste avant de la coucher, ils choisissaient la robe qu'elle mettrait le lendemain d'un commun accord, optant un jour pour une verte émeraude dont les manches étaient ornées d'une fourrure précieuse, avec laquelle ils coordonnaient un chapeau d'une couleur identique ornée de plumes sombres, un autre pour une beige rayée d'un brun sombre, décidant pour celle-ci de relever ses cheveux sur sa nuque en les entourant d'un fin diadème, un autre pour une rouge à la douceur veloutée, un autre pour une bleu nuit relevée. La journée, quand il devait s'absenter, il la laissait à sa voisine de palier, une femme entre deux âges bavarde comme une pie, qui était ravie de faire la conversation à quelqu'un qui était obligée de l'écouter mais ne pouvait l'interrompre. Ainsi, elle régalait Evangelina des derniers potins du quartier et du récit de ses histoires d'amour infructueuses, pendant lequel elle se laissait régulièrement à verser quelques en larmes en souvenir de ses amants passés et s'autorisait des sourires radieux en pensant à ceux à venir. Car Mrs Lovett, tel était son nom, exerçait une incompréhensible attraction sur les hommes sur lesquels elle jetait son dévolu. Ses rivales n'avaient jamais compris comment elle s'y prenait, et seule Evangelina, à qui la séductrice se permettait de révéler ses secrets, profitant de son infirmité pour vider son sac, aurait pu dire ce qu'il en était. Le soir, Izaiah et elle mangeaient ensemble. Au début, il avait tenté de cuisiner, mais ses tentatives, malgré toute sa bonne volonté, s'étaient soldées par de cuisants échecs, ce qui avait déclenché sa colère. Depuis, ils dinaient dans des restaurants plus ou moins huppés, en changeant chaque semaine pour éviter de se faire remarquer. Izaiah, malgré sa joie, avait du mal à retrouver en cette adolescente la petite fille avec qui il vivait autrefois. Une fois, elle lui avait demandé d'un geste de dormir près d'elle. Il avait hésité, puis s'était couché à ses cotés en la serrant dans ses bras. Il ne s'était jamais senti aussi gêné, aussi fébrile, même devant les femmes qu'il avait honoré au cours des dernières années. Il n'avait réussi à s'endormir qu'au matin.
    Durant les mois précédents, il avait donc partagé sa vie entre sa petite sœur et la démolition totale du commerce de Shelley, sur lequel reposait toute sa fortune. Il avait lui-même brûlé les usines qui se situaient en périphérie de la ville, tuant les gardiens qui apercevaient son ombre se faufilant à l'intérieur. De la même façon il s'était débrouillé pour liquider l'argent resté dans les banques de la ville. Les bateaux qui charriaient les marchandises, les usines situées en campagne, les réserves de monnaie des autres villes, il avait payé des idiots sans scrupules pour les anéantir à sa place. Aiguillés par la promesse d'une coquette somme d'argent, ils avaient fait le nécessaire. Ceux qui avaient essayé de le doubler en lui prenant l'argent avant de finir leur travail, il les avait exécuté aussi. Il ne laisserait personne contrarier ses plans. Il avait appris à être froid et calculateur. Ce n'était pas si difficile.
    Obéissant à son plan à la lettre, il avait commencé à faire chanter Shelley en se servant de ce fils qu'il aimait tant. Depuis trois mois, Evangelina et lui comptaient un occupant de plus dans leur petit appartement. L'enfant, du nom d'Alfred Eugène Shelley, ne cessait de l'irriter par ses pleurs, menaçant d'alerter les voisins. Izaiah avait fini par le séquestrer dans une pièce inutilisé, ne lui enlevant son bâillon que pour lui donner à manger, le laissant coucher sur un lit qu'il avait rapporté d'un magasin minable du bord des quais. Il faisait semblant d'ignorer les reproches muets que lui adressaient sa jeune sœur quand il croisait son regard. Il ne voulait pas s'arrêter. Par l'entremise d'une série de lettres, il avait obtenu par ses menaces que Shelley démonte sa réputation de lui-même. Il ignorait comment l'homme s'y était pris, mais on parlait à présent de l'ancien roi de la haute comme un moi que rien et un vaurien. On racontait aussi que c'était lui qui avait annihilé sa famille et mis le feu à sa maison. Qu'il était devenu fou. Les gens s'écartaient sur son passage, et Izaiah se sentait pleinement satisfait des résultats que donnait son rôle de corbeau. Aucun villageois n'aurait accepté de rendre service à Shelley, dut-il en attraper la peste. Lorsque l'horloge de la grande place sonna huit heures, Izaiah se releva, prit par l'épaule le petit Alfred pour le relever et le plaça au centre de la route déserte. Il avait convenu avec Shelley d'un rendez-vous à huit heures trente. Il ne faisait aucun doute que le père serait en avance. Il s'étonnait d'ailleurs qu'il ne soit pas déjà là. Laissant le gamin tremblant de tous ses membres, il alla se placer dans une ruelle adjacente et attendit. Une dizaine de minutes plus tard, il vit Shelley se précipiter vers son fils et le serrer dans ses bras. Izaiah grimaça. Quelle scène touchante. Heureusement qu'il n'était pas prévu au programme qu'elle dure trop longtemps, ce serait heurter les convenances. Son pouce droit arma le chien du revolver, son bras se leva à hauteur de ses tempes, visant la tête de l'enfant. Quand le père se releva pour ramener son fils dans la mansarde qu'il occupait, Izaiah tira. La balle alla se ficher dans le crâne du

    Petit peu soulagé mais tout devient noir, je ne vois plus Père Où est-il je ne le vois plus il était là il était là il est arrivé après que l'autre soit parti mais je ne vois plus rien j'ai chaud et j'ai froid il fait noir je ne vois plus je veux quelqu'un j'ai peur j'ai

    Peur de se faire remarquer, mais Izaiah resta tout de même pour observer la scène. Sa victime resta un instant debout, vacilla, et finit par s'étaler par terre. Le liquide rouge qui s'échappait de sa blessure ternit les pavés. Izaiah fit demi-tour et s'engagea dans la ruelle pour rejoindre une artère plus fréquentée, se mêlant aux chapeaux haut-de-forme et aux bonnets des dames. Il n'avait jamais été aussi heureux de voir un sourire se figer sur un visage. Il espérait que la certitude de retrouver de son fils n'avait rendu la chute que plus rude. Il sourit. Sur les bords de mer, Shelley écrasa une coulée de sang qui coulait

    Sur la pierre était inscrit l'épitaphe qu'il avait rédigé à l'intention du dernier trésor qu'il avait eu et qui s'était détaché de son existence. Depuis deux ans, il venait chaque matin devant la tombe apporter un bouquet, un jouet, un bonbon qu'il avait aimé. Il restait de longues heures à lui parler, lui raconter ce qu'il faisait, qu'il lui manquait. Immanquablement, il finissait par se mettre à pleurer. Pendant ces deux années, il avait peu à peu épuisé ses économies. Il vivait dans la rue, aux cotés de ceux qu'il avait méprisé avec hargne durant sa période de richesse, se nourrissait avec ce que l'on daignait lui lancer sur le pas d'une porte. Il crevait de froid en hiver, de faim toute l'année. Il attendait la mort et la redoutait. Et ce matin-là, il entendit sans les voir des pas étouffés qui écrasaient l'herbe derrière lui. Il se retourna pour faire face à un jeune homme qu'il avait côtoyé quand il était encore adulé par ses pairs. L'autre s'inclina devant lui dans une attitude légèrement moqueuse, l'invitant à faire quelques pas avec lui. Il n'avait pas d'objection à lui soumettre. Juste des interrogations. Pourquoi souhaitait-il le voir? Savait-il ce qui lui était arrivé? Son interlocuteur balaya ses questions d'un revers de main. Il l'avait juste aperçu et s'était dit qu'il serait agréable de faire un bout de chemin avec lui. Dubitatif, Shelley ne trouva rien à dire. Ils marchèrent en silence jusqu'au bout de l'allée. Contre le mur, un trou fraichement retourné attendait un cercueil pour s'y glisser. Ils s'arrêtèrent devant. Shelley, gêné, mal à l'aise, n'aurait demandé qu'à s'en aller, mais l'autre choisit ce moment pour l'entretenir de choses futiles, il ne savait pas trop quoi, une histoire à propos de lait... Il s'arrêta sur une brèche dans le mur, dont il suivit le dessin. C'est à ce moment-là qu'il sentit qu'il tombait, qu'il tombait dans cette fosse sombre. Étourdi, il s'étala dans ce qui semblait être un coffre de bois dur. Il sentit qu'on déplaçait ses jambes et ses bras pour les placer à l'intérieur du coffre. Il reprit ses esprits pour voir le couvercle du cercueil basculer sur lui, et des pupilles dorées sur un rictus déplaisant. Puis ce fut le noir, le noir et une sensation d'étouffement qui le prenait à la gorge. Il cria, et ses hurlements déchirèrent ses oreilles. Il gratta la paroi, et ses ongles y restèrent plantés. Il sut alors que la mort qu'il pressentait s'était présentée à lui sous la forme d'un garçon aux yeux jaunes et aux mèches foncées. Et elle serait longue. Longue et cruelle. Il hurla, se débâtant dans

    Le cercueil se rapproche de moi je le sais je le sens il veut me broyer je ne veux pas mourir je croyais mais je ne veux pas que quelqu'un vienne me chercher je ne veux pas la paroi se resserre le bois s'enfonce dans ma peau il m'écorche il me tue il va me transpercer les poumons je ne peux plus respirer je ne peux plus

    Respirer lui paraissait difficile, il entendait son souffle siffler dans ses narines. Evangelina lui offrait son profil, la tête tournée vers la ville, observant les calèches qui parcouraient la rue, les couples qui marchaient sous la pluie à pas précipités. Quand elle se retourna en penchant son visage d'un coté, les fils clairs encadrant son visage collant à sa bouche, il lut en elle ce qu'il avait su au bout de deux jours à peine. Evangelina, bien que secrète, avait toujours détesté être enfermée. Elle était comme leur père, elle aimait les espaces. Dans ce corps, elle étouffait autant que Shelley au fond de sa tombe. Il avait

    Compris ce qui me tracasse, ce qui me mange, ce qui me tue. Je hais ce qui est lent. Je veux partir vite. Je lui demande juste de m'y aider. C'est moi qui décide ce que je veux faire de mon existence, et si je décide de la jeter aux orties, de partir avant l'heure qui m'était impartie, je le ferai. Ou plutôt il le fera sous mon injonction, mais c'est la même chose. Je guiderai sa main, c'est moi qui me tue. Izaiah est devenu plus dur depuis l'époque lointaine où nous étions des enfants. Il est plus calme, mais ses vengeances sont plus cruelles. Son immaturité s'est changé en sauvagerie. S'il rit, c'est pour me faire plaisir. Heureusement qu'il a toujours aussi mauvais caractère, ça l'aidera.
    Aujourd'hui, j'ai vingt ans, l'âge du rêve et du romantique. Dans un conte de fées, le prince serait venue m'emmener dans son château, nous aurions eu des enfants et j'aurais filé la laine au coin du feu. Malheureusement, les princes n'aiment pas les princesses handicapées. Ils aiment celles qui sont grandes, fines et blondes. Moi mes cheveux sont blancs, mes jambes sont immobiles et les charmer de ma voix m'est impossible.
    Aujourd'hui, le jour où la foule aurait dû m'acclamer comme leur souveraine, la seule chose qui me fête est le froid du pistolet contre ma tempe. La mariée est toute de blanc vêtue, moi je le serai de rouge. Je sens la pression de la balle qui me transperce, je sens le métal me transpercer. Je suis morte le jour de mon mariage, et la rue se dérobe à mes yeux lorsque je tourne la


    Tête lui faisait mal. Le bruit du coup y résonnait encore. Il portait l'étui du violon à la main. Couvert de poussière, élimé par les ans, il l'avait sorti de sa cachette après avoir accompli sa besogne. Sa mère lui répétait de faire son devoir. Il l'avait fait. A sa droite, un garçon et sa sœur faisaient la manche devant l'église. Sans s'arrêter, il leur lança le violon.



Je pouvais nous entendre tous, et l'obscurité aussi,
et quelque chose que je pouvais sentir.
Et j'ai pu voir la fenêtre où les arbres faisaient du bruit.
Et puis le noir a commencé à s'en aller
en formes douces et brillantes comme il fait toujours.
[William Faulkner]



III ° Others Details

    Taille: 1m83
    Poids: 71 kg
    Groupe sanguin: AB
    QI: 104

    Peur, phobie: Aucune notable.

    Rêve, aspiration: Sortir de cette ville, tout simplement. On n'a pas idée d'enfermer les gens pour des motifs aussi dérisoires.

    Aspect matériel: Izaiah ne se sépare jamais du pistolet nécessaire à son travail, et le porte attaché à sa jambe droite, prêt à l'utilisation. Il garde également sur lui du tabac à rouler et un paquet d'allumettes, celles-ci étant utiles aussi bien pour fumer que pour faire disparaître des preuves compromettantes.




    Les mots avec lesquels on empoisonne le cœur d'un enfant,
    par petitesse ou ignorance, restent enkystés dans sa mémoire,
    et, tôt ou tard, lui brûlent l'âme.
    [Carlos Ruiz Zàfon]



IV___ Who are you in real life?


    Votre nom ou pseudo : Vanilla o/
    Comment avez-vous découvert le forum ? Héhé *sblarf*
    Qu’aimez-vous/détestez-vous dedans ? J'aime le contexte, et tout, je sais pas ce que j'aime pas u_u
    Comment l’améliorer ? Plus de membres?
    Rien à ajouter? [Code bon par la créatrice du monde <3 /fuit/]


PS: Apparemment, les codes de police ne fonctionnent pas, c'est génial, j'aurais sûrement tout à recommencer demain, je kiffe là 8D *lattée* Et je relirai demain, j'ai fais trop d'efforts psychoqies pour ce soir ;o;
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Eden

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MessageSujet: Re: Izaiah { Quand le sang formera une corolle sur tes lèvres, je partirai }   Mer 12 Mai - 21:20

... Comme d'habitude, je ne trouve rien à dire. (ah si, fais des fiches moins longues, j'ai faillit pas avoir le temps de te valider >D *sort*)

Je t'aime <3 ( traduction : validé Oponent)
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Izaiah

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MessageSujet: Re: Izaiah { Quand le sang formera une corolle sur tes lèvres, je partirai }   Ven 22 Juin - 15:03

    Groupe : Guys

    Réaction :

    Depuis sa fenêtre, Izaiah observait les quelques passants qui passaient près de l'appartement qu'il louait depuis quelques jours maintenant. Il était presque amusant de voir que les silhouettes de ces gens, vues du dessus, donnaient déjà des indications sur leur mode de vie, leur travail, leur motivation. Celle-là, avec son petit bonnet de dentelle sur la tête, était sûrement une domestique. Ou une ancienne domestique, tout du moins. Ses vêtements sales prouvaient qu'elle était actuellement sans travail, ses maitres certainement morts ou partis se réfugier, sans elle, quelque part. Celui-là, à l'apparence si insignifiante, ne cessait de regarder autour de lui, furtivement : soit privilégié sous l'ancien régime, soit venant de perpétrer un mauvais coup, il était inquiet des répercussions. Il y avait autant de situations que de passants. Mais Izaiah se lassait vite, et il s'arracha bientôt à ses observations pour se tourner, plutôt, vers le petit-déjeuner qui l'attendait sur la table de la cuisine. Il avait changé d'habitat juste avant que le Révolution -la vraie, celle-ci, celle qui éclatait et tuait en face, et pas celle qui assassinait par derrière- ne se déclenche, provoquant un chaos à échelle réduit, qui avait eu des répercussions dans toute la ville. Il s'était loué de l'avoir fait. En ces jours sombres, changer d'appartement aurait paru louche, et lui aurait sûrement attiré, sinon des ennuis, du moins une attention excessive dont il se passait volontiers.

    Pourtant, personne n'aurait eu matière à s'inquiéter (ou du moins, pas pour cela) : Izaiah se souciait peu des considérations politiques. D'abord parce qu'il était né tzigane, et qu'en tant que membre de ce peuple des chemins, qui vivait en autarcie, renié par les sédentaires, il n'avait d'autre loi que la sienne -et celle de sa famille, du temps où il en avait encore une. En repensant à ces années bénies, sa main vint naturellement caresser le ruban de soie bleue qui trainait toujours au fond de sa poche et avait appartenu, à une époque qui lui semblait si lointaine, maintenant, à sa petite sœur. Ainsi, ce royaume n'était pas chez lui. Il se fichait comme d'une guigne de ce qui pouvait arriver à ces habitants, qu'il ne connaissait pas, de toute façon.
    Izaiah était capable d'observer avec un esprit détaché ces faits qui ne le concernaient pas Il ne se mêlerait jamais de la vie politique. Les habitants pouvaient se déchirer autant qu'ils le pouvaient, cela ne lui faisait ni chaud ni froid tant que personne ne venait lui causer des ennuis, tant que cela n'interférait pas avec ses affaires, et tant qu'il n'y assistait pas. En revanche, son impulsivité supportait mal les violences gratuites qui se perpétraient dans les rues, sous ses yeux. Ainsi, il s'était retrouvé, en ridicule justicier, à défendre de jeunes dames qui se faisaient alpaguer (plus ou moins férocement, par le fait -il n'était pas sûr que l'usage de l'arme soit justifié pour obtenir l'intimité d'une dame) par l'un ou l'autre des adversaires. Bizarrement, c'était souvent les vainqueurs qui se permettaient ce genre de liberté, les autres étant bien trop occupés à fuir pour se garder en vie. D'ailleurs, l'odyssée avait déjà commencé. On ne comptait plus le nombre d'appartements vides au château, comme il n'était pas rare que les fenêtres de certaines maisons restent, à présent, hermétiquement closes, et hermétiquement sombres. Les portes claquaient sur du vide.

    Il trouvait, par ailleurs, cette Révolution profondément positive pour son travail : depuis la chute des Princes, les demandes explosaient. Il n'avait jamais eu tant de missions à remplir en si peu de temps. A tel point qu'il était presque obligé d'en refuser! Une première (Cependant, bien que celle-ci lui remplisse les poches, il n'était pas sûr que cela soit une bonne chose pour ceux qui vivaient ici. Après une tyrannie sanguinaire, ils allaient assister, sans aucun doute, à une escalade de la violence, lorsque l'hystérie de la victoire tournerait à la paranoïa. Cela finissait toujours ainsi. Après avoir tué l'ennemi, nul doute que la Révolution se détruirait d'elle-même, de l'intérieur. Restait à savoir si elle en sortirait vivante, ou devrait capituler)
    Pourtant, il avait beaucoup de mal à supporter la concurrence qui s'était installée : si les haines qui s'étaient ranimées lui offraient davantage d'opportunités, il y avait aussi moins de nobles (et comme c'était eux qui payaient le mieux, il grinçait légèrement des dents) et plus de malfrats prêts à se faire payer pour tuer, parfois à des prix si dérisoires qu'Izaiah était, à l'occasion, obligé de baisser les siens (Heureusement que ces nigauds étaient, la plupart du temps, des incapables, cela lui permettait de récupérer le travail qu'ils ne parvenaient pas à mener à bien). Bref, la situation était pour le moins emmêlée et paradoxale. Le positif et le négatif se confondaient au point qu'Izaiah avait mis un moment pour faire le point. Cependant, il avait fini par en tirer des conclusions.

    Après avoir attendu pendant des mois qu'on lui rende sa liberté de se mouvoir, il n'avait plus, aujourd'hui, de raison de s'en aller. Il y avait, semblait-il, assez de travail ici pour toute une vie.

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MessageSujet: Re: Izaiah { Quand le sang formera une corolle sur tes lèvres, je partirai }   Ven 22 Juin - 21:07

... La dernière phrase fait froid dans le dos. Il. Va. Tuer. PLEIN DE GEEEEEEEENS !! Haaaaaa T^T (Faut qu'il rencontre Lucia, ça va être drôle 8DD *s'enfuit*)

Bref, validé Guys
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MessageSujet: Re: Izaiah { Quand le sang formera une corolle sur tes lèvres, je partirai }   Aujourd'hui à 18:55

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Izaiah { Quand le sang formera une corolle sur tes lèvres, je partirai }

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